Interprétations de “Le monde est gouverné et géré par le mensonge” de WEMO

En politique

Les dirigeants construisent des récits simplifiés ou déformés pour obtenir le soutien populaire. Promesses de campagne irréalistes, manipulation des chiffres économiques, désignation d’ennemis extérieurs pour détourner l’attention des problèmes intérieurs. Le mensonge devient un instrument de conquête et de conservation du pouvoir.

En philosophie

Cette vision rejoint le scepticisme radical : si nos perceptions sont trompeuses, si le langage déforme la réalité, alors toute “vérité” est suspecte. Platon parlait déjà de l’illusion de la caverne. Nietzsche affirmait que “il n’y a pas de faits, seulement des interprétations”. Le mensonge serait ainsi consubstantiel à notre rapport au monde.

En sciences

Paradoxalement, la science prétend à l’objectivité mais connaît ses dérives : études biaisées financées par des lobbies, résultats négatifs non publiés, fraudes académiques, vulgarisation sensationnaliste. Les modèles scientifiques eux-mêmes sont des simplifications, donc des “mensonges utiles” pour appréhender une réalité trop complexe.

En gouvernance

L’administration utilise le jargon technique, les statistiques ambiguës et la complexité bureaucratique pour masquer l’inefficacité ou les choix impopulaires. Les indicateurs de performance sont manipulés, les rapports édulcorés. La transparence proclamée coexiste avec l’opacité réelle des processus décisionnels.

En diplomatie

“Mentir pour son pays” est presque un devoir patriotique. Les diplomates pratiquent l’euphémisme, le non-dit, la déclaration à double sens. Les traités publics cachent des accords secrets. L’espionnage, la désinformation et les “fake news” d’État sont des outils normalisés des relations internationales.

En société

Les normes sociales reposent sur des fictions collectives : argent (simple convention), frontières (lignes imaginaires), hiérarchies (constructions culturelles). Les individus portent des masques sociaux, dissimulent leurs faiblesses, embellissent leur vie sur les réseaux. Le mensonge structure le vivre-ensemble autant que la vérité.

Dans la vie quotidienne

Chacun ment plusieurs fois par jour : par politesse (“ça me fait plaisir de te voir”), par protection (“non, ça va”), par intérêt (“j’ai adoré ton cadeau”). Ces micro-mensonges évitent les conflits et facilitent les interactions. La vérité brute serait invivable socialement.

En relations publiques

Le métier consiste littéralement à “gérer l’image”, donc à sélectionner, embellir, parfois travestir la réalité. Communication de crise, greenwashing, personal branding : tout vise à créer une perception favorable, rarement identique à la réalité complète. L’apparence devient plus importante que la substance.

En droit

Le système judiciaire prétend établir “la vérité”, mais repose sur des témoignages humains faillibles, des aveux parfois extorqués, des expertises contestables. Les avocats sont payés pour défendre une version des faits, pas nécessairement la vérité. Les lois elles-mêmes sont des fictions : “nul n’est censé ignorer la loi” est un mensonge pragmatique puisque personne ne connaît l’intégralité du droit.

*Réflexion critique :* Cette citation exprime une vision profondément pessimiste mais non dénuée de fondement empirique. Elle peut conduire à deux attitudes opposées : soit un cynisme paralysant (à quoi bon agir si tout est mensonge ?), soit une vigilance critique salutaire. La nuance consiste à reconnaître l’omniprésence des distorsions de la vérité sans sombrer dans le relativisme absolu où plus rien n’aurait de valeur.

Wilfried Erisco MVOU OSSIALAS,Doctorant en Sciences de Gestion option management des organisations à l’université Paul Valéry à Montpellier 3 en France.

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