« Sur l’appel d’Ali Akbar Onanga Y’Obegue aux ressortissants du Haut-Ogooué à défendre Ali Bongo ONDIMBA : Analyse critique d’un discours identitaire » par Dr Hugues Awanhet Ntawanga

Dans un texte adressé aux Altogovéens, Ali Akbar Onanga Y’Obegue, docteur en droit et ancien ministre, dénonce ce qu’il considère comme un acharnement injuste du pouvoir de transition contre l’ancien président Ali Bongo Ondimba et sa famille. À travers un appel aux valeurs culturelles du Haut-Ogooué, il interpelle la conscience collective sur le traitement réservé à un homme affaibli par la maladie, tout en questionnant les motivations de Brice Clotaire Oligui Nguema, actuel dirigeant de la transition.

Cependant, cette prise de position soulève plusieurs ambiguïtés et contradictions au regard des principes républicains et de la séparation entre sphère communautaire et gestion étatique.

1. Une rhétorique communautariste contraire aux principes républicains

Dès l’introduction, le docteur Ali Akbar Onanga Y’Obegue utilise un ton empreint de gravité et de tristesse, insistant sur la solidarité communautaire et les valeurs traditionnelles du Haut-Ogooué. Ce choix rhétorique oriente le débat vers une lecture identitaire des événements politiques, réduisant les Altogovéens à leur origine géographique plutôt qu’à leur rôle institutionnel.

En insistant sur les liens fraternels entre Ali Bongo et Brice Clotaire Oligui Nguema, l’ancien ministre occulte les principes fondamentaux de la République gabonaise : la neutralité de l’État, l’égalité de tous devant la loi et l’impartialité des institutions.

Cette confusion des genres suggère que l’appartenance provinciale, ethnique ou clanique devrait primer sur la responsabilité politique, un argument qui va à l’encontre de la logique républicaine où la gestion de la chose publique repose sur des critères objectifs et légaux, et non sur des affiliations personnelles ou ethniques.

2. Une personnalisation du pouvoir et une victimisation excessive

L’argumentaire repose largement sur la victimisation d’Ali Bongo Ondimba, présenté avant tout comme un « fils du Haut-Ogooué » frappé par la maladie. Cette approche tend à personnaliser un débat qui devrait rester ancré dans une analyse des actes politiques et de leurs conséquences sur la nation.

En insistant sur l’AVC d’Ali Bongo et sur les souffrances de sa famille (incarcération de son épouse et de son fils, refus de sortie du territoire, effacement symbolique de son image), Ali Akbar Onanga Y’Obegue évite une réflexion critique sur la gestion du pouvoir pendant ses mandats. Il passe en effet sous silence les exigences de justice et l’État de droit, en réduisant les procédures judiciaires à des actes de persécution personnelle. Cette posture ignore les responsabilités de l’ancien régime et les attentes légitimes du peuple gabonais en matière de transparence et de reddition des comptes.

3. L’instrumentalisation des valeurs traditionnelles pour légitimer une fidélité politique

Monsieur Ali Akbar Onanga Y’Obegue, vous faites référence aux valeurs ancestrales du Haut-Ogooué, notamment la solidarité envers les membres affaiblis de la communauté. Ce recours au registre culturel crée une tension avec les principes républicains en suggérant que les liens ethniques, claniques ou provinciaux devraient prévaloir sur les institutions étatiques.

En mettant en avant la notion de « respect des aînés » et de « reconnaissance envers ceux qui ont aidé », monsieur Ali Akbar Onanga Y’Obegue, vous légitimez implicitement un système de clientélisme, où la loyauté personnelle devient un critère de jugement politique. Ce type d’argument s’oppose au principe de responsabilité publique et à l’idéal d’une gouvernance fondée sur l’intérêt général plutôt que sur des bénéfices particuliers ou des relations privilégiées.

4. Une absence de prise en compte des responsabilités institutionnelles

L’interpellation de Monsieur Ali Akbar Onanga Y’Obegue présente Brice Clotaire Oligui Nguema comme un traître personnel, tout en occultant son rôle en tant que chef d’État de la transition. Cette réduction du conflit à une affaire familiale détourne l’attention des véritables enjeux politiques et juridiques.

Ali Akbar Onanga Y’Obegue semble oublier que le pouvoir d’Ali Bongo n’a pas été exercé seul : de nombreux collaborateurs et institutions ont soutenu son régime. Or, le texte ne critique ni ne questionne la responsabilité collective des élites politiques qui entouraient l’ancien président. Cette omission crée une lecture partielle et biaisée des événements.

5. Un appel à l’action ambigu, entre légalité et pression morale

Le message de Monsieur Ali Akbar Onanga Y’Obegue se conclut par un appel pressant à l’interpellation des autorités de la transition afin de cesser les « persécutions » contre Ali Bongo et sa famille. S’il insiste sur une démarche « respectueuse mais ferme », cette incitation peut être perçue comme une tentative de pression communautaire sur les institutions publiques.

En formulant des demandes spécifiques (fin de l’acharnement, respect des droits de santé, réhabilitation de l’image d’Ali Bongo), il suggère une intervention politique motivée par des considérations personnelles plutôt que par le respect du cadre juridique en vigueur. Cette posture brouille la distinction essentielle entre la justice indépendante et les revendications identitaires.

6. Les implications politiques : une remise en cause des institutions de la transition

Ce plaidoyer identitaire affaiblit la légitimité des institutions de transition en insinuant que leurs actions sont guidées par des motifs personnels et ethniques. Une telle remise en cause, en réduisant la politique à des enjeux communautaires, fragilise l’autorité de l’État et pourrait nourrir des divisions au sein de la société gabonaise. Cette approche minimise également l’importance des réformes nécessaires pour instaurer un État de droit viable et durable.

7. Les enjeux juridiques : une lecture partielle du droit

En insistant sur la protection des droits d’Ali Bongo, l’enseignant de droit omet les principes fondamentaux du droit : l’égalité devant la loi et la nécessité de rendre des comptes. Cette approche sélective du droit risque d’ouvrir la voie à des revendications similaires d’autres groupes communautaires, complexifiant davantage la consolidation de l’État de droit.

8. L’approche sociologique et culturelle : tensions entre modernité et tradition

Le discours révèle une tension entre les normes modernes de la gouvernance républicaine et les obligations de solidarité propres aux traditions locales. Cette dualité reflète un défi majeur pour le Gabon : concilier le respect des identités culturelles avec l’exigence d’une gouvernance fondée sur l’intérêt général et le respect des institutions.

Conclusion : une défense identitaire au détriment de l’intérêt national

En définitive, cet appel d’Ali Akbar Onanga Y’Obegue aux ressortissants du Haut-Ogooué illustre une tension profonde entre deux logiques incompatibles :

La logique républicaine, fondée sur l’égalité, l’impartialité et l’État de droit.

La logique communautaire, qui privilégie la loyauté provinciale, la solidarité familiale et la reconnaissance personnelle.

En mobilisant les émotions et les valeurs traditionnelles, l’ancien ministre Ali Akbar Onanga Y’Obegue fait passer au second plan les principes constitutionnels qui doivent guider la gestion de l’État. Cette confusion des genres nuit à la clarté du débat public et risque de fragiliser l’unité nationale en plaçant les appartenances locales au cœur de la prise de décision politique.

Plutôt qu’un plaidoyer pour la dignité humaine, cette interpellation est une tentative de réhabilitation politique fondée sur des critères affectifs et identitaires, en décalage avec les exigences modernes de la démocratie.

Au-delà de cette interpellation, j’attire l’attention de l’ensemble des Gabonais sur la nécessité de se départir des appels visant à recourir à des raccourcis identitaires qui mutilent les composantes de l’identité nous inscrivant dans un projet national, et donc au-delà de nos villages, provinces et ethnies.

Lorsque nous parlons du Gabon, lorsque nous avons la prétention de le diriger ou lorsque certains l’ont dirigé en s’appuyant sur des logiques identitaires, réduisant les Gabonais à leurs provinces, nous n’avons pas compris l’union et la concorde auxquelles nous invite notre hymne national.

À propos de nos identités, je suis Ungom, Ntombdi, du Moyen-Ogooué, anthropologue. J’ai eu des amis au Lycée d’Application, à l’École des Cadets de la Police, j’ai fait des études et rencontré des personnes à Paris 5 et Paris 1 Sorbonne, j’ai obtenu ma thèse à Lyon 2. Tous ces différents cadres institutionnels et culturels définissent mon identité, qui est donc finalement polymorphe. Ils sont riches de leur apport, contribuent à mon identité et à mon ancrage national et global.

Pour revenir à l’exemple de notre pays, il est riche de sa diversité linguistique et culturelle. Nous ne pouvons envisager notre vivre-ensemble que dans une approche inclusive des différentes composantes de notre nation. La défense des droits humains, qu’elle concerne un citoyen quelconque ou le Président Ali Bongo Ondimba, doit s’inscrire dans ce cadre respectueux des droits de l’ensemble des Gabonais.

Dr. Ali Akbar Onanga Y’Obegue, votre appel aux ressortissants du Haut-Ogooué pour défendre les droits d’Ali Bongo est anti-républicain. Il aurait été plus pertinent d’attirer l’attention de l’ensemble des Gabonais en l’inscrivant dans une approche des droits humains qui transcende le repli identitaire auquel vous vous êtes livré. C’est regrettable pour le juriste que vous êtes, car vous avez manqué de poser des questions de droit capables d’interpeller l’ensemble de la société gabonaise, quels qu’en soient les griefs que des citoyens gabonais auraient pu avoir contre la gouvernance du Président Ali Bongo Ondimba.

La défense des droits humains doit transcender les clivages ethniques et s’inscrire dans un cadre respectueux des droits de tous : la République.

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