« Quand la culture s’invite à l’investiture » par Corneille Ollomo Ekoga

On aurait demandé aux invités à l’investiture du Président Brice-Clotaire Oligui NGUEMA ce qui les aura marqués le plus que la majorité aurait dit sans hésiter que c’est la remise des attributs des pouvoirs mystique et initiatique, soit un tout relevant de nos cultures ancestrales.

Nous avons alors vu en plein jour, sous un soleil du genre rarement ressenti, devant un public composé de nationaux, d’africains, d’occidentaux et d’orientaux, avec un grand prêtre initié du nom de NDONG NDONG auprès de qui le Président avançait avec humilité comme un enfant du début à la fin de cet interlude traditionnel très captivant.

Avec les traumatismes de la colonisation dont l’église, les rites locaux ont élu domicile en arrière case comme pour se cacher d’un maître qui pourrait réprimander.

D’où nombreux sont ceux qui fréquentent les bienfaiteurs de la forêt systématiquement en cachette, le foulard ou chapeau posé sur des lunettes noires, parce que fréquenter les initiés guérisseurs est a priori diabolique.

Or, chrétiens comme nous tous, habillés de blanc le dimanche, on craint les on dit, comme si Dieu avait son lit derrière un petit autel pour résoudre nos problèmes de blocages, de jalousie, d’envoûtements, de fusil nocturne, de ko’ong…de sorcellerie diverse qui nous perturbent gravement la vie.

Les adresses des guérisseurs à ce jour, c’est de bouche à oreille entre gens de confiance.

Maintenant que la culture va devenir le quatrième palier du Conseil économique, social, environnemental et Culturel, il est clair que la promotion de la culture gabonaise ne s’arrêtera plus à la chanson, aux danses… mais aussi au tabou de l’art initiatique et mystique.

Ceux qui comme nous à Bitam ont tout jeté derrière les autels catholiques ou protestants, feront du chemin pour relancer tant de choses qui ont pris le _minguele_ c’est-à-dire la rouille du fait de l’abandon brutal de nos rites.

Chez nous à Ancien Melene par exemple, on aime tant se vanter comme descendants de Oko’ong, un ancêtre dont la force mystique et les épopées liées n’ont d’égales que celles de la bible.

Où est la continuité de ça ?

En marge de l’église prise en grippe à chaque fois, il faudrait reconnaître le mauvais rôle des héritiers dont l’égoïsme ambiant à ce jour se résume à tout pour moi, et rien pour les autres. Or, la mystique a des règles immuables. Il faut savoir passer la main pour assurer la continuité.

Dans le cas contraire, la machine va se gripper, parce que là-bas, de l’autre côté, ton nom n’est plus au chapitre, et à force de vouloir obstruer le mandat d’autrui, tu vas conjuguer avec d’autres entités qui facturent cher.

D’où l’accroissement soit des cimetières, soit des morts vivants, _biyemeyema_ .

Le retour aux sources chanté depuis des années est là. Entre autres rites de chez nous, il y a le Ngui, ce Dieu qui sanctionne de mort tout ceux qui militent pour le mal dans un village ou dans une famille.

Enfin, au lieu que nos enfants soient détournés dans des choses que leurs ancêtres n’ont ni connues ni laissées, ils pourraient chacun en cette saison de grand soleil, de grandes pluies, de végétation et des eaux abondantes, aller au village, faire des bains de purification, les pieds sur une peau de bête tachetée, le corps couvert de kaolin, et sortir de là sans engagement aucun, sauf des petits interdits comme ne pas faire les choses impolies sous le soleil. Ça, ce n’est rien.

On devrait donc s’attendre à s’initier au MELANE, nous et nos enfants pour s’arrimer aux traditions perdues de nos ancêtres.

On dira merci pour cette restauration de la culture.

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