« La vérité doit être dite… » Par Kally Diallo

Il est du plus grand des crimes de voir les écrivains se taire face à une situation aussi délicate et désastreuse qui frappe leur pays. Alors que le peuple souffre au quotidien, alors qu’il lutte pour sa survie dans un système où la misère s’intensifie et où l’indifférence règne, les écrivains, qui ont pour vocation de témoigner de la vérité et de défendre la justice, semblent être absents. Ils regardent, certes, mais ne disent rien. Ils semblent observer sans agir, se contentant de rester dans l’ombre de leur propre peur. Pourtant, ce silence, loin d’être une forme de prudence, est devenu un crime.

Car qu’est-ce que le silence face à la souffrance du peuple, sinon une complicité ? Quand les poètes, les écrivains, ces voix censées porter l’indignation de la société, se taisent, ils trahissent leur rôle essentiel : celui de dénoncer l’injustice, d’ouvrir les yeux de la société et de porter la lumière sur les zones d’ombre. Mais aujourd’hui, de plus en plus, les écrivains ont peur. Peur de dire la vérité. Peur de se dresser contre un système qui, au lieu de soutenir la population, préfère enrichir une élite dirigeante. Peur de dénoncer les malversations, les détournements de fonds, la mauvaise gestion, la corruption qui gangrènent la société, de peur de se retrouver en prison, de devenir une cible à abattre.

Le peuple, lui, n’a plus la force de crier. Il est épuisé. Privé de soins de santé adéquat, de véritables services éducatifs, il se débat chaque jour dans une réalité où même les nécessités de base, comme l’électricité, deviennent une rareté. La sécurité, elle aussi, se fragmente, avec des bandits armées qui prennent de plus en plus de place Ils attaquent comme ils veulent, quand ils veulent, où ils veulent et comment ils veulent. Dans la ville de la capitale qui est pour certains le Mali, des bandits, des braqueurs n’ont pas braqué à moment ? Ils braquent à tout moment. Sur la route kita-Bamako, c’est presque inaccessible car à chaque moment, ce sont des attaques. Qui n’est pas informé sur les attaques sur la route Siby-Bamako ? Et ce qui est grave, ces attaques se font à tout moment et ça a commencé depuis une longue date. La population souffre dans un quotidien d’angoisse, les dirigeants continuent de vivre dans le luxe, dans l’abondance, inconscients de la misère qui les entoure. Les écrivains, témoins de notre époque, voient tout cela et choisissent de se taire. Ils observent la souffrance sans réagir. Est-ce là une attitude digne de ceux qui, par leur plume, ont la possibilité de renverser les injustices ?

Il faut se poser la question : ces écrivains, qui refusent de parler, ne sont-ils pas, eux-mêmes, des criminels ? Car, dans leur silence, ils ferment les yeux sur la vérité et abandonnent les plus vulnérables à leur sort. Même s’ils ne sont pas lus ou écoutés, ils ne doivent pas parler ?

Le peuple, déjà épuisé par des années de négligence, de promesses non tenues, de conditions de vie indignes, doit encore supporter des prélèvements injustes sur leurs communications, des taxes imposées.

Comment peut-on en vouloir à un peuple qui ne demande qu’un peu de dignité ? Comment peut-on accepter qu’on lui prenne encore plus, sans qu’aucun écrivain ne se lève pour dénoncer cela ?

Où nous mène cette situation ? Où est-ce que ce système nous conduit, quand les voix de la vérité se taisent et que les écrivains, par peur ou par indifférence, ne jouent plus leur rôle de conscience collective ? Je constate que l’une des plus grandes erreurs de ce pays est le silence des écrivains, leur incapacité à se dresser contre les injustices et à affronter la vérité. Où sont les poètes, les romans, les écrivains, qui ont eu des grands prix, des prix internationaux ?

Où sont les consciences éveillées ? Vivent-ils dans une peur paralysante ?

Le silence, dans une situation aussi grave, ne peut être un choix. Il ne doit pas l’être. Il faut, aujourd’hui plus que jamais, que les écrivains trouvent le courage de se lever et de parler. N’avons-nous pas étudié l’histoire de Malcolm X, de Nelson Mandela ?

La vérité doit être dite, les injustices doivent être dénoncées. Le peuple épuisé ne doit plus attendre que les auteurs se contentent d’écrire dans l’ombre, faire des éloges. La littérature ne doit pas être un outil de distraction seulement, mais un outil de résistance. La plume d’un écrivain est puissante ; elle doit porter les voix de ceux qui n’ont pas de pouvoir, elle doit être une arme contre l’oppression, la corruption et l’injustice. Et tant que les écrivains se tairont, ils seront complices, dans leur silence, du crime perpétré contre le peuple.

Kally DIALLO, Écrivain malien

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