« A qui doit revenir l’organisation de l’élection présidentielle de 2025 ? » Par Dr Aristide MAMFOUMBI

L’organisation d’élections crédibles et transparentes est un pilier fondamental pour consolider la démocratie et préserver la paix sociale. Le Gabon, dans le contexte des réformes post-référendum, se trouve face à une opportunité historique d’apporter des améliorations profondes à son système électoral. L’enjeu est de taille : il s’agit de garantir la confiance des citoyens dans les processus électoraux, tout en s’éloignant des pratiques qui ont suscité contestations et doutes par le passé.

La question centrale qui se pose aujourd’hui est : à qui doit revenir l’organisation de l’élection présidentielle de 2025 ?

1. Limites du Ministère de l’Intérieur

L’organisation du référendum par le Ministère de l’Intérieur en novembre dernier a cristallisé des critiques, notamment concernant l’indépendance et l’intégrité perçues du processus. En effet :

Lien de subordination : Le ministre de l’Intérieur, étant nommé par le Président de la République, est perçu comme redevable envers ce dernier. Cette relation hiérarchique crée des suspicions sur la neutralité du ministère dans la gestion d’une élection.

Manque de confiance citoyenne : Une partie significative des Gabonais doute de l’impartialité d’un processus électoral supervisé par une structure étatique directement liée à l’exécutif.

Confier l’élection présidentielle de 2025 au Ministère de l’Intérieur risque donc de reproduire les mêmes tensions, voire d’aggraver les contestations.

2. Nécessité d’une structure indépendante et innovante

Pour garantir une élection présidentielle apaisée et crédible, le Gabon doit impérativement rompre avec les schémas du passé. Il s’agit de créer une nouvelle entité autonome de gestion des élections qui :

1. Échappe à la dualité pouvoir/opposition :Les organes comme la CENAP ou le CGE ont été marqués par un format binaire opposant souvent le pouvoir en place et l’opposition. Ce modèle manichéen, bien que courant, est source de blocages, de méfiance et d’instrumentalisation politique. Une rupture est donc nécessaire pour inclure une représentation plus large de la société.

2. Inclut des profils variés :L’organisme devra intégrer des acteurs issus de divers domaines, notamment :

La société civile (ONG, associations, universitaires)

Les experts indépendants (juristes, économistes, statisticiens)

Les confessions religieuses

Les jeunes et les femmes, en tant qu’acteurs clés du renouveau démocratique

3. Conditions d’intégration dans cet organisme

Pour garantir sa crédibilité, le nouveau code électoral devra définir des critères stricts pour l’intégration à cet organisme :

Compétence : Les membres devront justifier d’une expertise avérée dans des domaines pertinents ( gestion électorale, gouvernance, etc.).

Neutralité : Ils ne devront être affiliés à aucun parti politique actif durant une période de 5 à 10 ans avant leur nomination.

Probité morale : Un casier judiciaire vierge et une réputation irréprochable seront exigés.

Engagement citoyen : La priorité sera donnée aux personnalités ayant démontré leur attachement à l’intérêt général.

4. Missions de l’organisme

Le nouvel organe devra avoir un mandat clair et des prérogatives étendues pour garantir une gestion efficace des élections. Parmi ses missions :

Organisation et supervision de toutes les élections : Présidentielle, législatives, locales, et référendums.

Gestion du fichier électoral : Assurer la mise à jour et la fiabilité des listes électorales.

Encadrement des campagnes : Garantir un accès équitable aux médias et aux ressources publiques pour tous les candidats.

Annonce des résultats : Publication rapide et transparente des résultats, validés après vérification par les instances compétentes.

5. Impact attendu

La mise en place de cet organisme indépendant permettra :

1. De réduire les suspicions : Une structure véritablement autonome sera perçue comme plus légitime par les citoyens.

2. De limiter les contestations : En garantissant un processus équitable et transparent, les résultats seront mieux acceptés.

3. De renforcer l’unité nationale : Une élection bien organisée apaisera les tensions et permettra de bâtir un consensus autour des institutions démocratiques.

Conclusion

Le Gabon se trouve à un tournant de son histoire politique. En créant un organisme électoral indépendant, inclusif et transparent, il est possible de poser les bases d’une démocratie renforcée. Cette entité, pensée comme une rupture avec les pratiques du passé, pourra incarner un modèle d’intégrité et de neutralité.

En confiant cette responsabilité à un organe autonome, le pays fera un pas décisif vers des élections crédibles, apaisées et respectées par tous. L’heure est venue de donner corps à cette vision pour le bien de la Nation.

Dr. Aristide MAMFOUMBI, Ancien candidat à la présidence du Centre gabonais des élections CGE (2023)

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