« Réponse à Monsieur Adrien NGUEMA MBA ministre du Travail et de la lutte contre le chômage au Gabon » par Régis NGUEMA NDONG

Je me permets de m’adresser à vous en ma qualité de jeune ingénieur gabonais, spécialisé en exploitation des gisements et en extraction minière, fort d’une expérience en gestion de projets innovants acquise au cours de mes études en Europe. Dès mon retour au Gabon en 2016, j’ai résolu de mettre mes compétences au service de notre nation.

Cependant, force est de constater que la réalité du marché de l’emploi dans notre pays s’écarte considérablement des discours officiels. En effet, dès mon arrivée, j’ai soumis ma candidature auprès du Ministère des Mines et ai été reçu par le Secrétariat Général, lequel m’a informé de l’existence d’un besoin criant d’ingénieurs miniers. Or, malgré cette confirmation, ma candidature est demeurée sans suite.

Par la suite, j’ai été contacté par la Société Équatoriale des Mines (SEM) et ai passé, successivement, quatre entretiens le même jour avec le Secrétaire Général, le Directeur Général, le Directeur Général Adjoint, puis le Directeur des Ressources Humaines. Toutefois, après ces échanges, il ne m’a été proposé qu’un stage rémunéré à hauteur de 25 000 francs CFA, une offre que je considère indigne d’un ingénieur de ma trempe et révélatrice de la précarisation des jeunes talents gabonais.

De surcroît, j’ai poursuivi mes démarches auprès de Comilog-d’Eramet et Maboumine en déposant mon dossier, au boulevard Triomphal, immeuble Gecar, troisième étage, en face de l’Institut Français. Néanmoins, à l’instar de nombreux jeunes diplômés, je n’ai obtenu aucune réponse. Vous n’êtes pas sans savoir, Monsieur le Ministre, qu’au sein de ces entreprises il est souvent nécessaire de bénéficier d’un réseau ou d’accepter des compromis dégradants afin d’accéder à un poste, une réalité que l’on ne saurait volontairement occulter.

Par ailleurs, j’ai également sollicité l’École de Mines et de Métallurgie de Moanda à Franceville dans le but de dispenser des cours sur l’exploitation des gisements et l’extraction minière. Or, un responsable français m’a rétorqué en ces termes : « nous n’avons pas d’emploi à vous proposer ici », ce qui vient s’ajouter aux difficultés inhérentes à notre quête de reconnaissance professionnelle.

En outre, j’ai tenté de postuler auprès des sociétés de Nouridine Bongo et de Sylvie Bongo afin d’intégrer une entreprise d’exploitation aurifère, prétendument dirigée par des investisseurs marocains. Cependant, lorsque nous nous sommes présentés devant le portail de cette société située à Bas-de-Gué-Gué, nous avons été refoulés par le gardien, qui s’est borné à nous interroger : « Qui vous a indiqué qu’il y avait une société d’exploitation d’or ici ? ». Cette réponse ne fait qu’amplifier mes interrogations quant à la transparence et à la gestion des ressources minières de notre pays.

Par ailleurs, après le coup d’État militaire, le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI), par le canal du colonel Ulrich Manfoumbi, avait exhorté les jeunes Gabonais à déposer leurs dossiers auprès de la fonction publique gabonaise. Nous avons suivi cet appel en soumettant nos candidatures ; néanmoins, force est de constater qu’à ce jour, ce sujet semble être relégué aux oubliettes, et aucune information ne nous a été communiquée quant à l’avancement de nos demandes.

Dans ce contexte, vos récents propos lors de votre conférence de presse sont inacceptables. Vous avez déclaré : « Nous sommes un pays minier et je peux vous assurer qu’en ce moment nous n’avons pas de jeunes compatriotes qualifiés pour occuper ces fonctions. Je vous demande de consulter les photos. » Ces paroles sont une insulte aux nombreux jeunes ingénieurs gabonais formés avec rigueur et compétence, qui, malgré leurs qualifications, se heurtent à un marché de l’emploi verrouillé par le népotisme et l’opacité.

Monsieur le Ministre, vous proclamez votre volonté de lutter contre le chômage et de promouvoir l’insertion professionnelle des jeunes Gabonais. Pourtant, la réalité demeure tout autre : les recrutements se font sur la base du favoritisme, le marché de l’emploi reste fermé aux jeunes diplômés compétents et ces derniers se retrouvent ainsi abandonnés à leur sort.

En conséquence, je sollicite de votre haute bienveillance des explications quant aux dysfonctionnements actuels, ainsi que la mise en œuvre de mesures concrètes en faveur d’un système de recrutement fondé sur le mérite, la transparence et l’égalité des chances.

Régis Nguema Ndong Ingénieur d’Exploitation des Gisements et Extraction Minière et Manager de Projets Innovants.

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