« Dossier Sylvia Bongo : Oligui Nguema choisit la franchise avec Londres » par Yanis Moussavou

La rencontre se voulait diplomatique et cordiale. Mais derrière les formules protocolaires échangées au Palais du Bord de Mer, à Libreville, un dossier sensible s’est invité dans les discussions entre le chef de l’État gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, et le Haut-Commissaire du Royaume-Uni, Simon Day.

Officiellement, l’entretien du lundi 7 octobre portait sur la coopération bilatérale et la participation du Gabon à la COP30, prévue en novembre à Belém, au Brésil. En réalité, selon plusieurs sources proches de la présidence, le président gabonais a profité de la rencontre pour aborder le cas de Sylvia Bongo Ondimba et de son fils Noureddin Bongo Valentin, actuellement à Londres après leur évacuation sanitaire en 2024.

Selon nos informations, Brice Oligui Nguema a demandé aux autorités britanniques de coopérer afin d’assurer leur retour à Libreville, en vue du procès prévu pour novembre prochain. « Le président a été très clair : la justice doit suivre son cours, et l’évacuation médicale ne peut servir de prétexte à une non-comparution », confie une source proche de la présidence.

Cette position traduit la volonté du pouvoir gabonais de faire de ce procès un symbole de la lutte contre l’impunité, engagée depuis le début de la transition. En coulisses, Libreville cherche à éviter tout scénario où l’ex-Première dame et son fils se placeraient durablement hors de portée de la justice nationale.

Au-delà du cadre judiciaire, les autorités gabonaises s’inquiètent des déclarations publiques de Sylvia Bongo et de son fils depuis leur séjour londonien. Plusieurs vidéos et communiqués publiés sur les réseaux sociaux ont été perçus à Libreville comme des tentatives de déstabilisation politique.

« Ces prises de parole cherchent à manipuler l’opinion internationale et à présenter la transition sous un jour défavorable », estime un proche collaborateur du président.

Interrogé à la sortie de l’entretien, Simon Day a salué « la franchise du dialogue » avec les autorités gabonaises et rappelé « l’engagement du Royaume-Uni pour une coopération fondée sur la transparence et le respect mutuel ».

Aucune déclaration officielle n’a été publiée concernant le dossier Bongo, mais, selon des sources diplomatiques, le sujet devrait être examiné au sein des services juridiques du Foreign Office, soucieux de ne pas compromettre les relations avec Libreville tout en respectant le droit international.

Depuis le renversement d’Ali Bongo le 30 août 2023, la transition conduite par Oligui Nguema s’est placée sous le signe de la restauration de l’autorité de l’État et de la lutte contre la corruption. Le procès de Sylvia Bongo et de Noureddin Valentin, poursuivis pour corruption, détournement de fonds publics et blanchiment, revêt une portée politique considérable.

« Ce procès incarnera la volonté du régime de rompre avec les pratiques du passé », estime un politologue gabonais joint à Libreville. « Mais il devra aussi respecter les standards de transparence et d’équité attendus d’un État en transition. »

Alors que le Gabon s’achemine vers la fin de son processus de transition institutionnelle, la question du traitement judiciaire des anciens dirigeants demeure un baromètre de crédibilité pour le pouvoir actuel. En cherchant à obtenir la coopération de Londres, Oligui Nguema tente d’asseoir la légitimité internationale de son action tout en répondant à une attente forte de l’opinion nationale : voir la justice passer, sans privilèges ni immunités.

Reste à savoir si le Royaume-Uni donnera suite à la requête gabonaise. Entre impératifs diplomatiques, considérations humanitaires et enjeux politiques, le sort judiciaire de Sylvia Bongo et de son fils pourrait bien devenir le nouveau front d’une bataille d’image entre Libreville et Londres, à la veille d’un procès qui s’annonce aussi symbolique que sensible.

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