L’Afrique est mal partie, nous le consentons, parce qu’il est incompréhensible, inacceptable, qu’on se vante dans les vêtements d’autrui comme étant la plus belle femme d’un festin. Il nous vient même de nous demander sans modestie si les Africains ont su écrire depuis l’époque de la liberté de pensée ! Les prix littéraires occidentaux ne sont-ils pas des bandeaux d’halloween qui viennent masquer cette pourriture ?
Écrire en français, en anglais ou dans une des langues étrangère à celle originelle d’un auteur est ce qu’on appelle « écrire en langue » ; elle peut donc varier soit d’époque à époque soit d’un pays à un autre. Ici la langue elle- même n’est pas utile, puisqu’un livre en français peut mieux s’apprécier en Italie ou en Egypte (par traduction). Pour un auteur francophone ou anglephone(…) au-delà du caractère fataliste de l’utilisation des langues sous-jacentes, c’est un avantage que de s’adresser à ceux qui vont écouter et comprendre aisément (87 % des écrivains africains sont de ceux là).
« Écrire avec la langue » est le fait, avant tout choix de langue de transposition, de concevoir chaque mot, chaque phrase, chaque paragraphe, chaque texte, en sa propre langue, celle qui consacre ou denie notre réalité, nos vérités, notre existence, car on le dit encore « si une chose ne s’appelle pas dans ta langue, c’est qu’elle n’existe pas dans ta réalité, ni n’est une vérité pour toi », cela veut dire qu’elle figure ailleurs, n’a de sens que pour les autres. Pourquoi devons nous donc assumer la vie de l’autre et mésestimer la nôtre, et condamner à l’oubli la nôtre ?
Chaque fois que vous écrivez, parlez couramment anglais en votre langue 😦 Eton, bassa, foulbé, Bulu, bamileke, mvele, etc.), si bien que les thèmes abordés et la manière de les aborder correspondent au lieu où ils ont été inspirés ou à la vie de celui qui en parle. Car jamais, mais alors aucunement, Voltaire, Diderot, Dante, Shakespeare, Hegel, etc, n’ont écrit leurs oeuvres éternelles en parlant autre idiome que le français, l’italien, l’anglais ou l’allemand ; ils en ont été bien plus que des citoyens.
Ce n’est qu’en Afrique, qu’un auteur, après avoir vu a Novelas, ou Manga, parfois dans une série américaine, une réalité digne de là-bas prend son stylo, saisit un bloc-notes et en français (…) se met à gribouiller avec le français(…). Des incongruités nauséuses, en parlant de tout, sauf de sa propre famille, de son propre village, encore moins de la Cité de ses ancêtres … Puisque dans et avec la langue d’autrui, il ne crée presque rien, mais reproduit ainsi que les propriétaires l’ont deviné il y’a des millénaires, car ils ont donné un sens à chaque mot pas parce que c’est lui le bon, mais parce que c’est lui qui traduit leur réalité.
Quel grand auteur d’une de ces langues a voulu savoir comment en Eton, bassa ou maka on devrait appeler « la femme, l’enfant, la société, le royaume, le soleil, l’aurore …! » Aucun. Ils ont trouvé indispensable de nous forcer à appeler et comprendre comme eux. Ils ont dit que la femme par exemple a des caractères sexuels différents de ceux des hommes, point final. Ce qui n’est pas notre conception de la femme, d’ailleurs aujourd’hui chez eux une femme peut devenir un homme, elle peut même désormais avoir deux sexes sans problème, décider de ne pas faire d’enfants. Voilà leur réalité et les mots pour appeler ces choses existent… Mais l’africain utilise les mêmes mots pour parler de ce qui est à des milliards de km de sa pensée.
Nous disons donc chers auteurs, on n’a jamais su écrire correctement, à part copier les autres, les mimer comme des singes. Si l’on peut encore écrire dans certains cas où il n’existe pas de langue nationale originelle, daignons d’abord écrire avec notre langue puis transposons dans la langue d’écriture.

