« C’est quoi aimer le Gabon ? » Par Jean-Arsene HOULA-HOULA

Qu’allons-nous laisser à ce beau et extraordinaire pays au moment de partir ? À quoi résumons-nous l’amour du Gabon ? Se résume-t-il seulement aux privilèges, aux avantages qu’il nous accorde à la capacité de capter au mieux les richesses qu’il produit ? Quel est notre devoir vis-à-vis de lui ?

C’est quoi aimer le Gabon ? C’est défendre becs et ongles ses intérêts personnels au détriment de ceux du Gabon et de son peuple ? Aimer le Gabon est-ce défendre les hommes à la tête de ses institutions ou les institutions mêmes ?

Est-ce que nous aimons suffisamment le Gabon ?

À quoi va conduire le manque d’amour de ce pays si nous ne nous ressaisissons pas ?

Ce sont les questions qui traversaient mon esprit. Dehors, une fois devant le drapeau là à l’Assemblée Nationale, cette maison du peuple. Mes yeux se baladaient dans toutes les directions. J’avais en face de moi les Députés et certains policiers haut gradés. À mon extrême gauche sur l’esplanade, un poteau avec le drapeau suspendu dans les air, le policier commis à la descente du drapeau et ses collègues exécutant des gestes bien répétés.

Je me posais la question de savoir si ce drapeau avait du sens pour l’ensemble des personnes qui étaient là immobiles, assistant sans bouger, au balai de ces hommes en arme.

Est-ce que ce drapeau avait du sens pour ces gendarmes eux-mêmes et pour ces députés censés être les garants de la défense et de la protection du peuple? Est-ce que le peuple qui était là comprenait ce que cela signifiait cette descente des couleurs, cette immobilisation devant quelque chose qui nous dépasse tous: Le Gabon ?

Cette question, je me la suis posé, je me la pose encore et chaque fois que je sillonne les artères de notre capitale, je réalise qu’elle n’est pas appréhendée de tous.

L’amour est un concept difficile à cerner. Hollywood ne nous facilite pas la tâche avec ses mises en scènes à couper le souffle et à faire rêver toutes les femmes. Mais c’est quoi vraiment aimer sa femme, ses enfants et son pays ?

Autrefois respecté, et aimé, le narratif que les étrangers ont gardé de nous est celui d’un peuple faible, méprisable et paresseux. Pour s’en rendre compte, il n’y a qu’à les écouter parler de nous et de notre pays. Le champ lexical utilisé pour nous et notre peuple par ces derniers, renvoie très souvent à des termes très dépréciatifs.

Mais, ont-ils torts ? Quel actes posons-nous pour démentir ? Il n’y a pas un jour que Dieu fait sans que nos frères étrangers ne corrompent nos policiers sur la route et nos élites dans les bureaux. Nos hommes politiques dans les hauts lieux bradent notre pays aux investisseurs les plus offrant. Les contrats ou conventions qui étaient censés nous offrir les libertés (financières et économiques) et la maîtrise parfaite de notre économie nous exposent à la pauvreté, à la mendicité et à la dépersonnalisation. Tout ça pour l’amour de soi qui s’oppose à l’amour du pays et de celui du peuple.

Nos marchés sont envahis pour la plupart des expatriés, ils tiennent notre économie au point de nous faire chanter, créant l’inflation lorsque ça leur chantent. Nous avons tous perdu le contrôle par notre soif et notre faim personnels et l’avons laissé entre les mains de ceux qui n’ont ni amour pour nous, ni pour notre pays. Et tout cela à cause de qui ? À cause de nous même.

L’éducation que nous donnons à nos enfants n’est que le reflet de qui nous sommes profondément. Nous refusons d’apprendre et de prendre les bons exemples. Pourquoi espérer qu’ils fassent différemment ? Il y a de fortes chances que l’enfant d’un voleur devienne voleur. Si vous manquez de faire montre d’exemplarité et de responsabilité, ne vous attendez pas à ce que votre enfant les manifeste.

L’amour exige trois choses:

*Les valeurs:* si vous vivez sans morale, sans principes solides, c’est-à-dire que si vous n’attachez aucun prix à l’au-delà et à vous-même, vous ne le pourrez pour personne. On peut donc aisément comprendre pourquoi nous abandonnons notre pays le Gabon. Sans valeur nous ne ferons jamais preuve de responsabilité.

*La responsabilité:* c’est la noblesse de caractère d’une personne. C’est l’importance ou l’intérêt que l’on porte à un être, à une chose, à un phénomène ou événement. C’est en prendre soin. C’est veiller à ce que les êtres aimés ne manquent de rien. C’est se priver pour laisser vivre les gens sous notre tutelle. Il n’y a pas de responsabilité sans travailler pour les êtres aimés.

*Le travail:* est défini comme un labeur, une application à une tâche, c’est un effort soutenu pour faire quelque chose, en parlant de l’esprit comme du corps.

Il n’y a qu’à regarder nos frères étrangers pour se rendre compte qu’ils vivent dans ces trois dimensions. L’observation doit nous amener à apprendre et à nous corriger.

Étant à une période charnière de notre histoire, quel doit être le sens de la Restauration du Gabon pour les autorités politiques, religieuses, économiques et sociales ? Pourquoi nous réveillons-nous chaque matin ? Pourquoi Dieu nous a donné ce pays ? Que devons-nous en faire ? Une honte ou une gloire ? Une insulte ou une vénération? Une méprise ou une respectabilité ? C’est quoi aimer le Gabon ?

À chacun d’y répondre et de prendre ses responsabilités…

Jean-Arsène HOULA-HOULA

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