Quiconque a fréquenté Ali Bongo Ondimba de près sait qu’il est doté, comme tout le monde, de qualifiés et de défauts. Mais il y a un de ses traits de caractère auquel nul ne voulait être confronté, c’était la rancune.
Aussi, il n’est pas surprenant pour quiconque le connait, qu’à peine sorti du Gabon, il engage aux côtés des siens une guérilla structurée qui ira crescendo.
Le premier objectif est de faire la démonstration que l’État de droit au Gabon est une vue de l’esprit. Dans les billets de la chronique « Le débat de Missélé eba’a » qui ont alimenté le quotidien des Gabonais avant la Transition, il était rappelé que la légitimité se construisait à deux niveaux : 50 % dans le pays, auprès de sa population et 50 % auprès de l’international, le Gabon ne vivant pas en autarcie.
Pour ce qui des 50 % dans le pays, on est en droit de se demander si la marche inopportune du 11 juillet dernier reflétait les 95 % des voix obtenues lors de la récente élection présidentielle. Les images qui circulent sur les réseaux sociaux font foi. A chacun de se faire sa lecture. Celle d’Ali Bongo Ondimba construira le déroulé de sa stratégie à ne pas sous-estimer.
Pour ce qui est des 50 % hors du pays, la communauté internationale n’a son existence que grâce à ce type d’actualités, surtout si elles sont bien argumentées. Le risque si une véritable réflexion n’est pas faite, côté Gabon, est que l’image de « libérateurs » des nouveaux dirigeants puisse être balayée aussi vite qu’un clignement des yeux et passent à la case « dictateurs ».
Ainsi, Ali Bongo Ondimba et les siens auront réussi l’étape 1 de leur stratégie. Nul doute qu’ils y associeront deux éléments fondamentaux qui pourraient perturber la conscience des Gabonais : (1) les Bongo Ondimba n’ont pas l’intention de revenir au pouvoir (2) faire la démonstration qu’avec les nouveaux dirigeants, non seulement il n’y aura aucun changement, mais en plus la dictature dénoncée sera pire.
Avec cette stratégie en musique, il s’agira tout simplement de rendre le pays ingouvernable pour éviter de dire « instable ». L’objectif visé est si ce n’est au final ranger le Gabon dans le cercle des pays non fréquentables comme le sont tous ces pays où les militaires ont accédé au pouvoir par des voies anti constitutionnelles ?
Une fois cette étape bouclée, c’est la fermeture certaine de l’accès à la banque des investisseurs crédibles du monde entier. Quel développement serait alors possible sans argent jugé propre ? Progressivement le pays entrera dans la spirale infernale des tensions de trésorerie et autres difficultés financières. Une situation qui ne pourra qu’avoir un impact lent et nocif sur le lien entre la population et ses dirigeants. Bien entendu, cette désunion sera nourrie par les proverbes qui disent « ventre affamé n’a point d’oreille », « on juge le maçon au pied du mur ».
Osons espérer qu’il ne reviendra pas à Mays Mouissi d’avaler la pilule amère en l’invitant à commenter la corrélation « promesses annoncées et promesses tenues ». C’est tout le mal lorsque les petites phrases assassines recherchent leur mère.
Enfin, dans cette où le nouveau président de la République devra affronter les peaux de bananes glissantes jetées par l’ancien, il n’y a pas meilleure jurisprudence que l’histoire de Pascal Lissouba à la seule différence qu’Ali Bongo Ondimba bénéficie d’une autonomie financière conséquente susceptible d’arriver à ses fins quand l’autre vivait aux crochets d’Omar Bongo Ondimba, le beau père. Sa messe était dite.
N’osons même pas imaginer si les Bongo Ondimba capables s’en mêlent. Bonjour les dégâts. Il y a urgence pour le pouvoir de Libreville de bien prendre la mesure du danger que représentent ces fauves revanchards en liberté. Il est clair que ce n’est pas avec le personnel corrompu et transhumant, bien connu des Bongo Ondimba pour avoir été leur maître à un moment donné ou un autre, qu’une riposte adéquate serait possible.
Par Télesphore Obame Ngomo

