Pré-primaire : Didactique ou simple niveau scolaire ? Une question de reconnaissance éducative

L’éducation pré-primaire, souvent perçue comme une simple étape transitoire avant le primaire, suscite un débat sur sa légitimité académique. Peut-elle bénéficier de l’appellation « didactique » au même titre que des disciplines comme les mathématiques ou le français ? Cet article explore les enjeux de cette question, mettant en lumière la spécificité pédagogique du pré-primaire et la nécessité de lui accorder une reconnaissance scientifique et professionnelle.

L’éducation pré-primaire occupe une place fondamentale dans le développement global de l’enfant, mais sa reconnaissance académique reste controversée. Certains estiment qu’elle ne peut prétendre à une « didactique » propre, car elle désigne un niveau scolaire et non une discipline. Ce point de vue, bien que répandu, reflète une vision réductrice de l’éducation préscolaire. Cet article vise à démontrer que le pré-primaire mérite pleinement cette appellation, en raison de ses spécificités pédagogiques et de son rôle déterminant dans le parcours éducatif.

Contrairement aux disciplines comme les mathématiques ou le français, le pré-primaire repose sur une approche intégrative. Ce niveau ne se limite pas à transmettre des savoirs disciplinaires, mais vise à développer des compétences globales :

-Compétences sociales : Interaction avec les pairs et les adultes.

-Compétences motrices : Coordination et motricité fine.

-Compétences cognitives et langagières : Éveil à la pensée critique, acquisition du langage.

Cette transversalité justifie la création d’une réflexion didactique spécifique, où les dimensions du développement de l’enfant sont interdépendantes et complémentaires.

La gestion pédagogique du pré-primaire repose sur des pratiques éducatives adaptées aux jeunes enfants :

-L’apprentissage par le jeu : Principal levier de développement cognitif et social.

-La structuration de l’environnement éducatif : Un espace sécurisé et stimulant pour favoriser la curiosité.

-La stimulation des capacités langagières et motrices : Activités interactives et manipulatives.

Ces caractéristiques spécifiques nécessitent une réflexion didactique approfondie pour concevoir des méthodes d’enseignement adaptées et efficaces.

La didactique ne se limite pas aux matières scolaires. Elle englobe toute réflexion sur les processus d’enseignement-apprentissage. À ce titre, le pré-primaire, en tant que niveau éducatif avec des objectifs propres, s’inscrit parfaitement dans cette logique. Élaborer une didactique du pré-primaire, c’est reconnaître que l’apprentissage à cet âge requiert une structuration pédagogique tout aussi rigoureuse que les disciplines académiques.

Qualifier le pré-primaire de « didactique » n’est pas qu’une question de terminologie ; c’est un acte de valorisation. Cela confère à ce niveau :

-Une reconnaissance institutionnelle, académique et professionnelle.Une légitimité dans les formations des enseignants.

-Une visibilité accrue dans les politiques éducatives.

Refuser cette appellation revient à minimiser l’importance de l’éducation pré-primaire, alors qu’elle est essentielle pour poser les bases d’un apprentissage durable.

De nombreux systèmes éducatifs à travers le monde reconnaissent la spécificité pédagogique du pré-primaire. Par exemple :

-Les curricula de la petite enfance en Scandinavie, axés sur l’apprentissage par le jeu et l’éveil global.

-Les formations spécialisées pour les éducateurs préscolaires au Canada et en France.

Ces exemples montrent que le pré-primaire peut être structuré comme un domaine d’expertise à part entière.

Pour une désignation appropriée dans les programmes des Écoles Normales des Instituteurs (ENI) et Écoles Normales Supérieures (ENS), ce corpus de savoirs s’accommode bien avec l’intitulé : »Didactique et Pratiques Pédagogiques du Pré-primaire (DP2P) « , mettant ainsi en valeur l’aspect didactique, donc une réflexion approfondie sur les méthodes et les processus d’enseignement-apprentissage adaptés à ce niveau; les pratiques pédagogiques par le biais des techniques et approches concrètes pour gérer et animer une classe de pré-primaire; l’intégration du développement global, ce qui traduit la reconnaissance des dimensions sociale, cognitive, motrice et langagière propres à ce niveau éducatif.

Adopter une appellation telle que « Didactique et pratiques pédagogiques du pré-primaire » dans les programmes des ENI et ENS, c’est formaliser la spécificité et la complexité de ce niveau éducatif. Cela donne aux futurs enseignants une formation complète, leur permettant de répondre aux besoins des jeunes apprenants et de contribuer à une éducation Pré-primaire de qualité.

Ce choix terminologique traduit non seulement la transversalité et l’importance pédagogique du pré-primaire, mais il renforce aussi sa légitimité académique et professionnelle.

Eugène-Boris ELIBIYO, Conseiller en Éducation, Planificateur des systèmes éducatifs (MEN).

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