Christianisme en Afrique : Entre foi et aliénation

Le christianisme, tel qu’il est vécu dans beaucoup de pays africains aujourd’hui, s’apparente souvent à une forme d’aliénation. Nous avons adopté une religion qui, au départ, n’était pas la nôtre, et l’avons transformée en un outil de soumission, là où d’autres peuples l’ont utilisée comme un levier pour prospérer. C’est particulièrement frappant quand on observe l’évangile de la prospérité : une doctrine qui, bien qu’influente, est aujourd’hui largement dévoyée sur notre continent.

Prenons un instant pour comparer la situation en Afrique avec celle des pays occidentaux protestants. Ces derniers ont également prôné un message chrétien de prospérité, mais avec des implications radicalement différentes. Là-bas, on a enseigné que la prospérité vient du travail acharné, de la discipline, de la responsabilité et de la gestion rationnelle des ressources. On y a glorifié non seulement la foi, mais aussi l’effort. Les nations protestantes ont intégré des valeurs chrétiennes dans leur mode de gouvernance, développant des institutions solides, investissant massivement dans l’éducation et promouvant l’éthique du travail. La prospérité qu’ils ont obtenue ne s’est pas manifestée comme une pluie de miracles tombée du ciel, mais comme le fruit d’un travail collectif, rigoureux et réfléchi.

En Afrique, nous avons adopté l’évangile de la prospérité d’une manière très différente. Nous avons réduit ce message à l’attente passive de bénédictions miraculeuses. Nos églises regorgent de fidèles qui donnent ce qu’ils n’ont pas, qui sacrifient leurs maigres ressources en espérant recevoir une multiplication divine. Mais où cela nous a-t-il menés ? À une situation où une poignée de leaders religieux accumulent des fortunes, tandis que la majorité continue de croupir dans la pauvreté. Nous avons transformé la foi en un commerce où l’argent circule du bas vers le haut, et non l’inverse.

C’est une forme d’aliénation. Nous avons été enseignés à croire que nos problèmes économiques, politiques et sociaux seront résolus par des prières et des offrandes, alors qu’en réalité, nous restons prisonniers de systèmes injustes que seule une action collective pourrait changer. Ce qui est encore plus triste, c’est que cette aliénation nous empêche de voir que nous avons, nous aussi, le potentiel de prospérer comme ces nations protestantes.

Si l’évangile de la prospérité avait véritablement pour but de nous élever, il aurait été accompagné d’un appel à la responsabilité individuelle et collective, à la création de richesses par le travail et l’innovation, et à la transformation de nos structures sociales. Mais tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, il se résume à une promesse vide, un message qui nous maintient dans une passivité dangereuse.

Le christianisme, dans sa forme occidentale, a aidé des nations à prospérer parce qu’il s’est mêlé à des valeurs pragmatiques : la justice, l’éthique du travail, la responsabilité sociale. Chez nous, il a été dévoyé en une arme spirituelle pour détourner notre énergie et nous éloigner de notre capacité à nous prendre en main. Si nous voulons véritablement prospérer, nous devons rompre avec cette mentalité d’assistés spirituels et réinventer une foi qui nous pousse à agir, à bâtir et à transformer notre société.

Percy Djenno

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