Le système de santé au Gabon : un cri du cœur

Tant que tu n’as pas mis les pieds à l’hôpital en tant que patient, tu peux penser que les plaintes des gens sont exagérées. Mais dès que tu vis la réalité de l’intérieur, tu comprends que c’est bien plus grave que ce qu’on imagine.

Nos CHU ? Ce sont comme de vieilles voitures. On les repeint à chaque fois que la peinture s’écaille pour faire illusion. Mais le moteur est cassé, les freins sont rouillés, les vitres sont fissurées… Et pourtant, on continue de faire croire que tout va bien.

En 2025, comment peut-on accepter qu’il n’y ait plus de coton ni d’alcool pour faire un prélèvement ? Comment peut-on demander aux patients de payer les tubes, les gants, les seringues… tout ?!

Et le nettoyage ? Il se fait à l’eau mousseuse, sans désinfectant, dans un lieu censé soigner les gens. Où est passée la javel ? Où est l’hygiène minimale ? On parle d’un hôpital, pas d’un marché !

Et nous, les femmes… Parlons-en. Du côté de la gynécologie et de la maternité, c’est une catastrophe. Les douches sont sales, les odeurs suffocantes, plus de climatisation, un seul ventilateur pour une chambre de quatre patientes en moyenne. Quand tu viens pour donner la vie, tu dois d’abord survivre aux conditions.

Mais la meilleure… ce sont les interventions chirurgicales. Nyammbiiiiiiiii ! Tu achètes tout, même le bistouri, la casaque du médecin, les compresses. Et l’assurance ne couvre rien. Juste l’ordonnance peut te faire décider de rentrer mourir chez toi. Parce qu’on ne va pas tous devenir mendiants pour survivre, non ?

Les pharmacies des hôpitaux n’ont presque rien. Les parents font le tour du pays pour trouver ce qu’il faut. Un simple kit de césarienne coûte entre 25 000 et 33 000 FCFA, selon la pharmacie. Si tu n’as pas les moyens, tu fais comment ?

Et les blocs opératoires ? Parlons-en. Les plateaux sont vieux, usés. Ils devraient être remplacés depuis longtemps. Mais non, on rafistole. On bricole. Et combien de vies ont été perdues à cause de ces rafistolages ? On ne saura jamais. Parce que tout est couvert, tout est camouflé.

Et le personnel de santé ? Ce ne sont pas eux le problème. Ce sont des soldats en première ligne, abandonnés sans matériel, sans conditions dignes de travail. Tu veux faire une prise de sang ? On te dit : va chercher du coton au service d’à côté, va chercher de l’alcool ailleurs. C’est épuisant. Pour eux. Pour nous.

Et puis il y a ces moments où tu es prêt pour une opération, stressé, préparé mentalement… Et on vient te dire : “Désolé, rentrez chez vous, il y a un souci technique au bloc. On vous rappellera.”

Tu imagines l’état émotionnel du patient ? Ce n’est pas un téléphone qu’on met en veille. C’est un être humain, avec ses peurs, sa douleur, son attente.

Ce n’est plus une crise. C’est une honte. C’est un système malade qui met en danger ceux qu’il est censé protéger.

Nous ne venons pas à l’hôpital pour faire du tourisme. Nous venons parce que nous voulons vivre. Parce que nous croyons encore qu’il y a une chance.

Mais à force de repeindre les murs sans jamais réparer le moteur, vous transformez les hôpitaux en pièges silencieux.

De belles bâtisses. Mais la mort au bout des doigts.

Valerie Shop

Laisser un commentaire