Depuis l’adoption du régime présidentiel fort, le Gabon a changé de cap. Le Président Brice Clotaire Oligui Nguema gouverne directement, sans dépendre d’une majorité parlementaire. Dans ce contexte, la création de sa propre formation politique, l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), suscite débats et rivalités.
Une stratégie d’autonomie.
Pour ses soutiens, l’UDB est une arme politique destinée à éviter le chantage de l’ancien Parti Démocratique Gabonais (PDG) et de ses alliés, tout en offrant au Président des relais fidèles dans les assemblées locales et nationales. L’UDB se veut le symbole du renouveau et de la rupture avec l’héritage du passé.
Des critiques persistantes.
Certains, cependant, estiment que le Chef de l’État aurait pu se passer de ce parti. Lors d’un meeting, un leader politique a affirmé que, si le Président lui avait demandé son avis, il lui aurait conseillé de rester au-dessus des partis et de jouer le rôle d’un Président de consensus.
Dans le même registre, un ministre d’État et fidèle du PDG a rappelé que « le PDG est un esprit, et en tant que tel, il sera toujours debout ». Pour lui, le parti historique reste incontournable : « Nous avons tous voté le Président Oligui. Si le PDG n’était pas bon, aurait-on choisi ses cadres pour gouverner et occuper de hautes fonctions ? »
La bataille de la légitimité
La confrontation est frontale :Les candidats de l’UDB se présentent comme les relais authentiques du projet présidentiel. Pour eux, revendiquer l’étiquette de bâtisseurs, c’est marcher dans les pas du Chef de l’État.
Les barons du PDG s’appuient sur leur histoire, leurs réseaux et leur rôle dans l’appareil d’État pour rappeler leur poids politique.
L’UDB, emmenée par des transfuges du PDG, tente de tracer sa voie. L’un de ses leaders, ancien Premier ministre, a souligné que le Président a créé son propre parti « qui n’a ni cousin ni demi-frère », une manière de se démarquer du PDG et de toute récupération politique.
Des bastions disputés
Sur le terrain, la bataille s’annonce serrée :
Au Nord, l’UDB semble bien positionnée pour s’imposer largement.
Dans des localités comme Ndendé, Ntoum, Mandji ou Ngouoni, le PDG conserve des positions solides, porté par des candidats influents et populaires.
Un scrutin baromètre
Ces élections n’engagent pas la survie du Président, solidement installé à la tête de l’État grâce au régime présidentiel fort.
Elles constituent plutôt un baromètre de la recomposition politique en cours, révélant les rapports de force entre un PDG historique, des partis politiques en quête de place, tels que l’UPR et l’UPM et un UDB qui se veut le bras politique du Chef de l’État.
Plus qu’un enjeu institutionnel, ce scrutin devient une bataille de légitimité et d’influence, où chaque camp cherche à s’imposer comme l’authentique représentant du peuple et du Président.
Serge Patrick MINANG Analyste politique, Ing I.I, MBA, DBA3

