À Lebamba, l’art politique se réduit trop souvent à la fabrication odieuse de mensonges contre autrui. Un beau matin, quelqu’un se lève, invente une histoire sur un tiers, l’habille, lui donne une consistance factice, la propage – et les populations, dans une crédulité déconcertante, y adhèrent sans le moindre esprit critique.
Cette mécanique perverse a trouvé son illustration criante dans l’affaire dite du « milliard de Lebamba ». Des individus dotés de raison, mais dépourvus de scrupules et avides d’ambitions politiques, ont cru bon de liquider sur la place publique un aîné respecté, le Général Flavien NZENGUI NZOUNDOU, l’accusant, lui et son « petit noyau », d’avoir détourné ce fameux milliard. La rumeur, habilement orchestrée, a traversé tout le département et au-delà, jusqu’à s’imposer dans l’imaginaire national comme une vérité incontestée.bPourtant, la réalité était tout autre.
Alors que le ministre actuel des Travaux publics avait pourtant déclaré publiquement que le milliard se trouvait à la Caisse des Dépôts et Consignations, les auteurs identifiés de cette cabale – et leurs relais, véritables gourous de la manipulation des masses – ont continué d’exploiter cette fable lors des récentes élections, dans le but avéré de liquider politiquement le Général à la retraite.
L’épilogue de cette sinistre comédie nous a été servi hier par ce même ministre. Devant un parterre de monde, il a annoncé avoir déjà engagé les travaux de construction de la gare routière et du marché de Lebamba, en puisant 300 millions dans ledit milliard. Et là, stupeur : les populations applaudissent, les complotistes jubilent, sans que quiconque ne s’interroge sur le pourquoi et le comment d’une telle dépense, décidée sans concertation, sans transparence, sans débat.
Si l’accusé initial – celui qu’on avait désigné à la vindicte publique – avait commis un tel acte, même les morts se seraient réveillés pour exiger des comptes et des justificatifs. Mais ici, il semble qu’il y ait les « saints », qui peuvent jouer avec un milliard en avançant des justifications alambiquées, et les « démons », qu’il faut immoler sur l’autel de la rumeur. Quel peuple sommes-nous donc ?
Le gestionnaire du milliard a finalement dévoilé l’usage qu’il en fait. Quelle tête feront désormais ceux qui, hier encore, accusaient un innocent de l’avoir détourné ?
La vie est cruelle, certes, mais qu’on se le dise : accuser à tort un aîné sur la place publique, sans preuves, sans honneur, finit toujours par se retourner contre ses auteurs.
L’histoire rend toujours son verdict – et cet épilogue n’est que le premier acte de cette justice immanente.
Merlin KILINGUI, Professeur certifié d’Histoire-Géographie des Lycées et Collèges, Chef de département au Lycée Public Ba Oumar

