Quand l’héritage des Bongo tente un retour par la fenêtre, sous l’œil complice de Sassou Nguesso

Le Gabon vit une cinquième République inédite. Pour la première fois depuis plus de cinq décennies, le pays s’est affranchi du joug d’une dynastie qui avait confisqué l’État pour en faire une propriété familiale : les Bongo. Depuis le 30 août 2023, date historique du renversement d’Ali Bongo Ondimba, c’est le général Brice Clotaire Oligui Nguema, un Gabonais authentique, qui tient la barre du navire national. De père fang et de mère téké originaire de Ngouoni, il incarne une synthèse de l’unité nationale, une convergence identitaire dont le Gabon avait cruellement besoin.

Mais ce vent de renouveau ne fait pas que des heureux. Les tenants de l’ancien régime, dissimulés derrière des alliances tribales et transfrontalières, manœuvrent en coulisses pour ramener l’ordre ancien. La dernière illustration en date ? L’entrée en scène de Denis Sassou-Nguesso, président du Congo-Brazzaville, qui s’emploie désormais à « réconcilier » les factions du Parti Démocratique Gabonais (PDG), non pas dans l’intérêt supérieur du Gabon, mais pour mieux y installer son petit-fils, fruit de l’union entre sa fille et Ali Bongo.

Le stratagème est grossier. D’un côté, on invoque la paix au sein du PDG ; de l’autre, on projette d’imposer à la tête de ce parti moribond, vomi par une majorité de Gabonais, un héritier qui n’a d’ancrage que dans le sang de deux dictatures. Un enfant né du croisement entre la monarchie pétrolière des Bongo et la longévité autocratique des Sassou. Ce que l’on nous propose ici, c’est une recolonisation dynastique, maquillée sous les traits de la réconciliation politique.

Mais au nom de quoi un petit-fils de Sassou, dont les ambitions peuvent tout aussi bien s’exprimer au Congo, viendrait-il diriger un parti politique gabonais, encore traumatisé par des décennies de prédation ? Que reste-t-il du sens de l’honneur et de la dignité des « PDGistes » s’ils acceptent ce projet insensé ? Ne comprennent-ils pas que le peuple gabonais a déjà tranché : plus jamais ça !

Car derrière cette manœuvre, se joue une guerre d’influence bien plus vaste : celle entre ceux qui veulent bâtir un Gabon libre, souverain, enraciné dans sa diversité, et ceux qui rêvent d’un retour à la servitude politique, sous la tutelle d’intérêts claniques, identitaires, voire étrangers.

Les attaques contre le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, doivent être lues à cette lumière. C’est parce qu’il incarne la rupture que ses adversaires le pilonnent. C’est parce qu’il est fang et qu’il refuse de soumettre l’État à des logiques ethno-familiales que certains milieux, y compris dans sa propre lignée maternelle, lui reprochent un prétendu déséquilibre tribal. Mais qu’on ne s’y trompe pas : l’enjeu dépasse la question fang-téké. C’est de souveraineté qu’il s’agit. C’est de la République. C’est de la mémoire collective d’un peuple qui a trop souffert du pillage, du népotisme et de la confiscation du pouvoir.

À tous les Gabonais qui espèrent un avenir débarrassé des chaînes du passé, cette tentative de résurrection des Bongo par Sassou interposé doit servir de signal d’alarme. L’héritage familial n’a plus droit de cité dans une démocratie naissante. Le PDG, s’il a une quelconque ambition de se relever, ne saurait redevenir un instrument au service d’une lignée.

Que les Gabonais se souviennent : il a fallu du courage pour tourner la page. Ne laissons pas les fossoyeurs de la République l’écrire à notre place.

Vigilance, patriotisme, et lucidité sont désormais les armes du peuple.

Laisser un commentaire