Gabon post-30 août 2023 : Une opportunité historique de refondation nationale » par Eugène Boris Elibiyo

Le 30 août 2023 restera gravé dans l’histoire contemporaine du Gabon comme un tournant décisif. À travers le « discours pour la restauration des institutions », une nouvelle dynamique a été impulsée, offrant une opportunité inédite de refondation sur les plans institutionnel, politique et social. Cette démarche, bien que courageuse, impose un regard lucide sur le passé et une révision profonde des fondements sur lesquels repose la gouvernance gabonaise. Elle exige aussi que chacun comprenne qu’un tel bouleversement s’accompagne de changements parfois déroutants mais parfaitement normaux dans une transition d’une telle ampleur.

Les évènements du 30 août sont, en partie, le reflet d’un mécontentement latent au sein de la population, amplifié par des institutions jugées inefficaces et déconnectées des réalités quotidiennes. Reconnaître que tout n’a pas été bien pensé ou bien fait constitue un premier pas vers le changement.

Depuis des décennies, le Gabon a été confronté à des défis structurels : une économie trop dépendante des ressources naturelles, une gouvernance marquée par l’opacité, et des inégalités sociales croissantes. La restauration des institutions ne peut réussir sans une remise en question profonde de ces modèles.

Cependant, ces transformations, bien qu’indispensables, suscitent parfois des critiques. Certains s’appuient sur les changements observés, comme la recomposition politique ou les mutations institutionnelles, pour émettre des réserves ou formuler des inquiétudes. Il est essentiel de rappeler que ces évolutions, bien qu’inconfortables pour certains, sont inhérentes à tout processus de transition ambitieux. Les bouleversements ne doivent pas être perçus comme des anomalies, mais comme des étapes nécessaires pour rétablir une gouvernance efficace et inclusive.

Le 30 août 2023 n’a pas seulement rebattu les cartes institutionnelles ; il a également provoqué une réorganisation profonde de l’échiquier politique gabonais. Le Parti Démocratique Gabonais (PDG), longtemps dominant, est confronté à une perte d’hégémonie qui ouvre la voie à de nouvelles forces politiques. Des membres du PDG migrent vers d’autres formations ou mouvements, tandis que d’anciens opposants rejoignent ses rangs dans un esprit de renouveau.

Cette recomposition, bien que déstabilisante pour certains observateurs, est un phénomène normal dans une période de transition. Le brassage d’idées et de positions est le signe d’une démocratie qui se restructure pour mieux répondre aux attentes populaires. Il est donc important que les critiques, lorsqu’elles surviennent, se fondent sur des analyses objectives et non sur une incompréhension de ces dynamiques.

Notre rôle, en tant qu’acteurs et observateurs engagés, est aussi de préparer les citoyens à comprendre ces phénomènes et à en mesurer les impacts. Les repositionnements politiques ou les émergences de nouveaux leaders ne doivent pas être perçus comme des actes d’opportunisme, mais comme une réponse naturelle à un contexte en mutation.

Dans ce contexte de transition, changer de camp ou réorienter ses convictions idéologiques est devenu une pratique légitime. Le Gabon post-30 août 2023 appelle à dépasser les antagonismes partisans pour privilégier l’intérêt général.

Cependant, cette transmutation ne doit pas être perçue comme une simple redistribution des rôles. Elle s’inscrit dans une dynamique globale de réinvention de la gouvernance. Dire ce qui va arriver et indiquer son impact est une responsabilité cruciale dans un tel contexte. Cela permet non seulement de préparer les esprits, mais aussi d’éviter les incompréhensions et les polémiques infondées.

Les institutions, souvent critiquées pour leur manque de légitimité et leur inefficacité, sont au cœur de cette transformation. Leur refonte passe par un renforcement de l’État de droit, une justice indépendante, et une administration transparente.

Mais, comme pour le paysage politique, il est normal que cette révision engendre des résistances ou des questionnements. Là encore, notre rôle est de clarifier les intentions, d’expliquer les choix et de démontrer les avantages à long terme pour la nation.

La restauration des institutions et la recomposition politique doivent impérativement s’accompagner d’un pacte social renforcé. Ce dernier repose sur une lutte résolue contre les inégalités et une amélioration tangible des conditions de vie.

Les évènements du 30 août 2023 ne sont pas seulement un point de rupture, mais aussi une opportunité historique pour réinventer le Gabon.

Les changements en cours, qu’ils soient politiques, institutionnels ou sociaux, sont des phénomènes normaux dans une refondation d’une telle envergure. Les interpréter sous un prisme négatif ou en faire des instruments de critiques infondées revient à ignorer leur nécessité et leur potentiel.

Notre rôle est de dire ce qui va arriver, d’en anticiper l’impact et de guider la compréhension collective. Si chacun joue son rôle, avec engagement et lucidité, le Gabon pourra tourner la page des incertitudes pour écrire celle d’un avenir meilleur, bâti sur des bases solides et inclusives.

Eugène+Boris Elibiyo, Citoyen Gabonais et Observateur de la vie publique du pays .

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