On aurait cru à une blague de mauvais goût ou à un procès d’intention, à entendre l’affirmation selon laquelle, en Afrique on ne perd pas une élection que l’on organise soi-même, et pourtant c’est bien la triste réalité qui tend à se perpétuer au fil des scrutins dans le continent.
Ce ne sont pas les dernières élections couplées organisées dans le pays qui vont le démentir avec l’écrasante majorité qu’est en passe de s’offrir le tout nouveau parti politique du Président de la République, dont l’essentiel des acteurs et candidats présentés aux élections, est composé des personnalités honnies de l’ancien parti au politique, hier présenté comme la machine électorale.
Comment valablement prouver la virginité soudaine, des acteurs politiques qui ont, hier cristallisé le mécontentement des gabonais, et qui sont, en train de se faire adouber par les victimes qu’ils ont piétinées et martysées des années sous l’ère du PDG triomphant.
Comment s’expliquer l’attitude de ces victimes d’hier subitement tombées en admiration le temps d’une élection, de leurs bourreaux qu’ils ont accepté d’absoudre de tous les péchés qui leur étaient reprochés sous le régime déchu ?
Comment comprendre qu’un parti politique à peine légalisé soit en train de devenir, le temps de deux scrutins, la principale force politique du pays, alors que ses principaux acteurs viennent à peine d’être éconduits du pouvoir pour absence de résultats probants, pour gabegie et tous les maux en isme qui ont fini par déclencher l’ire des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) ?
Comment facilement adopter le changement dans la continuité et espérer obtenir des résultats différents comme si le seul changement de nom de parti politique suffisait pour faire des acteurs des hommes neufs ?
Comment, enfin espérer le renouvellement de la classe politique sans pour autant, apprécier la capacité à se réinventer des hommes logés hier aux meilleures enseignes et qui ont massivement investi le parti du Président de la République à la recherche d’une virginité politique que certains ont pu acquérir au prix d’espèces sonnantes et trébuchantes qui ont vocation à attendrir les cœurs meurtris ?
Comment s’attendre aux propositions d’offres politiques structurées et alléchantes, là où l’évocation du seul nom du Président de la République et l’appartenance à son parti politique suffisent pour se faire élire ou pour bénéficier de la complicité de l’administration électorale, censée être neutre ?
C’est une problématique qui défie les certitudes de la sociologie politique qui trouveront peine à expliquer l’attitude de ces électeurs, potentielles victimes, qui se rendent toujours complices des forfaitures électorales qui conduisent souvent leurs bourreaux à s’éterniser au pouvoir, en dépit de leurs comportements blâmables dans l’exercice de leurs fonctions hier.
À cette allure, la démocratie africaine dispose encore de beaux jours dans les dédales de l’histoire politique du continent qui continue de s’inscrire en pointillé dans les annales de sciences politiques mondiales.
Hermann DITSOGA, observateur lucide de la vie politique

