« 128 700 personnes frappent à la porte de la Fonction publique pour un emploi » par Petit-Lambert Ovono

Le chiffre est tombé comme un coup de tonnerre : 128 700 personnes ont déposé une demande d’emploi à la Fonction publique.

Et cela, après avoir enlevé les doublons et les candidats déjà recrutés ailleurs.

Ce nombre fait mal, parce qu’il raconte l’histoire d’un pays où beaucoup de jeunes attendent un travail qui ne vient pas.

Il montre aussi une administration dépassée par la masse d’attentes et d’espoirs qu’elle ne peut plus satisfaire seule.

Depuis trop longtemps, au Gabon, la Fonction publique est devenue le refuge de ceux que le secteur privé n’arrive pas à employer.

Pour beaucoup de jeunes diplômés, travailler dans l’administration n’est plus un rêve de service public, mais la seule porte encore ouverte dans une économie bloquée.

C’est là tout le problème : l’emploi public n’est plus un choix de carrière, mais une solution de survie.

Ces 128 700 dossiers ne traduisent pas seulement un besoin d’embauche.

Ils montrent surtout une crise de confiance : les jeunes ne croient plus que leurs études mènent à un emploi.

L’école promet, mais le marché du travail déçoit.

Le problème n’est pas qu’une question d’argent.

Il est aussi structurel: notre système de recrutement est vieux, lent et mal organisé.

Certains ministères ont trop d’agents, d’autres pas assez.

Des postes essentiels restent vides, pendant que des personnes compétentes n’ont ni mission claire ni reconnaissance.

C’est ce qu’on appelle un déséquilibre de l’État employeur : le nombre d’agents ne correspond plus aux vrais besoins du service public.

Face à cette situation, l’État doit changer de méthode.

Recruter plus ne suffira pas.

Il faut recruter mieux, former autrement et ouvrir d’autres portes en dehors de la Fonction publique.

Cela demande plusieurs actions fortes :

* Numériser complètement le fichier national des demandeurs d’emploi, pour connaître les compétences réelles et les besoins selon les bassins d’emploi des provinces et des départements;

* Créer un Fonds national d’insertion pour aider les jeunes à faire des stages, se reconvertir ou créer leur propre activité ;

* Adapter les formations vers les métiers d’avenir : techniques, agricoles et numériques ;

* Faire une cartographie des besoins en ressources humaines dans chaque ministère afin d’éviter les déséquilibres.

Ces 128 700 dossiers représentent autant de talents inutilisés: enseignants, ingénieurs, soignants, innovateurs…

Des Gabonais capables d’aider le pays, mais bloqués dans un système qui ne s’est pas modernisé.

Réformer la Fonction publique n’est donc pas un luxe.

C’est une urgence nationale.

L’État doit revoir son organisation, travailler par programmes, actions et résultats mesurables, pour mieux utiliser ses agents et identifier les vrais besoins.

Ainsi, la réforme administrative pourra devenir une réforme de l’emploi.

Ces 128 700 demandes ne sont pas une fatalité.

Elles sont un signal d’alarme, mais aussi une chance.

Un pays qui connaît ses faiblesses peut les corriger.

Une administration qui se réforme peut redevenir efficace.

Et une jeunesse à qui on redonne confiance peut redevenir le moteur de la croissance nationale.

Le défi est grand, mais il reste possible.

À condition que l’État transforme la douleur des chiffres en volonté d’agir, et fasse de la réforme de la Fonction publique le chantier de toutes les espérances.

Par Petit-Lambert Ovono, évaluateur certifié des politiques publiques

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