La notion de majorité trouve véritablement un sens dans un univers où l’on parle d’opposition, sans majorité, il ne saurait avoir avoir une opposition, ce sont les deux faces d’une même pièce.
Au sortir du référendum, beaucoup d’acteurs politiques en herbe ou confirmés, des influenceurs se sont gargarisés d’avoir fait adopter la constitution à une écrasante majorité,
Au sortir de l’élection présidentielle, le Rassemblement Des Bâtisseurs a revendiqué la paternité de l’écrasante victoire du candidat indépendant Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA,
Aujourd’hui, l’Union Démocratique des Bâtisseurs, invite les Gabonais à accorder une majorité au parlement au Président de la République, pour l’aider à appliquer son projet de société, c’est un politique mais un discours qui manque de sincérité et qui ne résiste pas à l’épreuve de la lecture des dispositions pertinentes de la Loi fondamentale.
En effet, il suffit de consulter la constitution pour savoir que le pays a adopté le régime présidentiel, d’aucuns ont parlé d’hyperprésidentialiste qui concentre l’essentiel des pouvoirs entre les mains du Président de République Chef de l’État, devenu également Chef du Gouvernement. C’est le détenteur exclusif du pouvoir exécutif, contrairement à l’ancienne constitution.
Dans ce type de régime, le Chef du Gouvernement n’est plus tenu de faire une déclaration de politique générale devant l’Assemblée Nationale, 45 jours après sa nomination comme ce fut le cas hier.
Dans ces conditions, il n’y a plus de possibilités de dépôt des motions de censure qui puissent menacer l’intégrité du premier ministre et son Gouvernement, le Président de la République étant devenu lui-même le Chef du Gouvernement.
En cas de blocage dans le vote d’un ou des textes à l’Assemblée Nationale, le Président de la République a la possibilité de prononcer sa dissolution, et renvoyer les députés à nouveau devant les électeurs, avant le terme de leur mandat, une gageure de beaucoup d’entre eux ne pourraient pas tenter.
Autant de dispositions qui écartent la possibilité d’une opposition à l’Assemblée Nationale où beaucoup d’élus font carrière même sans contribution probante sinon le vote mécanique, rares sont ceux qui s’essaient à formuler un simple projet de Loi.
Donc dans un régime présidentiel, comme celui du Gabon, la majorité réclamée pour aider le Président de la République nous paraît un simple discours de campagne sans consistance dès lors où ce dernier n’a pas forcément besoin pour dérouler son programme de Gouvernement. A la limite, ce serait juste une question de prestige pour le Président de la République de voir son parti politique triompher dans les urnes.
L’enjeu des élections de septembre couplées, reside dans la capacité de chaque candidat investi à conserver sa base électorale pour les anciens, et pour les nouveaux venus dans l’arène, à bousculer la hiérarchie établie. Pour les transfuges comme pour ceux restés fidèles à leurs partis, l’intérêt serait de démontrer que leur popularité demeure intacte quelque soit leur positionnement politique. Chacun se battra dans ce cas pour envoyer un message au pouvoir exclusif de nomination aussi bien au Gouvernement que dans l’administration.
Il demeure sans conteste que l’ambition de plusieurs candidats investis sera de chercher ou le maintien ou l’entrée au futur Gouvernement.
Cependant il faut rappeler que le parlement n’est pas le seul endroit où se recrutent les membres du Gouvernement. Le Président de la République dispose d’un large éventail de possibilités pour désigner les membres du Gouvernement. D’ailleurs nommer exclusivement les membres du Gouvernement à l’Assemblée Nationale serait courir le risque de former une Assemblée Nationale de suppléant, ce qui n’est pas forcément souhaité par le Président de la République.
La notion de majorité trouve tout son sens dans des pays qui ont adopté un régime de type parlementaire où l’on parle de possibilité de cohabitation.
En effet c’est dans les pays comme la France où le Président de la République a l’obligation de s’investir pendant les élections législatives pour s’offrir une majorité parlementaire, constituée autour d’une majorité présidentielle. C’est une autre réalité qui fera l’objet d’un prochain regard.
Hermann DITSOGA, ancien chef de cabinet du feu Président Pierre MAMBOUNDOU

