« Affaire de communauté ? Non, affaire de République » par Yannick Ndong Meyo

Quand la solidarité communautaire devient l’ultime refuge de la corruption

I. Un Président, fils des communautés, mais prisonnier d’aucune

Le Président de la République, Chef de l’État et du Gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, est un Gabonais bantu. Un enfant éduqué dans la rigueur, le respect des aînés, des valeurs traditionnelles et les rites communautaires.

Durant toute la période de transition, il a montré, sans calcul ni détour, qu’il est le fils de toutes les communautés, qu’il en connaît les codes, les coutumes, les symboles. Il a marché avec elles, il a partagé leurs rites, il a parfois même été critiqué pour cela. Mais être le fils des communautés ne signifie pas en devenir l’otage ou l’esclave, encore moins le bouclier de l’impunité.

II. 30 août : la rupture républicaine clairement annoncée

Le 30 août, jour fondateur de la transition et socle de la Ve République, le Président a parlé sans ambiguïté devant la Nation : Fin de l’impunité, lutte contre la corruption, rupture avec les pratiques “copains-coquins, tolérance zéro sur les détournements de fonds publics. Ce message était public, dolennel, clair, net et précis. La question est donc simple, directe, dérangeante : Qu’ont fait les communautés pour sensibiliser leurs enfants après ce discours ? La vérité est brutale : rien. Dans ce pays, on a applaudi la parole présidentielle, mais on refuse de corriger les comportements.

III. La mission de Siffon : claire, chiffrée, datée

Le Président nomme ses collaborateurs sur la base de la compétence, et leur assigne des missions précises. La mission confiée à Siffon : Construire six (6) écolodges touristiques, afin de : Dynamiser le tourisme intérieur, créer de l’emploi local, générer des revenus sur le long terme pour les populations. Les projets annoncés et leurs coûts estimatifs : Chutes de l’Impératrice ; Fougamou : 1 milliard FCFA ; Eaux Claires ; Léconi : 500 millions FCFA ; Chutes de l’Okano ; Midzic : 1 milliard FCFA ; Lac Bleu ; Mouila : 1,2 milliard FCFA ; Ogooué ; Ivindo : 1 écolodge ; Chutes de la Léconi – Obouo/Akiéni : 600 millions FCFALagune d’Omboué. Total cumulé : moins de 10 milliards FCFA. Les sites étaient identifiés, certains même nettoyés, les populations attendaient.

IV. Les faits : là où l’émotion doit s’effacer. Aujourd’hui, la question n’est plus politique, elle est factuelle.

10 milliards FCFA gérés, dépenses majoritairement en espèces, aucun virement structuré vers des entreprises, aucune traçabilité conforme, preuves bancaires disponibles. Ce n’est pas une erreur administrative, ce n’est pas un retard technique, c’est une anomalie financière majeure. La République ne juge pas sur le congossa des réseaux sociaux, elle juge sur la preuve.

V. L’épisode du Lac Bleu : le révélateur

Lors de la 2ᵉ caravane touristique, Siffon accompagne la dynamique présidentielle. Quand il apprend la visite imminente du Président au Lac Bleu, il lance en urgence des travaux, avec une avance de 300 millions FCFA. Aujourd’hui le constat est simplement alarmant : Travaux à l’arrêt, entrepreneurs non payés. Prétextant que “le Président n’a pas payé”. Alors que deux comptes étaient sous sa gestion directe, signatures comprises. Ce n’est plus un manquement, c’est une mise en difficulté délibérée de l’action présidentielle.

VI. Affaire de communauté ? Une diversion dangereuse

Donc posons la vraie question : En quoi l’application de la loi devient-elle une hostilité communautaire ? Si chaque communauté se lève pour protéger ses détourneurs, qui ira en prison dans ce pays ? Défendre un membre de sa communauté parce qu’il a détourné l’argent public est : une aberration morale, une faute civique, une trahison républicaine.

L’argent détourné n’appartenait pas à une communauté, il appartenait à la Nation entière.

VII. Leçons du passé : ce que l’impunité nous a coûté

Sous Omar Bongo : Une Directrice générale impliquée dans une affaire financière grave est sauvée par pression communautaire et envoyée ambassadrice au Liban. Plus tard, un général de police redistribue la drogue saisie. Même scénario : mobilisation communautaire, intervention politique. Résultat ?

Aucun exemple, aucune pédagogie, une corruption transmise de génération en génération. Omar Bongo lui-même l’avait compris dès 1983, lorsqu’il fit exécuter Mandja, malgré l’abolition de la peine de mort. Sa communauté n’avait pas incendié les rues. La République avait parlé.

VIII. On ne combat pas la corruption à moitié

On ne peut pas dire : “Nous voulons la fin de la corruption”, tout en ajoutant : “Sauf quand c’est notre enfant”. Sinon, ce n’est plus une lutte, c’est une hypocrisie nationale. Inspirons-nous des modèles efficaces : Au Sénégal par exemple, toute preuve avérée de corruption est récompensée. Apportons les preuves, laissons la justice travailler.

IX. Ne pas laisser le Président seul dans le combat économique

Le Président porte aujourd’hui un combat structurant : Transformation locale du manganèse, création massive d’emplois, souveraineté économique. Ce combat dérange, il bouscule des intérêts puissants. Certains attendent son échec pour se repositionner et pendant ce temps, nous nous divisons pour une affaire individuelle. Ce n’est ni patriotique, ni stratégique, ni responsable.

X. Conclusion : République avant communauté

Quand on prend l’argent du peuple, on construit. Même un hôtel, même un écolodge, pas des excuses après coup. Défendre l’indéfendable, c’est enfermer sa communauté dans la honte. Par contre, Aider la justice, c’est libérer le pays. La République avant la communauté, la loi avant l’émotion, l’avenir avant les combines.

Le changement a un prix, oui, il fait mal, mais c’est le seul chemin. Affaire de communauté ? Non ! Affaire de République ? Oui.

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