En cette période de haute saison de chasse, pardon politique, tout le monde affûte ses armes, pardon stratégie pour ne pas se laisser compter l’événement.
Chasseurs amateurs, pardon politiciens en herbe, chasseurs professionnels, plutôt politiques affirmés, tout le monde est en ordre de bataille, pour espérer apprivoiser ce sanglier de papa tant convoité pour la fermeté de sa chaire et sa capacité à unir les familles.
Depuis que les gardiens de la réserve de chasse, fusil en bandoulière, ont réussi à ramener la queue au village, en signe de victoire, la chasse a pris une autre dimension.
Pour la nouvelle saison de chasse qui pointe à l’horizon, plusieurs camps de chasseurs sont entrain de se former.
Le premier camp connu, même s’il tarde à se prononcer malgré tous les appels intéressés des courtisans et autres prestataires, est celui du chasseur qui a réussi à ramener le sanglier l’année dernière au village, alors qu’il n’était même pas au départ de la chasse, c’est le neveu de l’oncle.
Le second camp est celui des chasseurs professionnels autoproclamés d’hier, propriétaires auto-désignés des forêts et savanes devant l’Éternel. C’est le camp qui a toujours usé de son apparente connaissance de la forêt et des règles de chasse pour s’accaparer chaque fois du gibier tué par les autres.
Le troisième camp est celui des tirailleurs désignés, composé des intrépides et des fins connaisseurs de la forêt et de l’art de la chasse.
Ce camp malgré la bravoure et la maîtrise des techniques de chasse, n’a jamais réussi à ramener le gibier au village. Chaque fois qu’il a tué, le gibier lui a toujours été arraché, de gré ou de force.
C’est dans ce camp que se trouve l’oncle du neveu, celui qui jure par tous les Dieux avoir été le chasseur qui avait porté l’estocade fatale à ce gros sanglier l’année dernière, mais avoir été malicieusement dépossédé de la dépouille par son neveu.
C’est le camp le plus brouillant du moment où les idées se mêlent et s’entremêlent pas toujours pour un même dessein.
Il y a d’un côté l’oncle qui sur la foi de ses certitudes réclame toujours la queue du sanglier signe de victoire et, la reconnaissance de la communauté comme le véritable chasseur de l’année.
Et d’autre part, les indécis qui scrutent encore l’horizon et époucietent toutes les cartes de la région pour se donner des bons repères de chasse. Là-bas chacun croit avoir sa chance même si la plupart des chasseurs professionnels sont disqualifiés pour poursuivre les sangliers dans la forêt.
Mais à l’allure où vont les choses, rien ne semble aller dans le sens souhaité par l’oncle qui ne décolère pas, bien au contraire, l’attention de toutes les parties reste focalisée sur la préparation de la nouvelle saison de chasse.
C’est la haute saison qui voit germer une floraison d’associations de chasse et voir même de pêche, l’essentiel est d’avoir la chance d’emprunter le bon couloir et avoir la bonne oreille pour porter son message de soutien.
Chose curieuse, beaucoup d’anciens combattants ayant bien ou mal conseillé l’inamovible vainqueur auto-désigné de la dernière décennie, se trouvent dans les starting blocs.
Très imprégnés de la sagesse africaine qui renseigne que l’amitié avec le chasseur se noue avant le départ pour la chasse, tous les pisteurs et autres porteurs d’hier, se mettent en ordre de bataille et attendent impatiemment l’annonce probable du détenteur du titre.
Décidé à participer au partage du sanglier, chacun prépare son offre de service, avec ou sans CV, tout le monde veut faire la brousse.
Mais comme trop de chiens gaspillent la chasse, il faut faire attention aux offres de services très entachées très intéressées.
Il appartient au tenant du titre de faire le tri de ses accompagnateurs car certains font fuir les animaux en brousse. D’autres se sont tellement baignés dans la boue qu’ils sont visibles à plusieurs kilomètres à la ronde, toute chose qui pourra compromettre le succès de la chasse.
Tout le monde n’est pas obligé d’aller dans la forêt, pour accompagner le chasseur, mais tout le monde est éligible au partage du sanglier.
Trop de chiens gaspillent la chasse, ce n’est pas une rumeur, c’est un fait.

