Peu d’objets dans le sport africain portent autant de symboles que le trophée de la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations.
Plus qu’un simple bloc de métal, c’est un réceptacle de mémoire : un emblème de fierté continentale, l’aboutissement de générations de talents et le miroir d’une compétition passée d’un mini-tournoi à quatre équipes en 1957 à un spectacle planétaire suivi par des centaines de millions de supporters.
En près de soixante-dix ans, trois trophées distincts ont raconté cette histoire – chacun façonné par son époque, ses rapports de force, son artisanat et sa géopolitique.
Ce guide intemporel remonte toute la lignée : qui a conçu les trophées, comment les équipes ont pu les conserver, pourquoi les règles ont changé et les anecdotes méconnues – des vols aux répliques spéciales – qui nourrissent la légende de la TotalEnergies CAF CAN.

I. Le Trophée Abdelaziz Abdallah Salem (1957–1978)
Une coupe au nom d’un père fondateur
Le premier trophée de la Coupe d’Afrique des Nations rendait hommage à Abdelaziz Abdallah Salem, ingénieur égyptien et premier président de la Confédération Africaine de Football (CAF). Présenté lors de l’édition inaugurale au Soudan, en 1957, il incarnait l’élan des nations fraîchement indépendantes qui utilisaient le football comme vitrine sur la scène mondiale.
Design et silhouette
Le Trophée Salem prenait la forme d’un calice élancé, élégant plutôt qu’imposant : pied étroit, coupe évasée, petites anses. Une esthétique très « milieu du XXᵉ siècle ». Sur les photos d’époque, les capitaines le soulèvent souvent d’une seule main – un contraste saisissant avec les modèles plus monumentaux qui suivront.
La règle du « trois titres pour le garder »
La CAF appliquait alors une coutume répandue : toute équipe remportant trois fois la compétition conservait définitivement la coupe. Le Ghana fut le premier à y parvenir (1963, 1965, 1978). Son sacre à Accra en 1978 scella la fin de circulation du Trophée Salem, devenu propriété ghanéenne… du moins officiellement.
La légende et la disparition
La suite tient autant du folklore que du drame patrimonial. Des décennies après son entrée dans le patrimoine ghanéen, le trophée fut déclaré volé dans les locaux de la Fédération. Jamais retrouvé. Le Ghana reste la première nation à avoir « gagné et gardé » une coupe de la CAN, mais l’absence de l’original ajoute une note amère à cette page glorieuse.

II. Le Trophée de l’Unité Africaine (1980–2000)
Une nouvelle décennie, une nouvelle identité
À la retraite du premier trophée, la Confédération Africaine de Football commande un nouvel objet pour accompagner les années 1980 et 1990 – une période d’expansion sportive, médiatique et économique. L’« African Unity Trophy » devient le symbole d’une CAN qui grandit, se diffuse en couleurs et attire des sélections de plus en plus riches en joueurs expatriés.
Un design plus affirmé
La deuxième coupe est plus sculpturale, plus imposante, pensée pour l’ère télévisuelle. Toujours classique, mais avec des lignes plus marquées, un volume adapté à une compétition devenue beaucoup plus ample. Elle photographie parfaitement, s’affiche en grand sur les unes, impose son allure.
Les puissances du moment
Si la première ère fut dominée par le Ghana, la seconde s’écrit au rythme du Cameroun, de l’Algérie, du Nigeria et de l’Égypte. Le Cameroun, surtout, utilise la CAN pour asseoir la réputation forgée en Coupes du monde et aux Jeux Olympiques.
Confiée définitivement au Cameroun
La règle des trois titres reste en vigueur. Avec ses sacres de 1984, 1988 et 2000, le Cameroun gagne le droit de conserver définitivement la coupe. Le triomphe de Lagos, en 2000, scelle la fin du Trophée de l’Unité Africaine. L’objet appartient aujourd’hui au patrimoine des Lions Indomptables.

III. Le Trophée actuel de la CAN (2002–aujourd’hui)
Une rupture nette – et un design mondial
Deux trophées ayant déjà été retirés, la CAF opte pour un nouveau modèle au tournant du XXIᵉ siècle. Présenté lors de la CAN 2002 au Mali, le trophée actuel est conçu par une firme italienne : globe doré, feuilles de laurier, pied conique. Moderne, identifiable, calibré pour la HD.
Plus massif, plus sculptural, il rapproche la CAN des standards visuels des grandes compétitions internationales.
Pourquoi les règles ont changé
Au début des années 2000, la CAF réalise que perdre un trophée tous les deux ou trois cycles nuit à la continuité visuelle de la compétition et coûte cher. Depuis 2002, l’original reste propriété de la CAF. Les champions le soulèvent, le conservent pour la durée de leur règne, puis le restituent. La fédération reçoit une réplique officielle ; les joueurs, leurs médailles.
Un geste essentiel pour ancrer une identité forte à l’ère médiatique.
Les premiers gardiens et un triplé historique
Le Cameroun est le premier à soulever la nouvelle coupe (2002). Puis l’Égypte inscrit un record inégalé : trois titres consécutifs (2006, 2008, 2010).
Avec l’ancienne règle, les Pharaons auraient gardé la coupe. Avec la nouvelle, ils reçoivent une réplique grandeur nature tandis que l’original retourne au siège de la CAF.
Un trophée déjà chargé d’histoires
Comme tous les objets iconiques, la coupe a connu son lot d’incidents : placements en musée, inquiétudes sécuritaires, protocoles renforcés. Un vol d’anciens trophées exposés par une fédération au début des années 2020 rappellera l’importance d’une protection stricte.
Aujourd’hui, le transport de la coupe ressemble à celui d’un trésor national : mallettes blindées, responsables dédiés, procédures documentées.

IV. Ce que représente vraiment la coupe le soir du sacre
Médailles, répliques et gravure
Au podium, les joueurs reçoivent leurs médailles, la fédération sa réplique officielle. L’original, lui, voit sa base gravée du nom du nouveau champion – une chaîne ininterrompue depuis 2002. Entre deux éditions, la CAF conserve la coupe dans des conditions strictes.
Au-delà du métal : image nationale et soft power
Pour les joueurs, la coupe est un sommet de carrière. Pour un pays, c’est un moment d’unité nationale. Parades, réceptions présidentielles, jours fériés improvisés : l’image du capitaine brandissant le globe se propage bien au-delà des pages sportives. Elle alimente documentaires, campagnes touristiques et manuels scolaires.

V. Timeline express
1957 – Lancement de la CAN ; introduction du Trophée Salem
1963–1978 – Le Ghana remporte trois titres et conserve la première coupe (1978)
1980 – Entrée en service du Trophée de l’Unité Africaine
1984–2000 – Le Cameroun décroche trois sacres et garde la deuxième coupe (2000)
2002 – Introduction de la coupe actuelle ; le Cameroun l’inaugure
2006–2010 – Triplé historique de l’Égypte, qui reçoit une réplique officielle
Années 2010–présent – L’original reste propriété de la CAF, les vainqueurs obtiennent une réplique gravée
VI. Comment le trophée raconte l’évolution de la CAN
Du régional au mondial
Le Trophée Salem reflétait une compétition en construction dans un continent en mutation. Celui de l’Unité Africaine a accompagné l’entrée de la CAN dans l’ère de la diffusion massive. Le modèle actuel incarne une épreuve devenue un rendez-vous sportif mondial, avec des stars venues des cinq grands championnats.
De la rareté à la sécurité
Abandonner la règle du « win-to-keep » n’était pas qu’une question d’administration : c’était affirmer que le symbole suprême de la CAN devait traverser les générations. Cette continuité visuelle permet aussi une meilleure exploitation marketing et une identité plus forte dans une économie du football devenue colossale.

VII. Mythes, accidents et pièces de musée
Vol historique : Le Trophée Salem, conservé par le Ghana après 1978, a été déclaré volé des années plus tard – une perte qui a accéléré la sensibilisation au patrimoine sportif.
Répliques, vraie ou fausse ? Beaucoup se demandent encore si l’Égypte a gardé la vraie coupe après 2010. Réponse : non. Une réplique officielle, oui ; l’original, non.
Où sont-ils aujourd’hui ? Le deuxième trophée repose au sein du patrimoine de la FECAFOOT. Le trophée actuel reste sous contrôle direct de la CAF.
Pourquoi l’or ? Le globe doré affirme une identité panafricaine, un design contemporain et une silhouette qui capte la lumière comme aucune autre lors des cérémonies.
VIII. FAQ
Les vainqueurs gardent-ils quelque chose ?
Oui : une réplique officielle et les médailles. L’original est restitué à la CAF.
Pourquoi la CAF a-t-elle changé la règle ?
Pour préserver la continuité, réduire les risques et renforcer l’identité visuelle.
Une équipe a-t-elle remporté trois CAN de suite avec le trophée actuel ?
Oui, l’Égypte (2006–2010). Cela lui vaut une réplique, pas la propriété.
Comment la coupe est-elle protégée aujourd’hui ?
Transport sécurisé, personnel spécialisé, procédures documentées – comme les plus grands trophées mondiaux.

IX. Pourquoi cette histoire continue d’émouvoir
Le trophée de la TotalEnergies CAF CAN, c’est l’histoire du football africain en miniature. Le premier modèle appartenait aux pionniers. Le second a voyagé avec les géants qui ont façonné l’identité moderne de la compétition. Le troisième, doré et contemporain, projette une CAN sûre d’elle, installée au cœur du calendrier mondial.
À chaque fois qu’un capitaine soulève ce globe devant un mur de sons et de couleurs – vert de Dakar, rouge du Caire, jaune de Yaoundé, orange de Casablanca – le fil se prolonge.
Les mains changent. L’image demeure. C’est là tout le génie de l’approche moderne : un seul objet, partagé à travers les ères, reliant Asmara et Abidjan, Gaborone et Gizeh, Lagos et Luanda dans un même instant doré.
Sur les photos qui défilent, tirages d’époque, diffusions granuleuses des années 1980, parades filmées en 4K, le trophée est la seule constante.
Il porte les empreintes des légendes et les larmes des outsiders. Il voyage, mais il appartient à tous.
Voilà la magie discrète de son évolution : un symbole partagé, reflet d’un continent qui, par le football, continue d’écrire son histoire.

