La récente décision du gouvernement gabonais d’interdire à certains étrangers l’exercice de « petits métiers » tels que la coiffure de rue, la réparation de téléphones ou encore le commerce de proximité, a suscité de nombreuses réactions. Présentée comme une mesure de protection de l’emploi local, elle soulève toutefois plusieurs interrogations quant à sa pertinence et son efficacité.
1. La disponibilité et la volonté de la main-d’œuvre locale
Depuis de nombreuses années, ces activités ont été délaissées par une partie des nationaux, souvent perçues comme des métiers peu valorisants. Or, beaucoup de jeunes Gabonais, diplômés ou en quête d’emploi, aspirent à des postes mieux considérés. Il est donc légitime de se demander si la population locale est réellement prête à occuper massivement ces créneaux laissés vacants.
2. Les conditions d’accompagnement insuffisantes
Au-delà de la simple interdiction, la réussite de cette réforme dépendra de la capacité de l’État à offrir un cadre favorable : formations adaptées, accès au financement, facilités fiscales et accompagnement technique. Sans ces leviers, les Gabonais risquent de se heurter aux mêmes obstacles qui les ont longtemps découragés, et les métiers pourraient retomber dans l’informel.
3. Les risques de tensions sociales et économiques
Beaucoup d’expatriés installés dans ces secteurs ont développé un savoir-faire, une clientèle fidèle et parfois des réseaux d’approvisionnement. Les exclure brutalement pourrait non seulement fragiliser certains circuits économiques, mais aussi générer des tensions communautaires dans un pays déjà marqué par la cohabitation de diverses nationalités.
En définitive, la volonté de réserver certains métiers aux Gabonais traduit une ambition légitime de renforcer la souveraineté économique nationale. Toutefois, sans une mise en œuvre progressive, un accompagnement structuré et un véritable changement de perception vis-à-vis de ces activités, la mesure risque de rester symbolique, voire de créer de nouvelles difficultés.

