L’actualité politique et administrative du Gabon est marquée par deux signaux apparemment contradictoires. D’un côté, certaines lectures tentent de sacraliser la fonction présidentielle en évoquant un mandat quasi-divin. De l’autre, le 13 janvier 2026, l’État a acté une décision majeure et concrète : la régularisation des situations administratives et financières de près de 7 000 enseignants, visant à résoudre une grève paralysante qui a laissé les salles de classes vides durant des semaines.
En tant que chercheur en management des organisations, cette dualité est un cas d’école. Elle offre une opportunité de rappeler avec force que dans une République moderne, la légitimité ne se puise pas dans une onction mystique, mais dans l’efficacité de l’action publique et la capacité à résoudre des crises structurelles par une gestion rigoureuse.
1. Le contresens de la sacralisation : Un risque pour la gouvernance
Vouloir ériger le Président en « représentant de Dieu » est une erreur de lecture institutionnelle et managériale. Si le texte de Saint Paul (Romains 13) souligne que « toute autorité vient de Dieu », il ne divinise pas pour autant l’individu qui l’exerce. En sciences de gestion, le pouvoir n’est pas une essence métaphysique, mais une fonction déléguée, fondée sur une responsabilité précise.
Sacraliser un dirigeant, c’est supprimer la notion d’accountability, l’obligation de rendre compte. Si le Chef est perçu comme un élu divin, son action échappe au contrôle citoyen et aux indicateurs de performance. Or, le management public moderne exige que chaque décision soit évaluable, contestable et perfectible. La déification est l’ennemie de l’audit et de la transparence.
Le discours officiel du Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, semble d’ailleurs se situer en porte-à-faux avec une telle mystique. Il a érigé la culture du résultat, la redevabilité et le pilotage stratégique en « triptyque cardinal » de la Ve République, stipulant que « l’autorité politique ne se proclamera plus, elle se démontrera ». Cette grammaire gouvernementale plaide pour une légitimité issue de l’exécution et de la performance, non d’une transcendance. Dans son discours de fin d’année 2025, il a martelé que « chaque gestionnaire va devoir rendre compte de ses actes, y compris devant la justice », une formulation qui institutionnalise la responsabilité bien loin de toute irresponsabilité sacrée.
2. La régularisation des enseignants : Une preuve par la gestion
Le véritable moteur de l’autorité, nous le voyons dans la réponse à la crise éducative. Le 6 janvier 2026, face à la paralysie du système scolaire, le Vice-Président du Gouvernement, Hermann Immongault, a convoqué une réunion de crise urgente pour résoudre les problèmes de paiement, de régularisation et de mise en solde des enseignants. Cette réunion a accouché d’une ingénierie administrative tripartite (Éducation-Budget-Fonction publique). Le résultat est l’annonce, le 13 janvier 2026, du traitement accéléré des dossiers de 3 000 enseignants pour leur mise en solde et de la régularisation de 4 000 carrières.
Cet acte n’est pas le fruit d’un miracle, mais d’une gestion de crise et d’une volonté politique. En transformant le statut précaire des enseignants « bénévoles » en agents rémunérés et sécurisés, l’État investit dans son actif le plus précieux : le capital humain. C’est un acte de gestion qui répond à des années de revendications et de promesses non tenues, dénoncées par les syndicats comme une « sourde oreille » gouvernementale.
Ce faisant, le Chef de l’État agit non pas comme un prophète, mais comme un Manager en Chef qui mobilise et coordonne les ressources de l’administration pour apaiser un conflit social majeur et relancer un service public essentiel. C’est cette légitimité-là, fondée sur la résolution de problèmes structurels, la justice sociale et la restauration de la confiance, qui assure la stabilité et la paix sociale d’un pays.
3. La primatie de la légitimité rationnelle-légale
Comme l’enseignait Max Weber, la force d’un État moderne réside dans sa légitimité « rationnelle-légale ». Un dirigeant est respecté parce qu’il respecte la loi et qu’il produit des résultats, non parce qu’il bénéficierait d’une onction mystique. En management des organisations, on ne dirige pas une structure complexe avec des croyances, mais avec des systèmes d’information, de la coordination interministérielle et une vision stratégique dont le Programme National de Croissance et de Développement (PNCD) est désormais la boussole.
Diviniser le Président, c’est masquer ses accomplissements réels sous un voile d’obscurantisme. C’est faire offense à sa capacité d’action politique concrète et aux défis colossaux qu’il doit affronter : une dette publique dépassant 86% du PIB, une dépendance au pétrole, et des attentes sociales immenses en matière d’emploi et de services publics. La Ve République se présente d’ailleurs comme une République des actes, où « l’heure n’est plus aux promesses, mais à l’épreuve des résultats ». Son autorité se jugera à l’aune de son impact sur la vie quotidienne des Gabonais.
Conclusion : Pour une République des actes
Le Gabon n’a pas besoin de « représentants de Dieu » mais de serviteurs de l’État compétents, redevables et efficaces. Le respect de l’autorité présidentielle est une exigence civique ; son adoration est une démission de l’intelligence et du principe de contrôle citoyen.
La mise en solde et la régularisation des enseignants prouvent que lorsque l’administration fonctionne de manière rationnelle et coordonnée, les résultats sont là. C’est sur ce terrain de la performance, de la rigueur budgétaire et du respect de la dignité des agents publics que se construit la véritable autorité. En définitive, si Dieu sonde les cœurs, c’est au Peuple gabonais, souverain et lucide, qu’il appartient de juger les actes de gestion et d’exiger des comptes sur la promesse d’une gouvernance axée sur les résultats.
Revenons à la raison managériale. Revenons à la République.

