« Qui est réellement politiquement crédible dans notre pays ? » S’interroge Jugglah Essone

La question de la crédibilité politique se pose avec une acuité grandissante dans le contexte actuel de notre pays. Il est légitime de s’interroger sur le rôle de cette société civile, jadis vocale, qui semble désormais muette face aux crises qui secouent notre nation. Aux côtés de la junte au pouvoir, elle est devenue l’ombre d’elle-même, n’apparaissant que pour réagir à des analyses politiques lucides, souvent critiques de la transition.

Mais où est-elle lorsqu’il s’agit de dénoncer les malversations financières, les actes de torture, les assassinats et autres dérives qui minent notre société ? Où sont les voix de ceux qui, hier encore, exigeaient la vérité sur les crimes liés aux élections passées ? Aujourd’hui, ces revendications semblent avoir été rangées dans des tiroirs bien fermés, au profit d’une course effrénée au partage des privilèges.

Et que dire du ministre de la Justice, resté étrangement silencieux malgré les nombreuses sollicitations face à ces abus ? Il a fallu attendre hier pour qu’il sorte enfin de son mutisme, mais c’était pour s’attaquer à quatre courageux citoyens gabonais qui ont choisi de braver leur peur et de défendre leurs convictions. Ce même ministre, qui jadis pointait du doigt le silence de certains face aux abus du régime déchu, est aujourd’hui pris dans une contradiction criante : il reproduit exactement ce qu’il dénonçait.

Il devient alors évident que cette inaction, ce silence complice et ces comportements opportunistes traduisent une appartenance à un système profondément vicié. Le peuple attend des actions concrètes et des réponses claires, mais se heurte à une façade d’indifférence et de connivence.

Quant aux militaires au pouvoir, ils peinent à convaincre. Leur gestion de la transition soulève plus de questions que d’espoir. Leurs promesses de justice, d’équité et de transparence semblent se diluer dans les méandres des ambitions personnelles et des intérêts corporatistes.

Alors, qui est réellement crédible dans notre pays ? Peut-on encore faire confiance à ces élites qui, par leurs silences ou leurs actes, trahissent les aspirations du peuple ?

Je dis non. La crédibilité ne se décrète pas ; elle se construit dans l’action juste et la défense courageuse des intérêts collectifs. Et pour l’heure, force est de constater qu’elle fait cruellement défaut.

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