Le projet de loi de finances actuellement en examen à l’Assemblée nationale et au Sénat marque une étape charnière du mandat du président Brice Clotaire Oligui Nguema. C’est en effet le premier budget de pleine année depuis la déclinaison en programme d’actions gouvernemental du projet de société du Chef de l’État, censé incarner le passage d’une gestion budgétaire classique à une gouvernance publique axée sur les résultats.
Pourtant, à la lecture des débats parlementaires, une inquiétude se fait jour : le Parlement semble être resté prisonnier de l’ancien modèle, celui où le budget est perçu comme un simple acte de répartition des ressources et non comme un instrument stratégique de transformation.
Les députés et sénateurs, au lieu d’examiner les programmes et les projets à la lumière d’une évaluation ex-ante (pertinence, cohérence, impact anticipé), se contentent de valider des dotations, souvent sans questionner la logique des résultats, ni les indicateurs de performance associés.
Or, le Chef de l’État n’a eu de cesse de rappeler que le changement de paradigme ne réside pas seulement dans la moralisation de la gestion publique, mais aussi dans la culture de la redevabilité et de la performance. Une loi de finances basée sur la logique des résultats doit être examinée avec les outils de l’évaluation prospective, de la planification pluriannuelle, et du suivi des impacts socio-économiques.
C’est là qu’intervient le rôle essentiel du Parlement, appuyé techniquement par la Cour des comptes, dans l’évaluation des politiques publiques.
Mais force est de constater que cet accompagnement institutionnel reste faible. L’Assemblée nationale et le Sénat, pourtant refondés dans le cadre de la transition, peinent à se hisser au niveau d’un véritable pouvoir de contrôle et d’anticipation, capable d’aider le Gouvernement à corriger les incohérences ou à prioriser les actions à fort effet multiplicateur sur le développement.
Dès lors, on peut d’ores et déjà anticiper qu’une loi de finances rectificative sera inévitable. Elle devrait être proposée par le nouveau Gouvernement, issu des élections législatives et locales, et examinée par un Parlement renouvelé. Ce rendez-vous sera décisif pour donner enfin un contenu opérationnel à la promesse présidentielle de budget zéro gabegie, 100 % développement.
Reste une question politique fondamentale :
La future majorité parlementaire, probablement dominée par l’UDB, saura-t-elle jouer son rôle d’appui critique au Président de la République en examinant chaque projet avec rigueur, ou se contentera-t-elle d’une posture partisane, cherchant davantage à défendre son camp qu’à servir la Nation ?C’est là tout l’enjeu du nouvel équilibre institutionnel voulu par la transition : un Parlement fort, constructif et compétent, capable de transformer la vision présidentielle en résultats tangibles pour les populations.
En somme, ce premier budget de pleine année est un test grandeur nature : celui de la capacité collective — Gouvernement, Parlement et Cour des comptes — à faire vivre la gestion axée sur les résultats, pierre angulaire du projet de société du Président Oligui Nguema.
Car sans une évaluation rigoureuse, sans reddition de comptes et sans culture du résultat, la refondation annoncée risque de s’arrêter au seuil des intentions.

