Le débat de Missélé eba’a : La politique au Gabon et ses couloirs sinueux (3/7)

Gouverner avec une majorité confortable, quel beau projet. Mais comment construire cette majorité, là est toute la magie du génie en politique. C’est le moment où tous les leaders politiques se refusent de compter leurs heures de travail, de consultation et de négociation.

Cet exercice, encore plus complexe que la composition d’un gouvernement, requiert des aptitudes particulières : La patience, l’écoute et l’art de la négociation. Ces trois facteurs combinés permettent de convoquer pour la décision, l’intelligence des situations. Seul moyen pour limiter les blessures, les déchirures et les séquences de conspiration les plus meurtrières.

Car aux vieux différends de familles, de clans ou de tribus, viendront s’ajouter les divergences ou les oppositions qui impacteront sur la vie politique et publique, cocktails idéals pour un désamour progressif et un sabotage assuré de l’action des nouveaux dirigeants.

Si le PDG a su, au fil des années, trouver les mécanismes pour régler ces situations complexes, Blaise Louembe et son équipe ont été aidés par le divin avec le départ des opportunistes de la pire espèce qui infestaient le parti d’Omar Bongo Ondimba. Au moins, l’opinion publique arrêtera de faire ce procès groupé injustifié au PDG car, ceux qui y ont démissionné, sans raison convaincante, sont en réalité ceux qui ont foutu la merde dans ce pays. Seule n’a toujours compté que leur poire ou leur situation personnelle.

Or, en pareille circonstance, seuls ceux qui affichent une loyauté à l’endroit de la mère qui les a élevé resteront crédibles et pourraient même susciter l’admiration et le respect de ceux qui hier les critiquaient à tout va. Sinon, quel est le reproche que les démissionnaires font à leur parti au moment où le PDG joue désormais le rôle le plus facile dans le paysage politique, du haut de son expérience ?

Jamais, pour qui croit en la politique des principes et des valeurs, le PDG n’a autant donné envie d’y adhérer surtout si c’est pour tutoyer dans le nouveau parti au pouvoir la pléthore des carcasses en cours de putréfaction. Le plus grand mal dans cette situation est l’overdose de Fang qu’on compte dans cette démarche honteuse et ceux qui hier, étaient les meilleurs valets des collégiens du bord de mer qui avaient braqué le parti. C’est pourtant à ce moment qu’il fallait démissionner et on aurait tous cru en vos convictions et à la valeur que vous donnez à votre dignité.

Dans cette séquence de la lecture des partis politiques, la palme d’or revient aux tribalistes mais réalistes PUNU qui, au regard des nouvelles dispositions légales, ont préféré faire bloc en tenant pour raison de survie les retrouvailles ethniques autour du nom de Pierre Mamboundou Mamboundou, leader charismatique de leur ethnie.

Nul n’ignore pourtant que se sont bien les divergences idéologiques qui les avaient désunies jadis. Qu’est ce qui a changé depuis lors qui pourrait justifier ce mariage des chèvres et des cobras ?

Charles de Gaulle disait « on fait la politique avec ses réalités« . Et la vérité est que dans notre pays, le vote reste encore très concentré sur l’ethnie, le clan ou la tribu. Notre analyse ici n’est pas de dire que cette conception de la politique est bien ou pas. Mais elle consiste à faire le constat de ce qui est du fait politique au Gabon.

Toutefois, on aurait pu penser à un changement de paradigmes avec ou après la Transition. Mais hélas, à la lecture des faits, il n’en n’est rien sinon le ministre des affaires étrangères aurait été sanctionné lorsqu’il a eu à tenir, à l’heure de la restauration des institutions, des propos graves qu’on croyait d’un autre âge sur la problématique « des populations autochtones et flottantes dans l’Ogooué Maritime ». Il en est de même lorsque certains veulent réduire la dimension nationale du Président de la République aux simples villes d’Oyem ou de Ngouoni.

Et pourtant, on voit bien que ce dernier ne semble pas être attaché à ces considérations rétrogrades.

Le dernier exemple en date est la composition du directoire de son parti où s’est imposé un melting-pot appréciable même si on est en droit de douter de l’efficacité ou de la solidité de cet attelage qui ne correspond pas aux réalités sociologiques déclinées au fait politique dans notre pays. On fait la politique en tenant compte de ses réalités disait l’acteur principal de la France libérée. Et Jean Marie Lepen de dire « je préfère mon fils à mon neveu et mon neveu au fils du voisin« .

Au-delà de cette question cruciale de l’ethnie introduire dans le fait politique, il y a la question de la légitimité des metteurs en scène du directoire de l’UDB. Autrement dit, ceux qui pilotent le nouveau parti au pouvoir ont-ils une expérience susceptible de faire face à tous les vices du monde politique qu’on ne peut maîtriser qu’à l’épreuve du temps et du vécu ? Ont-ils déjà été confrontés au suffrage pour penser être capable de s’imposer face à des gens rompus à la tâche ? Comment vont-ils manager les roublards du PDG, les aboyeurs des partis sans domicile fixe, les agités en quête de virginité et de légitimité, jadis transfuges du PDG ?

Au regard de ce tableau particulier, tout laisse à croire que les frustrations silencieuses accumulées pourraient faire énormément de dégâts dans les urnes. La discipline et l’homogénéité dans l’UDB ne sont pour l’heure nullement garanties.

« Comparaison n’étant pas raison, l’expérience des autres constitue de bons cas d’école » disait Jean Eyeghe Ndong devant la dépouille d’Omar Bongo Ondimba.

Une seule question s’impose alors : comment Jacques Chirac, président du RPR, un parti politique de droite, avait-il scellé en 1981 le destin politique de Valéry Giscard d’Estaing, président de l’UDF, un parti politique du centre droit, face à François Mitterrand, le candidat de l’opposition, chef de file d’un parti de gauche ?

A ce niveau des enjeux, les pieuvres démissionnaires du PDG boycotteront les élections à venir que si elles ne sont pas investies par le nouveau parti. Il s’agit là de leur survie politique. Seul le rapport de force sur le terrain compte. À ce stade des débats, ne pourront être gagnants à ce jeu que le PDG ou les adversaires déclarés de l’UDB.

Il n’est pas certain que pour les élections à venir, on retrouve le reflet des scores qu’on a pu observer durant la présidentielle d’avril dernier. Tout ceci annonce des airs de désillusion, de conspiration, de sabotage et de trahison qui vont être entretenus durant tout le mandat.

Comme l’histoire rend à se répéter sous nos yeux. Une résistance sous terraine ne peut qu’émerger. Est-ce que ce septennat sera toujours bon ?

Par Télesphore Obame Ngomo

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