« l’Afrique piégée par ses diplômes : Quand le Doctorat devient l’ennemi de la compétence » par Challa Serge Alaye

À force de sacraliser des parchemins vidés de leur substance, l’Afrique s’est enfermée dans une prison mentale : celle où le diplôme prime sur le savoir-faire, où la reconnaissance académique l’emporte sur l’efficacité, où le titre étouffe le talent. Le doctorat, censé être le sommet de l’excellence intellectuelle, est devenu, dans bien des cas, le masque triste d’une incompétence érigée en système.

Le témoignage poignant d’un jeune universitaire africain, fraîchement recruté par plusieurs universités françaises sans que ne lui soit exigé un doctorat, éclaire d’un jour cru l’ampleur de notre égarement. Ce qui a compté, ce ne fut ni la possession d’un titre ni le prestige d’un parchemin : mais l’expérience réelle, la profondeur des réflexions, la richesse des conférences animées, la capacité d’ouvrir des voies nouvelles dans des domaines aussi essentiels que l’éveil de la conscience, la sauvegarde des savoirs ancestraux et la transmission des traditions africaines.

À l’opposé, sur le continent africain, ce même universitaire voit un chef d’entreprise aguerri, employant plus de deux cents salariés et désireux de transmettre ses savoirs, se heurter à un refus humiliant. Non parce qu’il manque d’expertise, mais parce qu’il n’a pas de doctorat dans un domaine qu’il incarne pourtant par ses œuvres. Le comble du ridicule est atteint lorsqu’un directeur d’établissement préfère confier l’enseignement de l’entrepreneuriat à un doctorant théorique n’ayant jamais géré un commerce de volailles, plutôt qu’à un entrepreneur de terrain ayant prouvé, construit, innové.

Ce travers révèle une vérité douloureuse : en Afrique, l’illusion du diplôme a triomphé de l’exigence de compétence. On préfère la certification vide à l’intelligence pratique, l’illusion de savoir à la vérité de l’action.

Or, à quoi bon brandir un doctorat si l’on échoue à démontrer l’humilité, l’efficience, l’aptitude à transformer son environnement ? Que vaut ce titre quand il devient prétexte à l’arrogance, justification de l’échec, carapace de l’ignorance ?

Tant que nous n’aurons pas compris que le diplôme n’est pas une fin, mais un moyen, nous condamnerons nos enfants à errer dans un désert d’illusions académiques, incapables d’affronter la complexité d’un monde en mutation rapide.

CHANGER DE PARADIGME OU SOMBRER

Il est temps de briser le cercle mortifère de la mystification du diplôme pour entrer dans l’ère de la compétence authentique. Cette mutation, vitale pour l’Afrique, passe par plusieurs réformes majeures :

✓ Valoriser la compétence réelle :* intégrer dans les procédures de recrutement des critères basés sur les expériences, les réalisations et l’impact social ou économique tangible.

✓ Refondre les programmes éducatifs :* instaurer, dès le Primaire et Secondaire, des enseignements orientés vers la pratique, l’innovation, l’esprit critique, l’initiative entrepreneuriale et la résolution de problèmes concrets.

✓ Imposer l’humilité comme valeur cardinale :* enseigner dès le plus jeune âge que la science véritable est une quête perpétuelle et que l’arrogance est l’ennemi mortel du savoir.

✓ Ouvrir les universités aux praticiens compétents :* permettre à des experts du terrain, qu’ils soient entrepreneurs, artisans, innovateurs, de transmettre leurs savoirs même sans doctorat formel.

✓ Réconcilier modernité et tradition :* promouvoir une éducation qui respecte et valorise nos savoirs ancestraux tout en les articulant aux avancées scientifiques et technologiques contemporaines.

✓ Favoriser la mobilité intellectuelle et l’évaluation continue : abolir les cloisons mentales et pédagogiques entre les ordres d’enseignement et instaurer une culture de la formation tout au long de la vie.

Notre continent regorge de talents, d’intelligences vives, de créateurs visionnaires. Mais si nous continuons de mesurer leur valeur à l’aune de parchemins stériles, nous continuerons d’étouffer leur potentiel, de sacrifier l’avenir sur l’autel d’une reconnaissance aussi factice qu’illusoire.

• Nous devons oser éduquer autrement.

• Nous devons choisir de construire, non d’impressionner.

• Nous devons préférer l’être à paraître.

Le véritable développement de l’Afrique ne naîtra pas des faux-semblants académiques, mais de la rencontre féconde entre savoirs vrais et humilité agissante. L’heure n’est plus aux diplômes déifiés, mais aux compétences libératrices.

Car au bout du compte, le monde appartient non aux plus diplômés, mais aux plus compétents.

Challa Serge ALAYÉ, Chroniqueur engagé pour la refondation éducative africaine

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