C’est généralement à l’occasion de la lecture de l’oraison funèbre que l’on découvre les qualités d’un mort, ces qualités qui ne lui étaient pas reconnues de son vivant.
Malheureusement très souvent, beaucoup d’éminents compatriotes pour des raisons diverses, se sont endormis pour la postérité, dans l’anonymat et l’indifférence de la République.
Seule la floraison de couronnes et de messages de condoléances à la famille, renseignent sur l’importance de la personne décédée.
Pourquoi toujours emprunter à l’hypocrisie sa posture, si l’on ne se sent pas capable de charité,
Pourquoi compatir au décès de celui que vous avez, la main sur le cœur, érigé en ennemi, alors que votre pardon s’était avéré indispensable au moment où il voulait faire la paix avec vous,
Pourquoi s’empresser de relayer des messages de décès des personnes dont vous avez toujours souhaité la mort, comme pour vous donner bonne conscience, et partager l’émotion avec la famille endeuillée.
Non la République n’a pas besoin de la compassion de la société, mais plutôt de la solidarité et de la compréhension des dirigeants.
Plusieurs exemples peuvent être évoqués pour illustrer l’hypocrisie de la société et des hommes qui n’attendent que le décès d’un frère pour lui témoigner son amitié et son affection au détour d’un oraison funèbre écrit à la plume et la cire.
La République doit se réconcilier avec ses valeurs et remettre l’homme au centre de son dessein, ce n’est pas une option, c’est un impératif constitutionnel.
Par antipathique ou par simple délit de faciès ou de sale gueule, beaucoup de compatriotes émérites ont vu leurs carrières brisées. Reclus dans le dénouement certains ont vécu malgré eux, de la compassion de la société, alors qu’ils hier les moyens de faire face à la maladie et à la société qui lui déni aujourd’hui toute qualité ou lui refuse toute redemption.
Oui malheureusement beaucoup meurent dans l’indifférence parce que devenus anonymes, il ne reste que l’oraison funèbre pour se rappeler à ses bons et lui rendre post mortem ce que la société lui a arraché.
Il est impérieux de s’aimer vivants pour s’éviter le chagrin inutile du décès d’un semblable qui ne trouvait pas grâce à vos yeux.

