Ils ont fui leurs partis comme on fuit un navire en perdition. Naufragés de la politique, ils ont frappé aux portes de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), espérant y trouver refuge, visibilité… et surtout, une investiture. Mais ce qu’ils n’avaient pas anticipé, c’est qu’une frontière invisible, mais impitoyablement légale, allait se dresser sur leur chemin : l’article 82 du Code électoral, version 2025.
En effet, la Loi organique n°001/2025 du 19 janvier 2025 a dressé une barrière infranchissable pour les opportunistes de dernière minute : quiconque souhaite changer de camp doit avoir quitté officiellement son parti d’origine au moins quatre (4) mois avant la date du scrutin. Traduction : les ex-PDGistes et autres « repentis » politiques qui ont rallié l’UDB en juin ou en juillet sont hors-jeu. Même sous étiquette d’indépendant.
« L’article 82 agit comme une police des frontières républicaines. Il distingue les citoyens politiques réguliers des clandestins électoraux. »
Mais la rigueur de la loi ne s’arrête pas là. Elle précise qu’un parti politique, un regroupement de partis politiques ou un regroupement de candidats indépendants ne peut présenter qu’une seule liste par circonscription. De quoi compliquer la tâche des clandestins politiques qui, dans certaines zones, se disputent la légitimité de représenter leur nouveau camp. Résultat probable : disqualification collective des candidatures concurrentes.
Quant aux indépendants, l’étau est tout aussi serré : quelle que soit leur multitude, une seule liste est admise par circonscription. Et s’ils venaient à être élus, ils ne peuvent rallier aucun parti politique durant leur mandat, sous peine d’invalidation pure et simple de leur élection. Une sorte de quarantaine institutionnelle.
Dans ce contexte, de nombreux transhumants électoraux se retrouvent piégés. Départ tardif, démission jamais formalisée, illusion que la proximité avec un ministre ou un gouverneur puisse servir de sauf-conduit… autant de paris perdus face à une loi sourde aux arrangements de coulisses.
« Il y a une différence entre faire la queue pour l’investiture et être éligible à l’investiture. »
La panique est désormais palpable, même si elle reste feutrée. Certains envisagent de rétrodater leurs lettres de démission, d’autres espèrent un hypothétique assouplissement du texte. Mais en République, le droit n’a pas d’oreilles.
L’article 82 ne fait pas dans l’émotion. Il fait le ménage.
Et il rappelle à ces sans-papiers politiques qu’en démocratie, on ne change pas de casquette comme on change de chemise, surtout à l’approche d’une élection.
Encore faudrait-il qu’ils aient vraiment compris la quintessence de l’article 82. Sinon, le bruit aurait déjà enflammé les réseaux sociaux.
Jocelyn Louis NGOMA, acteur de la société civile

