« TRIBUNE : L’affaire Siffon ou le crépuscule de l’impunité : Le prix de la trahison des espoirs » Par WEMO

Le Gabon de la Transition vient de franchir un Rubicon psychologique. Longtemps, la proximité avec le sommet de l’État a été perçue comme un totem d’immunité, une armure invisible permettant de confondre les caisses de la République avec un patrimoine personnel. L’affaire Siffon, au-delà du scandale financier, sonne le glas de cette ère de complaisance. Elle n’est pas qu’une affaire judiciaire ; elle est le procès d’une méthode de gouvernance que le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) a juré d’abolir.

Le mirage des « Copains et Coquins »

Le constat est d’une brutalité chirurgicale : 10 milliards de francs CFA évaporés pour un bilan de « zéro écolodge ». Ce n’est plus de la gestion, c’est de la prestidigitation budgétaire. Comment un département ministériel a-t-il pu s’enferrer dans une telle dérive sans qu’aucune alerte ne soit lancée ? La réponse tient en trois mots : le copinage stérile.

En s’entourant de courtisans plutôt que d’experts, de complices plutôt que de technocrates, on crée une chambre d’écho où la contradiction disparaît. Or, dans la gestion de l’État, l’absence de contradiction est le terreau de la corruption. Ce dossier démontre que le « copinage » n’est pas qu’un défaut de caractère, c’est un crime contre le développement. Chaque franc détourné est un emploi de moins pour cette jeunesse gabonaise à qui l’on avait promis des écolodges et un avenir.

La fin du bouclier de la proximité

Le message envoyé par le Président Brice Clotaire Oligui Nguema est limpide : l’amitié s’arrête là où commence l’intérêt général. Pour beaucoup, c’est une onde de choc. Dans l’ancien logiciel, « parler à l’oreille du chef » valait quitus pour toutes les dérives. Aujourd’hui, le Chef de l’État rappelle que la Transition est un contrat de performance, pas une distribution de prébendes entre amis.

Ceux qui pensaient que le 30 août n’était qu’un changement de casting se sont trompés. C’est un changement de scénario. Le « Gabon nouveau » exige des résultats tangibles, des chantiers visibles et une reddition de comptes systématique. La communication à outrance sur les réseaux sociaux ne peut plus masquer l’absence de briques et de mortier sur le terrain.

Un avertissement pour l’avenir

L’affaire Siffon doit servir de catharsis. Elle doit pousser chaque détenteur d’une parcelle d’autorité à regarder son équipe : s’agit-il de compétences au service du pays ou de fidélités au service d’un clan ?
Le message aux ministres et directeurs généraux est désormais sans ambiguïté :
* La compétence doit primer sur l’allégeance.
* L’argent public est sacré et chaque centime doit être justifié par une réalisation.
* L’impunité est une relique du passé.

Le Gabon ne se reconstruira pas avec des discours, aussi brillants soient-ils. Il se reconstruira avec de la rigueur, de la transparence et, surtout, avec des hommes et des femmes qui ont compris que servir l’État est un sacerdoce, pas un privilège. Que la justice fasse son œuvre, car le peuple, lui, regarde et attend que la Transition tienne sa promesse : celle d’une République enfin restaurée.

WEMO, Doctorant en Sciences de Gestion, option Management des organisations *

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