« Quand un milliard disparait, que reste-t-il du contrat social ? » Par Petit-Lambert Ovono

Dans l’entendement humain — c’est-à-dire dans la conscience morale la plus élémentaire — détourner un milliard de francs CFA d’argent public n’est pas un fait divers ni une simple irrégularité administrative. C’est un acte qui trahit la confiance du peuple, viole le contrat social et fracture l’idée même de l’État.

Car un milliard volé, ce ne sont pas seulement des chiffres sur un tableau budgétaire :
* ce sont des enfants privés d’école,
* des patients sans lits ni médicaments,
* des routes qui ne seront jamais construites,
* des jeunes condamnés au chômage et à la débrouillardise.

Le jugement attendu, dans l’esprit du citoyen comme du contribuable, est simple : la sanction doit être exemplaire.

Le regard des juges

Un magistrat, gardien de la loi et dernier rempart contre l’arbitraire, ne peut considérer le détournement massif de fonds publics comme une faute légère.

Dans un État qui se veut crédible, un tel acte appelle :
* une qualification pénale ferme,
* une peine privative de liberté significative,
* la restitution intégrale des sommes détournées,
* et l’interdiction d’exercer toute fonction publique.

Les juges ne peuvent plus se réfugier derrière des formules procédurales pour minimiser l’impact social de ces crimes économiques. Car détourner un milliard, c’est tuer des chances, briser des vies, hypothéquer l’avenir.
C’est une violence sociale.

Le regard du peuple

Aux yeux du citoyen, la justice envers les puissants est le baromètre de la moralité d’un État.
Et un milliard détourné suscite, à juste titre :
* indignation,
* colère,
* incompréhension,
* et parfois désespoir.

Le peuple se demande : Pourquoi certains peuvent voler pendant que d’autres ne survivent qu’avec un petit bout de pain ? Pourquoi l’impunité aurait-elle plus de valeur que le travail honnête ?

Chaque détournement non sanctionné détruit un peu plus la confiance, alimente le cynisme et nourrit l’idée que l’État serait un butin plutôt qu’une institution.

Le regard du contribuable*

Pour celui qui paie l’impôt — souvent prélevé automatiquement, sans possibilité de fraude — voir un milliard disparaître est un affront.

C’est l’injustice poussée à son paroxysme.

Le contribuable n’attend pas de discours, ni de promesses. Il attend une vérité simple :
Que celui qui prend l’argent public en réponde. Sans privilège. Sans protection. Sans passe-droit.

Ce que devrait être une justice à la hauteur*

Une justice crédible ne se contente pas de condamner : elle répare.

Elle dit clairement que la République ne transige pas avec la probité.

Elle protège les biens publics avec la même rigueur que certains protègent leurs intérêts privés.

Dans un pays où un milliard peut changer des centaines de vies, permettre qu’il disparaisse sans conséquence revient à accepter la mort lente de l’État.

En guise de conclusion, la justice doit redevenir la colonne vertébrale de la République.

Si détourner un milliard ne choque plus, c’est que nous avons perdu nos repères.

Si cela ne conduit pas à une sanction exemplaire, c’est que la justice a cessé d’être justice.

Et si le peuple cesse d’y croire, alors tout le reste s’effondre : institutions, confiance, légitimité.

Le Gabon ne manque pas de ressources. Il manque de justice, de responsabilité et de cohérence morale.

Le moment est venu de rappeler qu’aucun milliard détourné n’est technique, administratif ou circonstanciel.

C’est un crime contre la nation.

Et la nation mérite mieux.

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