La schizophrénie, souvent perçue comme un désordre mental provoquant une fragmentation de la personnalité, trouve un écho frappant dans la réalité sociopolitique du Gabon. Dans ce contexte, il ne s’agit pas seulement d’un phénomène individuel, mais d’un malaise collectif qui affecte toute la société. Les comportements schizophréniques au sein des institutions et des choix de nomination révèlent des contradictions qui plongent le pays dans une crise d’identité.
Prenons l’exemple du Fonds Gabonais d’Investissement Stratégique (FGIS). Quelle que soit la personne désignée à sa tête, le même schéma se répète : des tensions, des luttes de pouvoir et des comportements ambivalents. Cette situation illustre bien la « dualité » qui prévaut dans notre société. D’un côté, il y a l’espoir d’un leadership compétent, et de l’autre, la peur de la jalousie et des rivalités qui entravent la nomination de leaders véritablement Gabonais ou de ceux qui pourraient être perçus comme « pseudogabonais ».
En effet, comment peut-on espérer construire un Gabon innovant et solide si nous condamnons à l’avance ceux qui tentent de s’élever pour le bien commun ?
Le grand écart politico-culturel exigé des Gabonais devient un fardeau pesant. Au quotidien, les citoyens sont tiraillés entre des attentes contradictoires : être loyaux envers leur pays tout en naviguant dans un environnement où la méfiance et la suspicion règnent. Cela engendre une désillusion croissante vis-à-vis des institutions et une perte de confiance qui peut mener à un désengagement civique.
À l’approche des élections présidentielles du 12 avril 2025, les facteurs de risque associés à cette schizophrénie sociale se multiplient. Les tensions politiques, exacerbées par le contexte socio-économique fragile, peuvent donner lieu à des conflits ouverts. La polarisation des opinions et la montée des discours de haine menacent de fracturer davantage la société gabonaise. Dans ce climat, les manipulations politiques et les tentatives de déstabilisation peuvent intensifier le sentiment de méfiance entre les différents groupes sociaux.
De plus, la question du leadership se pose avec une acuité particulière. Qui sera perçu comme légitime ? Les rivalités internes au sein des partis politiques pourraient entraîner des luttes de pouvoir qui, au lieu de favoriser un cadre démocratique, pourraient plonger le pays dans l’instabilité. Le risque de violence politique, de répression et de désillusion est réel. Il est crucial que les acteurs politiques, en cette période électorale, prennent conscience de l’importance de la cohésion sociale pour éviter de raviver les tensions existantes.
La schizophrénie, au-delà de son aspect clinique, peut donc être une métaphore puissante pour décrire la situation actuelle. Elle souligne l’angoisse profonde qui étreint notre société, une angoisse liée à l’identité et à la quête d’un avenir commun. À l’image d’un individu schizophrène, la société gabonaise semble déconnectée de la réalité de ses aspirations et de ses valeurs fondamentales.
Il est impératif que nous, en tant que citoyens et acteurs de changement, prenions conscience de cette dualité qui nous habite. Plutôt que de blâmer les autres pour nos échecs, nous devons nous interroger sur notre propre rôle dans cette dynamique.
Sommes-nous complices de cette schizophrénie en entretenant des comportements jaloux et en refusant de soutenir ceux qui aspirent à un changement positif ?
En nous remettant en question, nous pouvons commencer à guérir cette fracture et à promouvoir une société plus cohérente et plus forte, capable de faire face aux défis de notre temps. Il ne s’agit pas seulement d’une question de leadership, mais d’une question de responsabilité collective.
Nous avons le pouvoir de transformer notre société, mais cela commence par une prise de conscience individuelle. Nous devons nous engager à être acteurs de notre avenir, en rejetant la jalousie et en embrassant l’unité et la solidarité. En agissant ainsi, nous pouvons espérer sortir de cette schizophrénie et bâtir un Gabon qui reflète véritablement les aspirations de tous ses citoyens. Les élections à venir doivent être l’occasion de redéfinir notre identité collective et de poser les bases d’un avenir meilleur, fondé sur la confiance, la coopération et le respect mutuel….
Lea Bernath

