« Profession de foi quant à un sacerdoce inaliénable » par Dr René Mavoungou Pambou

En ma qualité d’acteur culturel et de personne-ressource agissant en qualité de caution scientifique à l’endroit d’une structure culturelle d’utilité publique et d’intérêt général, je me suis assigné un sacerdoce visant la défense, la sauvegarde et la promotion du patrimoine culturel immatériel du Lwaangu. Ce qui constitue un choix librement consenti et assumé de manière indéfectible et inébranlable.

Au cours de la seconde quinzaine du mois d’août de cette année 2025 le Lwaangu a connu la tenue de la première édition du Festi-Lwaangu de Mayumba au Gabon, ce qui est une grande première. Cet événement inédit, sur la terre ancestrale Lwaangu de Mayumba, est manifestement une géniale et appréciable initiative de nos frères du Gabon, en l’occurrence papa Koumba Mboula, président de l’association Ngienu et Moêtchi Mpâmbu Mbumba, président de l’association Bass Lwaangu; auxquels nous devons une fière chandelle. Il convient de souligner qu’ils en étaient les organisateurs exclusifs en amont et en aval. Qu’ils reçoivent, par ma voix, l’expression des sincères félicitations et remerciements du peuple de Lwaangu. L’association Viliphonie et Vilitude y était conviée, eu égard à la non moins impérieuse mission culturelle d’intérêt général qui est la sienne. C’est ainsi que deux de ses dirigeants, notamment le président François Soumbou et le vice-président que je suis, ayant souscrit et adhéré à l’esprit et la lettre de ce festival, y avons apporté notre contribution financière et fait le déplacement de Mayumba.

On ne saurait occulter la participation active et significative à ce festival du groupe d’animation traditionnelle venu de Ndji-Ndji (Congo-Brazzaville); lequel aura revêtu sinon réhaussé l’événement d’une connotation culturelle inestimable. J’ai cité Lilaamba li Kouilou de la présidente Emilienne Tchilendo, son sécrétaire général Joachim Fouka de Kalli et son promoteur culturel David Makoundi dit Mak Dav. On ne dira jamais assez que ce groupe a su remarquablement mettre en exergue la quasi totalité des rythmes ou genres musicaux traditionnels du Lwaangu, dont la spectaculaire kupoka n’liimba “danse de la jeune fille nubile ou pubère en cours d’initiation.” On ne remerciera cependant jamais assez tous les membres du groupe Lilaamba li Kouilou ayant non seulement pris le risque insensé de faire le long, pénible et périlleux voyage de Mayumba par la route, mais aussi par leurs prestations de grande qualité et haut en couleur qui ont fait vibrer les coeurs et surtout fait se trémousser le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema ainsi que certains membres du gouvernement, dont Gninga Chaning Zenaba, native de Mayumba d’ethnie vili.

Il sied cependant de souligner que, devant le constat d’une réalité pour le moins cruelle, alarmante et préoccupante des affres d’un redoutable et indéniable impérialisme culturel que subissent les langues et la culture de la terre des Maloango, celles-ci évoluant désormais dans un environnement hostile à leur survie ; et ce, du fait qu’elles sont ainsi victimes d’une glottophagie et une culticide avérées. Au regard de cet état de fait, il est donc aisé de comprendre l’objectif fondamental et prioritaire du Festi-Lwaangu qui réside dans la considération, la réappropriation, la mise en valeur et la célébration sans complexe du patrimoine culturel immatériel du Lwaangu. A cela s’ajoute la consécration des retrouvailles et surtout l’unité du peuple de Lwaangu telle que stipulée par l’emblème du royaume, à savoir :

Likaanda li kooku lisiimba mbota sambwaali.

“La paume de la main qui tient sept étoiles,”ou “la main aux sept étoiles.”

Le Festi-Lwaangu de Mayumba aura donc été un moment de grande ferveur et de liesse populaire au regard du rassemblement de ce grand peuple kongo qui avait été divisé depuis longtemps par des barbares leucodermes, des suites d’une brutale intrusion et invasion de son univers imposant ainsi une domination coloniale et impérialiste, par le biais d’une prétendue “missions civilisatrice” aux conséquences pour le moins désastreuses, notamment l’aliénation culturelle, l’esclavage mental, le complexe d’infériorité, le reflexe de soumission, le syndrome de Stockholm et la négation de leur propre culture par les autochtones colonisés.

Quoi que l’on puisse se satisfaire de l’organisation et l’aboutissement de ce projet, mais il est cependant de notoriété publique qu’aucune oeuvre humaine n’est parfaite et, de ce fait, le Festi-Lwaangu de Mayumba est l’exception qui confirme la règle. C’est ainsi qu’au regard d’un constat ou d’une observation lucide, nombre de leçons sont nécessairement à tirer de cette première édition somme toute expérimentale. Ce qui manifestement permettra de rectifier le tir et de faire autrement la prochaine fois. En effet, il est question de poser solidement les jalons du moins les fondamentaux d’un festival culturel qui se doit désormais d’être célébré dans le temps et l’espace et auquel on devra définitivement conférer un caractère pérenne afin qu’il soit transmis à la postérité, tant il en va de la survie du patrimoine culturel immatériel de Lwaangu et de la préservation de l’identité culturelle intrinsèque d’un peuple.

En ce qui me concerne, ma motivation à oeuvrer pour la gloire et le rayonnement du Lwaangu n’a jamais été pris en défaut et ne saurait être mise en berne encore moins érodée. C’est pourquoi j’ai eu la judicieuse idée d’initier le projet du Grand Festival Culturel du Lwaangu (GFCL), conçu,élaboré et ficelé de fort longue date, par mes soins, avant le choix pour le trône du Lwaangu de l’actuel monarque. C’est donc avec un grand regret que je dois avouer ma préoccupation quant au fait que ledit projet n’a jamais été traduit dans les faits du moins mis en oeuvre dans la capitale même du royaume qu’est Bwaali (Diosso). Tout ceci pour des raisons évidentes relatives à certaines pesanteurs, dont une frilosité qui fait que l’on traine les pas au niveau de la couronne du royaume de Lwaangu.

Mais je dois souligner une conviction intime non moins importante: je suis profondément croyant à l’endroit des forces de l’esprit et, de ce fait, une personne qui marche par la foi. C’est pourquoi je suis persuadé que cette géniale idée d’organisation du festival au Lwaangu est une émanation et une ultime inspiration des mânes ancestrales qui ont perçu le danger avéré qui plane sur notre patrimoine culturel. Ceci est d’autant plus vrai que depuis leur monde parallèle ils voient tout et entendent tout. Pour ce faire, je puis affirmer sans coup férir que nos illustres et valeureux ancêtres angelisés sont au fait de la gravissime crise culturelle et identitaire qui affecte le peuple de Lwaangu sans exclusive; et ce, par le fait d’une fâcheuse tendance d’abandon d’un précieux héritage atavique d’une richesse inestimable. C’est ainsi que devant l’urgence, les mânes ont concédé une impulsion volontariste et pragmatique aux natifs Lwaangu du Gabon. Ceux-ci ayant pris la mesure de cette importante mission se sont donc assignés l’admirable initiative d’implémenter cette idée d’un festival culturel, d’où la tenue de la première édition du Festi-Lwaangu de Mayumba au Gabon.

Aussi, on est devant l’impératif d’une dynamique de résurgence de la conscience culturelle, de restauration, de réconciliation avec soi-même et de reconnection avec notre ancestralité visant à redonner fierté et identité au peuple de Lwaangu; et ce, à travers la défense, la valorisation, la préservation, la promotion et la pérennisation du patrimoine culturel immatériel du Lwaangu. Pour ce faire, le peuple de Lwaangu est en droit de constituer un rampart de résistance sinon de résilience face à la redoutable déferlante que constitue l’impérialisme culturel. En effet, La résilience face à l’impérialisme culturel réside dans une volonté manifeste de consolidation et d’affirmation de l’identité culturelle, de maintien des valeurs traditionnelles. Elle implique la capacité d’un peuple à résister à l’assimilation de quelle que nature qu’elle soit, à préserver et développer la vitalité de sa propre culture, tout en y intégrer judicieusement et sélectivement des éléments extérieurs sans perdre l’originalité, l’authenticité de sa substance endogène.

C’est pourquoi il importe de libérer les esprits du carcan de l’aliénation culturelle sur fond d’impérialisme culturel patent passivement subi; lequel entrave l’épanouissement du buutu. C’est-à-dire les nobles valeurs ataviques qui fondent notre humanité et humanisme ainsi que l’expression de notre patrimoine culturel immatériel endogène. Il faut cependant renoncer aux habitudes d’imitation et d’assimilation des valeurs de l’altérité pour une libération effective de l’esclavage mental et la servitude volontaire.

Nul ne peut mentir à sa conscience, c’est pourquoi le courage cousiste à chercher la vérité et à la dire, la proclammer, quoi qu’il en coûte. Il n’est cependant pas sage et judicieux de subir passivement l’impérialisme culturel triomphant de la part de ceux qui imposent la pensée unique ponctuée d’un nivellement du monde par le bas.

Quant à mon activisme culturel, il continuera à prospérer, car je suis conscient d’être engagé, depuis des lustres, dans une juste et noble cause de défense et de valorisation du patrimoine culturel immatériel du Lwaangu. En outre, en ma qualité de natif du Lwaangu, j’ai pleine conscience quant au devoir moral qui m’incombe d’apporter un tant soit peu ma contribution à la gloire et le rayonnement de ma terre ancestrale, le Lwaangu.

Peu importe les embûches et les épreuves à affronter, je persévérerai sans relâche, et jusqu’à mon dernier souffle dans cette passsionnante oeuvre consistant à clamer le Lwaangu au monde. Pour ce faire, je tiens à rassurer sur le fait que je me suis assigné un sacerdoce librement consenti et je ne travaille pas pour la gloire. Qu’on se le tienne pour dit!

En outre, il n’y a pas d’évolution possible sans la considération et la prise en compte de notre patrimoine culturel immatériel, au demeurant, catalyseur de notre identité culturelle intrinsèque. C’est pourquoi aucun peuple digne de ce nom ne saurait aspirer au développement en sombrant dans le mimétisme d’un paradigme culturel de l’altérité exogène à sa proper culture. D’où l’impératif de porter la dynamique de la Viliphonie et Vilitude agissantes et décomplexées sur fond de Loangotude sur les fonts baptismaux.

C’est pourquoi nous devons avoir présent l’esprit le fait que :

Tshivili mbeembu yi noofi yike fede, tshikoka yibyalila yinmingina. »Tshivili une belle langue, par exellence, un précieux héritage dont je suis fier.

Kuvuutshi mbeembu libeena yi bunkulu bunsiinda lyaambu li buutu.« Sauver une langue maternelle et une culture en perdition est un devoir moral et humanitaire. »

De toute évidence, tout le monde passe son chemin dans ce bas-monde, mais le plus important c’est d’en tracer son sillon et d’y imprimer son empreinte. C’est dans cette perspective qu’une sagesse de nos illustres ancêtres du Loango dispose :

Nuni kudumuka kubika lusala, muutu kufwa kubiika libuungu. “L’oiseau en s’envolant laisse sa plume, l’homme qui meurt laisse une œuvre.”

Dr René Mavoungou Pambou

Bowamona Keb’Nitu

N’tu mbali wuta Lwangu “La tête pensante qui déclame le Loango”

Ethnolinguiste de formation, linguiste-bantuiste et chercheur en civilisation Kongo, promoteur de la vilitude et activiste culturel

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