Justice gabonaise : la juge Ndondo Ngossa suspendue pour 3 mois après le scandale de l’affaire Warren

Sous pression populaire et face à des soupçons de favoritisme, le tribunal de Libreville a suspendu la juge des enfants Ndondo Ngossa Leila Charlène. Sa gestion du dossier d’agression du jeune Warren, impliquant des fils de hauts responsables, a suscité l’indignation et relancé le débat sur l’indépendance de la justice au Gabon.

La décision est tombée comme un coup de tonnerre dans un ciel déjà chargé. un jour après le tollé provoqué par les sanctions jugées trop légères infligées aux agresseurs présumés du jeune Warren Pango Loungou, la juge Ndondo Ngossa Leila Charlène, en charge du dossier au 2ᵉ cabinet des enfants du tribunal de première instance de Libreville, a été suspendue pour une durée de trois mois.

Une ordonnance signée le 30 octobre 2025 par Jean Gaël Doumbeneny, président du tribunal de première instance, acte cette suspension au motif que la magistrate aurait « manqué à la convenance de son état et à la délicatesse de sa fonction ».

Une gestion contestée du dossier WarrenL’affaire remonte à la mi-octobre, lorsqu’une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux a montré le jeune Warren, ancien élève du collège René Descartes, violemment agressé par d’anciens condisciples. Les faits, sur fond de rivalité amoureuse, ont provoqué un choc national, d’autant plus que les agresseurs sont issus de familles proches du pouvoir.

Face à la colère de l’opinion, la justice avait réagi en plaçant deux mineurs sous mandat de dépôt. Mais la peine prononcée ( dix et six jours de prison seulement ) a été jugée dérisoire par de nombreux citoyens, qui y ont vu une illustration du « deux poids, deux mesures » entre les enfants de puissants et ceux du peuple.

La polémique a rapidement visé la juge Ndondo Ngossa, accusée d’avoir reçu les parents des mis en cause hors la présence de ceux de la victime, et de n’avoir pas instruit le dossier avec la rigueur requise.

Selon l’ordonnance de suspension consultée par Medias241, le président du tribunal relève plusieurs manquements graves. La juge aurait notamment :

* Reçu de manière inappropriée les parents des agresseurs, en dehors du cadre légal de la procédure ;

* Évoqué une coupure d’électricité pour justifier le renvoi d’une partie de l’audience, alors qu’elle pouvait poursuivre l’instruction manuellement ;

* Et, plus largement, fait preuve d’un manque de professionnalisme dans une affaire à forte sensibilité sociale.

Ces éléments ont conduit à une interdiction d’exercer pour trois mois, conformément à l’article 150 du statut des magistrats. Une mesure rare, mais saluée par une large partie de l’opinion comme un signe d’autorité et de transparence de la justice gabonaise.

La suspension de la juge intervient dans un contexte de forte mobilisation publique après le message du président Brice Clotaire Oligui Nguema, qui avait condamné avec fermeté la recrudescence des violences scolaires : « Trop de violences dans nos établissements, trop d’indiscipline. L’école doit redevenir un lieu de savoir, de respect et de sérénité. La justice doit être un rempart contre l’impunité. »

Ce rappel à l’ordre présidentiel a clairement mis la pression sur la chaîne judiciaire, invitée à démontrer que nul n’est au-dessus des lois, y compris les enfants de hauts responsables.

La mise à l’écart de la juge Ndondo Ngossa s’inscrit dans une dynamique plus large de restauration de la confiance dans l’appareil judiciaire. « Cette suspension est un signal fort : la justice gabonaise se réforme, même en interne », confie un magistrat sous couvert d’anonymat.

Mais d’autres, plus prudents, rappellent que l’indépendance des juges doit être préservée, même face à la colère populaire : « Il faut veiller à ce que la pression de la rue ne remplace pas le droit », estime un avocat du barreau de Libreville.

Au-delà du cas Warren, cette affaire révèle les fractures sociales et morales du Gabon contemporain : l’exaspération d’une jeunesse qui refuse l’impunité, la méfiance envers la justice et le besoin d’exemplarité à tous les niveaux.

Le dossier, désormais confié à un nouveau juge, devra dire si la justice peut enfin se montrer impartiale face aux privilèges.

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