La situation difficile de la SEEG ou quand la population paie le prix de l’endettement des dirigeants du passé

Il est impératif pour les autorités de la Transition de se servir des lumières du passé pour mieux naviguer dans les ténèbres d’aujourd’hui et du futur.

La situation que traverse la SEEG ne date pas d’aujourd’hui, ses origines remontent depuis le régime du président fondateur du PDG.

En retrouvant mes fiches d’audience jaunies par le poids des années, je me suis vu pressé par la cruauté de l’actualité qui ébranle le quotidien des Gabonais depuis plusieurs années déjà.

En témoin à ma manière, je ne peux m’empêcher de m’émouvoir également à ma manière, face au désarroi du peuple meurtri par une situation dont il est une des victimes collatérales de l’entêtement de certains des dirigeants ayant accompagné le Président Omar Bongo Ondimba dans ses dernières années de gloire.

D’ailleurs lui-même estomaqué par le manque de patriotisme très marqué de ceux qui étaient censés l’accompagner dans son œuvre, la mort dans l’âme, avait fait un discours mémorable, mieux un véritable réquisitoire contre les dérives du Gabonais d’en haut hier, qui avait parasité l’administration Gabonaise, avec cette phrase devenue mythique  » DIEU NE NOUS A PAS DONNÉ Le DROIT, DE FAIRE DU GABON CE QUE NOUS SOMMES ENTRAIN DE FAIRE….. »

Comme un divin, le Président de l’Union du Peuple Gabonais feu Pierre Mamboundou, bien avant ce tournant de l’histoire l’avait dit, malheureusement, mais confronté à la réalité de l’adage qui affirme que  » nul n’étant prophète chez soi », il avait été combattu, mieux voué aux gémonies.

A l’époque, d’aucuns parce que collaborateurs du feu Président de la République, pensaient qu’il n’était pas opportun d’accorder du crédit aux réflexions du feu Président de l’Union du Peuple Gabonais parce que opposant, comme si ce statut faisait de lui un apatride ou lui enlevait son brin de nationalisme.

Oui Pierre Mamboundou était un nationaliste né, un Homme d’État qui avait une haute idée de la République et de ses enjeux.

Je me souviendrai toujours de cette journée du jeudi 4 juillet 1997 à la primature, où le député-maire de Ndendé était allé proposer à son hôte, la mise en place d’un dispositif de suivi de l’exécution de la concession de 20 ans que l’État Gabonais venait de signer avec Veolia en juin ou juillet 1996.

Pour rappel, alors sous la pression du FMI avec lequel il venait de signer un énième Programme d’ajustement Structurel, l’État Gabonais qui s’était vu contraint de se désengager des secteurs productifs de son économie, s’était lancé dans un vaste programme de privatisation.

Pour le cas de la SEEG, le Gabon avait cru bon de la mettre en concession. C’est ainsi qu’il avait conclu un contrat de concession avec le groupe français Veolia pour une durée de 20 ans, avec un investissement projeté de quatre cents milliards de francs CFA, soit vingt milliards de francs CFA par an.

Sauf qu’au moment de la signature de la concession, Veolia n’était spécialisée que dans la production et la fourniture de l’eau, mais n’avait pas d’expertise avérée dans la production et la fourniture de l’électricité, or la SEEG c’est l’eau et l’électricité.

Très regardant sur les principes et les procédures, le député-maire de Ndendé avait décelé des failles dans cette concession et avait jugé utile d’apporter une contribution pour tenter de remédier à cette situation et surtout proposé la mise en place d’un organe de contrôle et de suivi de l’exécution de la concession.

Malheureusement, à l’usage on s’était bien rendu compte qu’il n’avait pas été suivi car obscurci par les lumières de l’époque pour son statut d’opposant et aujourd’hui nous mesurons les conséquences de cet entêtement.

On se rend compte malheureusement trop tard, que l’État auquel incombait la responsabilité de construire des grands ouvrages et, Veolia chargée de l’entretien et du renouvellement des équipements de production, faute d’un suivi rigoureux, n’avaient pas fait ce qui était attendu pendant les 20 ans de concession. Les parties prenantes au dossier s’étaient contentées de se partager les dividendes à la fin de chaque exercice et procédé à une valse des directeurs généraux généralement accusés de mauvais management, comme pour masquer l’affairisme qui s’était emparé de la société.

Même l’interconnexion des réseaux électriques proposée pour rationaliser la consommation de l’énergie produite dans le pays, n’avait pas été expérimentée. C’est beaucoup plus tard que l’État va envisager l’interconnexion de du barrage de poubara avec les provinces voisines, là encore peu de personnes savent à quel niveau se trouve le dossier.

Alors que la concession était censée améliorer la qualité du produit et l’offre de service de l’eau et de l’électricité, les populations impuissantes assistent plutôt à une dégradation continue de prestations de la SEEG.

Républicain dans l’âme et comme investi d’une mission de sentinelle de la République, le Président de l’Union du Peuple Gabonais, au cours d’une audience à la présidence de la République le mercredi 7 mars 2007, avait proposé à son hôte, la rupture de la concession qui liait l’État à Veolia, pour permettre au pays de reprendre la main dans ce secteur de souveraineté, l’eau et l’électricité n’étant pas des produits de luxe, mais plutôt des nécessités vitales pour la vie d’un homme sur terre.

Sur sa lancée, il avait proposé, d’une part,la recapitalisation de la SEEG en augmentant son capital social pour permettre ainsi à l’État de reprendre une place importante dans l’organisation et la direction de la société.

Pierre Mamboundou proposa que l’État détienne une part importante au capital qui lui donnerait un minimum de blocage lors de la prise des décisions au sein de l’entreprise et,

D’autre part, la réécriture des textes régissant la société pour la constitution de deux entités différentes, chacune étant spécialisée dans un secteur précis.

C’est finalement plus de dix ans plus tard, soit le 18 février 2018, que l’État Gabon s’est résolu à dénoncer l’accord signé avec Veolia.

Malheureusement le mal était déjà profond et les répercussions sur la qualité de vie des ménages très significatives.

Aujourd’hui, pressées de voir l’amélioration des conditions de production et de desserte des populations en eau et en électricité, les autorités de la transition recherchent des solutions pour parer au plus pressé.

Or la situation de la SEEG paraît aussi bien structurelle, que infrastructurelle. Il faut progressivement dégraisser le mammouth car les problèmes ne pourront pas se résoudre comme par coup de baguette magique.

Ce n’est pas en procédant au remplacement effréné des directeurs généraux et autres administrateurs que la solution sera trouvée la solution.

La SEEG c’est un système, et comme pour tout système il faudra de la méthode pour le démanteler. Il faudra faire le bon diagnostic pour espérer une bonne médication. Or face au temps, les autorités donnent l’impression de vouloir défier les règles de gestion de crise.

Soucieux de l’impact du dysfonctionnement de la SEEG sur les populations, électeurs potentiels de qui, devront être sollicités les suffrages bientôt, les autorités sont prêtes à tout, quitte à s’agripper à un serpent, telle une personne qui se noie.

C’est dans cette logique qu’intervient la signature controversée de fourniture d’électricité avec cette société turque. Entre surfacturation et odeur de concussion, l’univers politique est pollué par les forts soupçons qui pèsent sur des personnalités politiques et autres administrateurs de la société, toute chose qui rappelle  » le Gabon de papa » d’hier qui repousse au loin l’espoir de voir la société Gabonaise enfin restaurée et libérée du joug de l’immoralité.

Au lieu de procéder à la recherche effrénée des solutions miracles, les autorités devraient faire preuve de résilience et plus de lucidité pour éviter de reproduire les mêmes erreurs et faire payer à la population le tribut de l’entêtement.

Mais comme nous avons l’impression d’avoir à faire avec les mêmes personnalités ayant pourri les régimes précédents, nous sommes quelque sceptiques quant à la sortie très prochainement de la situation.

Il faudra que l’État, premier client et premier mauvais payeur essaie dans le même temps, d’honorer ses engagements vis à vis de la SEEG auquel il doit plusieurs milliards de francs CFA.

A défaut du paiement liquide, l’État pour utiliser d’autres leviers pour alléger à son niveau les caisses de la société devenue presque exsangues. Une situation qui ne permet pas toujours de faire face à l’ensemble de ses engagements contractuels vis à vis de ses partenaires.

La solution immédiate en entendant la construction ou le renforcement substantielle de la capacité de production des centrales hydrauliques, devra être la prospection de toutes les possibilités d’interconnexion avec des réseaux électriques dans la sous région. La centrale de Inga en RDC, proposée à l’époque comme une solution à moyen et long terme aurait pu constituer une bonne piste de sortie de crise mais malheureusement la situation sécuritaire dans la région des grands lacs, la rend inexploitable.

La dotation de groupe électrique aux départements est une solution palliative à très court terme qui pose l’épineux problème de la fourniture en carburant, qu’il faudra régler en amont.

C’est dans ces moments difficiles que le génie créatif du Gabonais devra être plus fécond en proposant l’expérimentation d’autres sources d’énergies telles que l’énergie éolienne et photovoltaïque comme celle en développement vers la zone de la plaine Aymé.

Il faut aller vite et bien pour l’intérêt de tous et de chacun.

Hermann DITSOGA

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