La disparition du Ministre d’État Moukagni Iwangou Jean-de-Dieu suscite une profonde émotion dans tout le pays. Cet éminent juriste, professeur et homme politique a consacré sa vie au service de la République, à la défense du droit et à la promotion des valeurs démocratiques. Sa mort rappelle, une fois de plus, la vulnérabilité croissante de nos anciens responsables et retraités, qui, après avoir tant donné à la nation, se retrouvent souvent livrés à eux-mêmes face à la maladie et à l’isolement. Je me souviens qu’il se plaignait, pendant la transition, de ne pas parvenir à subvenir correctement à ses besoins, illustrant tristement cette réalité.
En effet, lorsqu’une personne quitte la vie active, elle perd bien plus qu’un salaire : elle perd un rythme, un réseau et une utilité sociale. Sans accompagnement médical, social et psychologique adapté, beaucoup de retraités s’éteignent lentement, dans la solitude et la résignation. Le cas du Ministre d’État Moukagni Iwangou illustre cette situation, malheureusement partagée par de nombreux anciens fonctionnaires, enseignants et cadres du pays.
D’abord, il faut reconnaître que le Gabon ne dispose pas encore d’un système structuré de suivi post-retraite. Une fois les pensions versées, aucun mécanisme institutionnel ne garantit un suivi de la santé, des conditions de vie ou de la stabilité psychologique des retraités. Cette absence de politique publique conduit à une forme d’oubli collectif. Ceux qui ont bâti les fondations de l’administration, de la justice ou de l’éducation se retrouvent souvent seuls face aux difficultés de la vieillesse.
Ensuite, le pouvoir d’achat des retraités se dégrade progressivement. Les pensions, souvent modestes, ne suffisent plus à couvrir les dépenses essentielles, notamment les soins médicaux, dont les coûts augmentent avec l’âge. De surcroît, le manque d’activités adaptées après la retraite entraîne un sentiment d’inutilité et une perte de repères. Ce vide social et professionnel accélère, chez beaucoup, le déclin moral et physique.
Par ailleurs, l’absence de programmes locaux ou communautaires de soutien aux personnes âgées renforce leur isolement. Très peu de municipalités disposent de structures destinées à valoriser les retraités, à encourager leur implication dans la vie sociale ou à utiliser leur expertise pour encadrer les jeunes générations. Pourtant, ces anciens possèdent un capital intellectuel et humain considérable, fruit de décennies d’expérience, que la société devrait protéger et transmettre.
De plus, le manque de suivi médical régulier constitue un facteur aggravant. Dans plusieurs régions, les retraités ne bénéficient ni de bilans de santé périodiques, ni d’un accès simplifié aux soins. Or, la prévention coûterait moins cher à l’État que la gestion des maladies avancées. Cela montre l’urgence d’une réforme de la protection sociale, pensée non seulement pour les actifs, mais aussi pour ceux qui ont achevé leur service.
Ainsi, le décès de Moukagni Iwangou Jean-de-Dieu doit être perçu comme un signal d’alerte national. Il met en lumière l’urgence d’une politique nationale de suivi et d’accompagnement des retraités, qui pourrait être mise en œuvre conjointement par le Ministère du Travail et du Plein Emploi, le Ministère de l’Économie et des Finances, et le Ministère de la Santé. Un tel programme devrait viser à assurer un suivi médical régulier, à promouvoir l’intégration sociale des retraités et à créer des activités d’utilité publique adaptées à leurs compétences.
Il ne s’agit pas seulement de rendre hommage à un grand homme, mais de tirer des leçons pour l’ensemble de nos anciens serviteurs de l’État, afin que le Gabon garantisse une fin de vie digne et respectueuse à tous ceux qui ont contribué à son développement.Mes condoléances les plus sincères à sa famille biologique et à sa famille politique de l’UPG.
Ricardo depuis NY, USA

