Pourquoi alors vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain, pourquoi vouloir enterrer à nouveau le Président Pierre Mamboundou au moment où sa mémoire et les idées qu’il a défendues au péril de sa vie commencent à trouver grâce aux yeux des autorités de la nouvelle République, la Vè de l’histoire du Gabon.
Si l’on n’aime pas le lièvre, mais reconnaissons qu’il court vite, même si l’on n’aime pas Pierre Mamboundou, mais reconnaissons qu’il était un visionnaire car comment comprendre que l’essentiel du projet et des idées dont il était porteur et maintes fois défendues à chacune des élections majeures auxquelles il a pris part, commencent à trouver un écho favorable et sont reprises par les nouvelles autorités qui entendent faire de la Vè République, un véritable espèce temporel d’opportunités qui devra redonner au gabonais sa dignité.
Avec les 90 propositions pour le Gabon* Projet politique annoncé à la face du monde pour la première fois le 14 juillet 1989 à Paris date de l’annonce officielle de la création de l’UPG, alors que le Gabon vivait sous l’ère du monolithisme avec un parti-Etat, dirigeant l’État, le Président Pierre Mamboundou venait d’indiquer la voie de développement pour un Gabon démocratique et plus prospère.
Ce projet qui n’a cessé d’être affiné au fil des années et chaque fois plébiscité dans les urnes par les électeurs, commencent enfin à retenir l’attention des dirigeants du pays, alors qu’hier, ces grandes idées étaient battues en brèche par les lumières qui ont toujours gravité autour des sommets de l’État et dont certains sont à la recherche d’une virginité politique aujourd’hui.
Dans un environnement concurrentiel et malsain, Pierre Mamboundou a véritablement éclaboussé la scène politique par son nationalisme, son altruisme et sa parfaite connaissance des dossiers de la République et des méandres de la politique.
De sa mémoire à sa vision
Après le début de la reconnaissance de sa mémoire avec les baptêmes d’une salle à la Cour Constitutionnelle, d’une avenue au quartier Mindoubé de Libreville, d’un complexe administratif et d’un complexe sportif à Ndendé, sa vision politique se trouve désormais, au delà de famille politique, des fervents défenseurs dans la nouvelle République où beaucoup de ses grands projets commencent à être remis au goût du jour.
En effet, du statut de l’unicité des caisses au statut de l’opposition, le Président de l’Union du Peuple Gabonais (UPG), s’est évertué durant tout son combat politique à expliquer au Président de la République Omar Bongo Ondimba qu’il a rencontré pour la première fois depuis son retour de l’exil sénégalais, le 19 avril 2006, puis à son successeur Ali Bongo Ondimba, le bien fondé des mesures par lui proposées dans la vie d’une nation qui se veut vertueuse et démocratique.
Sur le plan économique, monétaire et budgétaire
Devant la trop forte dépendance des Financements Extérieurs (FINEX) dans les Lois de finances successives, le Président Pierre Mamboundou avait proposé au Président Omar Bongo Ondimba le principe des budgets de nos moyens donc de nos ressources propres et non plus le principe des budgets de nos besoins qui font plus appellent pour les équilibrer aux emprunts extérieurs qui ont pour vocation à alourdir le service de la dette.
Compte tenu de l’instabilité de la conjoncture économique mondiale et de la volatilité des prix du pétrole principal principal pourvoir des fonds dans le budget de l’État, il avait proposé la diversité de l’économie par la transformation progressive de nos matières premières sur place, l’arrêt du torchage de pétrole et recyclage de ce gaz dans l’industrie, toute chose qui avait vocation à accroître les ressources de l’État. Aujourd’hui toutes ces mesures sont en passe de faire le bonheur de l’économie gabonaise.
Sur le plan monétaire, après la réforme des principaux piliers du Francs CFA engagées par la banque centrale française et l’Union Européenne, notamment avec l’arrêt de la libre convertibilité, la libre transferabilité et la convertibilité illimitée, le Président Pierre Mamboundou avait proposé, dans un premier temps, de faire reconstituer la réserve du pays en or pour se préparer à faire face aux mutations en cours. Pour un pays ayant pouvoir régalien de battre monnaie, mais dont le niveau de l’économie était encore faible, il n’était pas viable et envisageable de créer une monnaie locale, mais plutôt de renforcer la coopération économique sous-régionale d’abord et régionale ensuite. Ce sont autant des mesures qu’il défendaient aussi bien devant les représentants diplomatiques que devant les autorités politiques du pays.
Compte tenu de la faiblesse de l’économie nationale, Pierre Mamboundou avait proposé de limiter au maximum des emprunts en devise étrangère qui ont toujours fortement influencé le service de la dette et compromis le développement du pays. Toutes ses propositions qui n’avaient pas trouvé grâce à l’époque sont en passe d’être mises en oeuvre dans la nouvelle République.
Par ailleurs, devant la faiblesse des ressources propres, la multiplicité des caisses, l’inefficacité de la collecte des taxes et de l’impôt, en même d’impulser un véritable développement des infrastructures, Pierre Mamboundou avait proposé la réforme de l’administration fiscale pour repartir les rôles, rendre plus efficiente la collecte. À cet effet à travers un manifeste suggéré l’élargissement de l’assiette fiscale, l’intégration dans le budget de l’État le produit de tous les métaux dont l’Or, la création d’un impôt sur le foncier bâti et non bâti, toute chose qui contribuera non seulement à l’agrandissement du nombre d’assujetis mais à développer une politique du logement plus efficace en l’absence d’une banque de l’habitat, le Fonds National de l’Habitat ayant montré ses limites.
Malheureusement son statut d’opposant aux régimes Bongo père et fils n’avait pas permis au pays de bénéficier de toutes ces propositions que le nouveau régime est fort heureusement de mettre en place.
Sur tout un autre plan, les nouvelles autorités de la République projettent la création d’une centrale d’achats des produits alimentaires.
C’est une proposition que le Président Pierre Mamboundou n’avait cessé faire aux gouvernants passés dans le but non seulement de rendre accessible aux plus grands nombres les produits du terroir, mais de booster la production locale et ainsi lutter contre la vie chère. Il proposait de faire comme l’ONCA qui serait l’Office National de Collecte des Aliments qui faisait la collecte des denrées alimentaires auprès des producteurs locaux et allait les proposer dans les grands centres de consommation. Malheureusement, malgré sa pertinence, ce projet n’avait jamais été pris en compte par les lumières de l’époque.
Sur la concession de la SEEG
Aujourd’hui tout le monde s’accorde à reconnaître que l’État a failli dans la gestion des secteurs de l’eau et de l’électricité au cours des 20 ou 30 dernières années et pourtant ce n’est pas faute d’avoir essayé d’apporter une contribution. En effet le Président Pierre Mamboundou avait dans ce cas précis proposé la création d’un organe de contrôle de la concession signée par Veolia pour apprécier le respect du cahier de charge signé qui portait notamment sur l’investissement de 20 milliards de francs CFA pour l’entretien et le renouvellement de l’outil de production, l’amélioration de la qualité de service. Pendant ces 20 années de concession, en dépit de la dégradation continue de la qualité de service et des produits, les actionnaires se partageaient des dividendes sans que l’État puisse s’en émouvoir. Il avait proposé la réalisation des Réseaux InterConnectés (RIC) dans le souci de rationaliser la consommation de l’électricité par exemple. Afin de sauver la société qu’il considérait comme le bras séculier de la politique sociale de l’État, Pierre Mamboundou avait proposé la dénonciation de la concession aux fins de sa recapitalisation.
En donnant à l’État un minimum de blocage en terme de parts, il proposait que l’État reprenne la haute main sur la société qu’il souhaitait voir scindée en deux entités distinctes, une dans le secteur de l’eau et l’autre dans le secteur de l’électricité. Afin de garantir un meilleur entretien de l’outil de formation, il avait été proposé le maintien et surtout l’équipement du centre des métiers Jean Violas.
Au bénéficier du doute, il aurait fallu prendre en compte ces propositions faites à l’époque pour tenter d’apporter d’apporter non seulement des inflexions au développement de la concession mais aussi et surtout ralentir le déclin de la société aujourd’hui sous assistance respiratoire.
Sur la question des routes, le Président Pierre Mamboundou militait pour l’entretien régulier des axes de circulation par les Subdivisions des Travaux Publics (TP). A ce titre toutes les bases régionales devraient être rénovées et équipées, un renforcement des capacités opérationnelles qui devrait favoriser la réalisation des travaux en régie. Ceux-ci ayant vocation à limiter la dégradation des routes aussi bien, rurales, départementales, communales que des grands axes, en assurant leur entretien régulier.
Grâce au fonds d’usure de la route de l’époque, l’homme projetait d’impliquer, en temps de Paix, l’implication du génie militaire dans l’entretien du réseau routier et dans l’aménagement des nouvelles routes départementales.
Afin d’accroître le kilométrage des routes asphaltées, le Président Pierre Mamboundou avait proposé l’établissement d’une espèce de plan Marshall pour le secteur. Celui-ci devrait se matérialiser par :
L’adoption d’une Loi programmation quinquennale afin de doper l’investissement dans le secteur,
L’ouverture du marché des appels d’offres aux entreprises étrangères notamment brésiliennes, le pays présentant des similitudes climatiques avec le Gabon. L’objectif étant de rompre avec le monopole français dans les travaux routiers.
Le contrôle par l’État des carrières des matériaux de construction des routes;
La signature d’un important contrat d’importation de ciment avec la Chine et;
L’utilisation du bitume de la SOGARA unique usine de raffinage du pays, dont le produit était semble exporté pour être utilisé hors des frontières nationales, tout ceci dans le but de baisser le coût des entrants et in fine, réduire le coût du Km de route en béton bitumineux le fameux BB.
Sur le secteur pétrolier
Le Président Pierre Mamboundou avait proposé l’arrêt du torchage sur les sites pétroliers et la récupération de ce surplus de gaz pour développer une industrie gazière.
Afin de permettre au pays de prendre une part active dans l’activité pétrolière, le Président Pierre Mamboundou avait proposé la création d’une société nationale des hydrocarbures, dénommée la Gabonaise du Pétrole.
Cette société devrait se voir attribuée plusieurs missions dont celles, d’exploration, de trading, entre autres. Dans le cadre de l’exploration cette société devrait faire du Revel ping en récupérant les puits en baisse de production abandonnés par les majors.
Aujourd’hui le Président de la Vè République en a fait un cheval de bataille avec le rachat d’Assala, par exemple. Le régime précédent quant à elle avait créé la GOC comme pour apporter une réponse à la proposition du Président de l’Union du Peuple Gabonais (UPG).
Sur le plan politique
Devant la faiblesse et la crise des valeurs de l’État, dans le souci de moraliser la vie politique, pacifier et humaniser les rapports au sein de la classe politique, le Président Pierre Mamboundou avait proposé la restauration de l’autorité de l’État, l’instauration du statut de l’opposition, le financement des partis politiques qui était déjà acté dans la Loi, mais dont l’application causait problème.
Dans le cadre de la restauration de l’autorité de l’État, il proposait la réappropriation des valeurs de la République par l’introduction depuis l’école maternelle de l’instruction civique, la redéfinition des missions des auxiliaires de commandement avec la revalorisation de leurs émoluments (action réalisée par le gouvernement actuel), la redéfinition de l’objectif de la journée continue instaurée par le gouvernement de l’émergence. À côté de ces mesures, plusieurs autres avaient été proposées mais malheureusement ignorées par le régime sortant.
Dans le cadre de la moralisation de la vie politique, la pacification et l’humanisation des rapports au sein de la classe politique, il avait proposé le statut de l’opposition. Une Loi organique devrait être proposée pour définir les critères de désignation du leader de l’opposition. Une proposition qui avait été fortement combattue par les leaders de l’opposition de l’époque, et appuyée par les apparatchiks du régime qui à tort ou à raison soupçonnaient le Président de l’Union du Peuple Gabonais (UPG) de prêcher pour sa propre chapelle, fort de son statut et son leadership au sein de la classe politique gabonaise.
Ce sont autant des choses qui militent pour le retour sur la scène politique de l’UPG véritable dépositaire de l’âme et de l’esprit du Président Pierre Mamboundou. Son parti héritier d’un projet novateur dont certaines mesures commencent à trouver grand aux yeux des nouvelles autorités, est attendu par plusieurs militants disséminés à travers l’ensemble du territoire.
Pour ce faire il serait souhaitable que la vision de ce grand homme d’État soit vulgarisée et défendue par ses héritiers politiques qui viennent d’acter leur réconciliation juste avant le décès de son second président Matthieu Mboumba Nziengui.
L’UPG qui avait abandonné la scène politique qu’il avait éclaboussée pendant plus de deux décennies par la qualité de son Président et de son projet, pour se donner en spectacle dans les prétoires, mérite mieux que cet instantané proposé au cours de la dernière décennie.
Pierre Mamboundou était un nationaliste né dont le projet politique mérite d’être vulgarisé et soutenu par ses héritiers qui ont enfin pris conscience de la sauvegarde de l’œuvre de l’homme qu’il a été, un grand visionnaire.
Hermann DITSOGA, ancien Chef de Cabinet du feu Président Pierre Mamboundou

