Le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) est un outil de coopération et de soutien mutuel entre les pays africains pour améliorer la gouvernance, la transparence et la lutte contre la corruption.
À travers cet objectif, il est indéniable que le Gabon avait besoin d’adhérer à ce mécanisme. Il l’a d’ailleurs fait en 2006. Seulement, il faut d’abord rappeler que le MAEP a été lancé en 2003 par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et a été largement répandu dans d’autres organisations régionales et sub-régionales.
Le MAEP a plusieurs objectifs, notamment :
-Renforcer la gouvernance et la légitimité des institutions publiques en encourageant la transparence et la responsabilité des décideurs politiques.
-Promouvoir la participation citoyenne dans la prise de décisions publiques et la lutte contre la corruption.Améliorer la capacité des institutions publiques et des organes de contrôle en matière de contrôle et de surveillance.
-Encourager la coopération et l’échange d’expériences entre les pays africains pour partager des bonnes pratiques et apprendre les uns des autres.
Le MAEP fonctionne grâce à des évaluations menées par des pairs, c’est-à-dire des experts provenant des pays africains eux-mêmes. Ces experts sont choisis pour leur expertise et leur impartialité et sont généralement issus de différentes institutions, telles que les parlements, les gouvernements, les organismes de contrôle et les organisations non gouvernementales.
Le *document* de base du MAEP préconise quatre types d’évaluations à savoir :
-une évaluation de base, dans un délai de 18 mois après l’adhésion d’un Etat, comme la plupart des traités internationaux ;
-une évaluation périodique qui devrait être effectuée tous les deux à quatre ans ;
-l’évaluation de circonstance, à la demande propre d’un Etat membre du MAEP ;
-l’évaluation spéciale qui peut être effectuée à tout moment en cas de signes de crise.
L’évaluation de base se déroule en cinq phases successives qui commencent par l’état des lieux de la gouvernance dans le pays et se termine par la publication officielle du rapport pendant la cinquième phase.
La phase 2 est consacrée aux rencontres de l’équipe du Panel avec toutes les parties prenantes, tandis que la phase 3 est celle de la rédaction du rapport qui est examiné par les Pairs pendant la 4e phase avant d’être rendu public 5.
Enfin, comme souligner précédemment, le processus nécessite un très grand nombre de parties prenantes qui vont du niveau continental au niveau national.
*Au niveau continental* , trois structures assurent le fonctionnement et l’opérationnalité du MAEP, à savoir :
-Le Forum du MAEP : il est constitué des chefs d’Etat et de Gouvernement des pays membres. C’est l’instance décisionnelle. Un de ses objectifs essentiels est d’examiner, adopter et s’approprier les rapports d’évaluation des pays. Il communique les recommandations du MAEP aux chefs d’Etat ou de Gouvernement du pays évalué et amène les Pairs à user de leur persuasion pour les mettre en œuvre.
-Le Panel des Éminentes Personnalités du MAEP (Panel). Ses membres sont nommés par le Forum pour superviser, en toute indépendance, le processus d’évaluation et en garantir la crédibilité. Ils ont aussi pour mandat d’examiner, en amont, le rapport d’évaluation et de faire des recommandations au Forum. Ils travaillent sur la base des principes fondés sur la transparence, la responsabilité et l’absence de toute pression et manipulation politique ou diplomatique.
-Le Secrétariat du MAEP. Il coordonne les activités du Mécanisme et lui fournit, entre autres, un appui technique et administratif. Il met en place une base de données sur la situation politique, économique, et sociale des Etats membres, propose des indicateurs de performance, suit et analyse les résultats de chaque pays concerné. Il s’appuie aussi sur des consultants de haut niveau pour développer ses activités et asseoir sa réputation.
Le MAEP est financé par les contributions des pays membres. Mais les appuis des partenaires extérieurs sont acceptés. Ils doivent intervenir dans le cadre spécifique du renforcement des capacités et de la mise en œuvre du Programme national d’actions des pays évalués.
Enfin, trois principaux partenaires stratégiques appuient le MAEP. Leurs experts et représentants participent aux missions de soutien et d’évaluation organisées par le MAEP.
Après l’adhésion d’un Etat, la mise en œuvre du processus au niveau national commence par:
– la ratification ou l’institutionnalisation du MAEP(1). Il s’agit pour cet Etat de choisir son point Focal (2), de créer un Conseil national de gestion (3) du MAEP, et un Secrétariat Permanent (4).
La logique d’action du mécanisme sous-entend que si un Etat adopte les valeurs, les normes, les codes, et les met en pratique, il sera stable politiquement, connaitra une croissance élevée, puis pourra se développer durablement, c’est cela la bonne gouvernance.
Il pourra alors contribuer à l’intégration régionale et continentale à travers l’échange d’expériences et des pratiques réussies avec les autres Etats. (Extraits de notre mémoire de 3è cycle en vue de l’obtention du Certificat Interuniversitaire des Politiques Publiques, Universités de Liège, de Louvain et de Bruxelles. Liège 2012* Titre* : Méta évaluation du MAEP: RAPPORT DU BURKINA FASO).
Si le Gabon a adhéré au MAEP en 2006, il est à souligner qu’il n’a jamais dépassé le stade de soumission de son rapport auto-évaluation au panel des Éminentes personnalités et par conséquent, il n’a atteint aucun des objectifs fixés par le MAEP, et ne respecte pas les règles du mécanisme ; d’où la question de savoir à quoi sert le MAEP dans un pays gangrené par la corruption où règne la mauvaise gouvernance et l’opacité ?
Le comité de transition va-t-il réussir à restaurer le MAEP?
L’absence de la société civile spécialisée dans l’évaluation des politiques publiques est un indicateur qui prouve que le Gabon est loin de respecter les clauses et normes de ce mécanisme continental.
Le vrai débat est là.
Par PETIT-LAMBERT OVONO; Évaluateur certifié interuniversitaire des politiques publiques; Président de SOGEVAL

