« Nouveau gouvernement gabonais : l’épreuve du réel après l’équilibre des profils » par Dr Alain Boulingui Moussavou

La publication du décret présidentiel portant composition du nouveau gouvernement gabonais marque un moment décisif dans la trajectoire politique ouverte par le président Brice Clotaire Oligui Nguema.

Au-delà de l’énumération des portefeuilles et des personnes, cette équipe ministérielle appelle une lecture plus exigeante : celle de la cohérence politique, de la capacité d’action et, surtout, de la responsabilité morale du pouvoir face aux attentes sociales profondes.

Un exécutif pensé comme un équilibre

La nouvelle architecture gouvernementale repose sur une triple logique : l’expérience politique, la technicité administrative et l’ouverture à des figures de renouvellement. Cette combinaison traduit une volonté manifeste de stabilité, sans pour autant renoncer à l’adaptation.

À la tête de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, Président de la République et chef du gouvernement, assume une centralité décisionnelle forte. Il est secondé par Hugues Alexandre Barro Chambrier, Vice-Président de la République, dont le rôle de coordination entre l’exécutif et le législatif s’annonce stratégique dans un contexte post-transition où l’articulation institutionnelle demeure fragile. À ses côtés, Hermann Immongault, Vice-Président du Gouvernement, est chargé d’assurer la cohérence de l’action gouvernementale, fonction clé dans un exécutif élargi et aux priorités multiples.

Les ministres d’État, véritables piliers du dispositif, incarnent les leviers structurants de l’État :

– Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, aux Transports, à la Marine marchande et à la Logistique, se voit confier un secteur déterminant pour la compétitivité économique et l’intégration territoriale ;

– Brigitte Onkanowa, à la Défense nationale, porte la lourde responsabilité de la stabilité institutionnelle dans un environnement régional incertain ;

– Camélia Ntoutoume-Leclercq, à l’Éducation nationale, occupe un poste décisif pour l’avenir du capital humain et la justice intergénérationnelle.

Les ministères dits de relance socio-économique complètent cet édifice : Adrien Nguéma Mba (Intérieur et Décentralisation), Marie-Édith Tassyla Doumbeneny (Affaires étrangères), Thierry Minko (Économie et Finances), Augustin Emane (Justice) et Clotaire Kondja (Pétrole). Ensemble, ils forment le cœur opérationnel de l’action publique.

Avec une vingtaine d’hommes et une dizaine de femmes, ce gouvernement affiche un souci relatif d’inclusivité et un dosage assumé entre profils politiques, technocratiques et nouvelles figures.

Des défis qui excèdent les portefeuilles

Mais l’équilibre des profils ne saurait masquer la rudesse des défis.

Le premier est économique. Le Gabon demeure confronté à une croissance atone, à un endettement élevé et à une dépendance persistante aux hydrocarbures. La mission assignée au ministère de l’Économie et des Finances est claire : stabiliser les comptes publics, restaurer la crédibilité budgétaire, attirer les investissements et diversifier l’économie vers l’agriculture, le numérique et l’énergie. Ici, la question n’est pas seulement technique : elle est morale, car elle engage la lutte contre la pauvreté et le chômage des jeunes.

Le second défi est institutionnel. Le président Oligui Nguema a rappelé l’exigence d’un État plus transparent et plus efficace. Cela implique une réforme profonde de la fonction publique, une lutte crédible contre la corruption et un renforcement effectif de l’indépendance de la justice. Le ministère de la Justice, confié à Augustin Emane, se trouve ainsi au centre d’une attente citoyenne majeure : celle de la fin de l’impunité.

La sécurité et la cohésion interne constituent un troisième chantier. Défense nationale et Intérieur devront conjuguer modernisation des forces de sécurité et dialogue social pour prévenir les tensions, dans un pays où la paix civile reste un acquis fragile.

L’éducation, enfin, apparaît comme le défi de long terme par excellence. Transformer l’école gabonaise pour l’adapter aux exigences d’un marché du travail en mutation est une condition sine qua non du développement durable. Sans capital humain formé, aucune réforme économique ne peut prospérer.

À l’échelle internationale, la diplomatie économique devra être repensée comme un instrument de développement, capable de mobiliser des partenariats stratégiques avec l’Union européenne, la Chine et les institutions financières internationales.

De la promesse politique à l’éthique de la responsabilité

Les enjeux politiques sont donc considérables. Ce gouvernement est appelé à traduire le discours du 31 décembre 2025 en politiques publiques mesurables, à répondre aux aspirations sociales exprimées lors des élections de 2025 et à consolider une stabilité institutionnelle encore récente.

La présence de vice-présidents aux fonctions exécutives traduit une volonté de gouvernance partagée. Mais cette architecture ne produira ses effets que si elle s’accompagne d’une culture de responsabilité, de reddition des comptes et d’évaluation des résultats.

Conclusion

La nomination de ce gouvernement constitue moins un aboutissement qu’un commencement. Elle ouvre une phase où le pouvoir sera jugé non sur ses intentions, mais sur ses actes. Le Gabon entre dans un moment de vérité politique : celui où l’équilibre des profils devra céder la place à l’efficacité, et où la légitimité du pouvoir se mesurera à sa capacité à améliorer concrètement la vie des citoyens.

C’est à cette épreuve du réel que le gouvernement Oligui Nguema est désormais confronté — une épreuve à la fois politique, économique et profondément morale.

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