À mesure que la transition gabonaise entre dans une phase décisive, certaines voix de l’opposition persistent à contester non seulement son rythme, mais sa légitimité même. Les prises de parole récentes du Pr. Albert Ondo Ossa et d’Alain-Claude Billie-By-Nzé illustrent deux stratégies distinctes, mais convergentes dans leurs effets : fragiliser l’autorité de l’État sans proposer d’alternative crédible.
I. Le “pouvoir parallèle” d’Albert Ondo Ossa : une fiction politique entretenue
Le choix du Pr. Albert Ondo Ossa de prononcer un prétendu Discours à la Nation simultanément au message constitutionnel du Chef de l’État relève moins d’un acte démocratique que d’une mise en scène symbolique de défiance.
En s’arrogeant une parole institutionnelle qu’aucun cadre juridique ne lui reconnaît, il cherche à maintenir l’illusion d’un mandat présidentiel issu d’un scrutin annulé, donc juridiquement inexistant.
Cette posture pose un problème fondamental :
Peut-on bâtir l’avenir démocratique du Gabon sur un événement électoral nul et non avenu ?
En refusant d’inscrire son action dans le cadre de la transition — pourtant soutenue par une majorité de Gabonais et reconnue par les partenaires internationaux — le Pr. Ondo Ossa ne défend pas la démocratie : il la suspend à une revendication personnelle figée dans le passé.
II. Une rhétorique de la rupture sans projet de gouvernance
Le discours d’Ondo Ossa recycle une grille de lecture désormais usée : celle du *“Bongoïsme sans Bongo”*. Cette formule, martelée sans démonstration sérieuse, ignore volontairement les ruptures objectives opérées depuis août 2023 :* dissolution des anciennes institutions,* nouvelle Constitution adoptée par référendum,* restauration de la crédibilité de l’État,* ouverture du jeu politique et retour progressif à l’ordre constitutionnel.
Transformer les difficultés sociales — bien réelles — en preuve d’illégitimité politique relève d’un opportunisme rhétorique, non d’une analyse responsable. La transition n’a jamais prétendu effacer en quelques mois des décennies de déséquilibres structurels ; elle a, en revanche, engagé leur traitement.
III. Billie-By-Nzé : la critique technique sans courage politique
À l’inverse, Alain-Claude Billie-By-Nzé adopte une posture plus technicienne, critiquant la gestion et le tempo de la transition. Mais cette critique souffre d’un déficit majeur de crédibilité : elle émane d’un acteur central de l’ancien système, longtemps silencieux sur les dérives qu’il dénonce aujourd’hui.
Sa parole est handicapée par une contradiction fondamentale :
Comment incarner le renouveau quand on fut l’un des exécutants les plus loyaux du système renversé ?
En évitant toute autocritique sérieuse, Billie-By-Nzé réduit son propos à une contestation de convenance, sans vision de refondation ni capacité de mobilisation populaire.
IV. Face aux oppositions : une transition qui avance
Contrairement aux procès d’intention, le Président Brice Clotaire Oligui Nguema n’a jamais cherché à confisquer le pouvoir. La transition qu’il conduit repose sur un engagement clair : rendre le pouvoir aux civils par les urnes, dans un cadre institutionnel assaini.
Ni la dramatisation morale d’Ondo Ossa, ni les critiques opportunistes de Billie-By-Nzé ne répondent à une question essentielle : Que proposent-ils concrètement pour gouverner le Gabon aujourd’hui ?
En politique, la légitimité ne se proclame pas ; elle se construit par la responsabilité, la cohérence et l’adhésion populaire. À ce jour, la transition demeure le seul cadre réaliste pour éviter le chaos, restaurer l’État et refonder la République.
L’opposition est indispensable en démocratie. Mais encore faut-il qu’elle s’inscrive dans la réalité du pays et non dans des postures symboliques ou des règlements de comptes différés. Le Gabon n’a plus besoin de présidents imaginaires, ni de critiques sans projet. Il a besoin de stabilité, de lucidité et d’un cap clair vers l’avenir.
La transition n’est pas parfaite. Elle est nécessaire. Et surtout, elle est perfectible — à condition que le débat politique sorte enfin de la fiction pour entrer dans la responsabilité.

