Dans une tribune libre transmise à notre rédaction, Joscelain Lebama, secrétaire général du Syndicat des travailleurs des industries minières et métallurgiques du Gabon (STRIMM), interpelle avec insistance les nouvelles autorités nationales sur l’impératif de préserver la vision initiale du secteur minier : la valorisation locale du manganèse. Renoncer à cette ambition stratégique constituerait, selon lui, une orientation préjudiciable pour l’économie gabonaise. Lecture !
« Pourquoi ERAMET/COMILOG ne peut pas et ne doit plus diriger la transformation du manganèse gabonais »
Le gouvernement gabonais a pris, il y a quelques mois, une décision historique : non seulement interdire l’exportation du minerai de manganèse à l’état brut, mais surtout engager résolument la transformation locale de toute la production issue de notre sol.
Cette orientation stratégique marque une véritable révolution industrielle pour notre pays. Elle soulève cependant plusieurs questions fondamentales : La France acceptera-t-elle réellement de ne plus détenir le contrôle sur un minerai aussi stratégique ?
Le Président Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA cédera-t-il aux pressions d’intérêts étrangers qui n’ont jamais véritablement intégré que le Gabon est un État souverain, dont les filles et les fils sont prêts à défendre leur terre, leur dignité et leur avenir ?
Enfin, le géant minier ERAMET a-t-il, oui ou non, une réelle volonté de voir le Gabon devenir une puissance économique et industrielle ?
Plus clairement encore : ERAMET n’est-il pas aujourd’hui l’un des principaux freins à la transformation minière au Gabon ?
Peut-on encore, en toute responsabilité, confier l’avenir de notre manganèse à ERAMET/COMILOG ?
Le gouvernement gabonais s’apprête à confier, une fois de plus, la transformation locale de notre manganèse à ERAMET/COMILOG, malgré un passif industriel pour le moins préoccupant.
Une question s’impose alors avec gravité : comment peut-on raisonnablement envisager une ambition nationale de transformation de 2 millions de tonnes de minerai par an avec un opérateur qui, depuis près de dix ans, n’a jamais été capable d’atteindre les capacités de production prévues sur aucune des filières stratégiques ?
Sur le plan pyrométallurgique, la production de silicomanganèse (SiMn) alliage essentiel utilisé dans la sidérurgie mondiale comme agent désoxydant, désulfurant et améliorateur des propriétés mécaniques de l’acier n’a jamais atteint la capacité cible de 65 000 tonnes par an fixée pour le Complexe Métallurgique de Moanda (CMM).
L’unité d’électrolyse, conçue pour produire 20 000 tonnes annuelles de manganèse métal (EMM), destiné aux marchés technologiques de pointe, est aujourd’hui totalement à l’abandon, au profit de l’unité dédiée à la production d’oxyde de manganèse (MnO), un intrant chimique stratégique utilisé notamment dans les batteries et l’agrochimie.
Mais là encore, cette unité reste très largement en deçà de sa capacité nominale de 46 000 tonnes par an.
Ces échecs répétés, sur plus d’une décennie, démontrent une incapacité structurelle de l’opérateur historique ERAMET à honorer ses engagements industriels envers la République gabonaise.
Le CMM, qui devait être la vitrine de l’industrialisation du manganèse gabonais, est progressivement devenu le symbole d’un rendez-vous manqué : infrastructures partiellement dégradées, équipements à l’abandon, absence de montée en charge significative. Et pourtant, la volonté politique de transformer localement notre minerai est constante, légitime et historiquement justifiée.
Mais persister à confier cette ambition stratégique à un opérateur qui n’a jamais concrétisé ses propres objectifs, n’est-ce pas prendre le risque de sacrifier l’avenir industriel du pays sur l’autel de l’immobilisme et des habitudes ?
Le Gabon n’a plus le luxe d’attendre. Il a besoin de résultats concrets, mesurables et rapides.
C’est pourquoi le Syndicat des Travailleurs des Industries Minières et Métallurgiques du Gabon (STRIMM) estime qu’il est urgent et vital d’identifier de nouveaux acteurs industriels, capables de porter cette ambition avec sérieux, rigueur, crédibilité et transparence.
ERAMET/COMILOG, pour sa part, devrait se recentrer sur ce qu’elle sait réellement faire au Gabon : l’extraction et la fourniture du minerai brut.
La souveraineté industrielle du Gabon ne peut pas reposer sur des promesses non tenues, ni sur des performances jamais atteintes.
Car l’avenir économique de nos enfants ne peut se construire sur des capacités théoriques et des engagements sans lendemain.
L’intérêt supérieur de la Nation impose aujourd’hui des choix lucides, courageux et orientés vers la performance réelle.
La transformation locale du manganèse n’est pas un simple projet industriel :
Elle est au cœur de notre dignité économique, de notre souveraineté stratégique et du futur industriel du Gabon. Elle doit être protégée, accélérée et confiée à ceux qui ont la capacité et la volonté éprouvées d’en faire une réalité.
Je suis Joscelain LEBAMA,
Secrétaire général du Syndicat des Travailleurs des Industries Minières et Métallurgiques du Gabon (STRIMM).
Au nom des travailleurs, j’appelle l’État gabonais à prendre les décisions courageuses qui garantiront la réussite de la transformation locale, la diversification des partenaires industriels et la protection effective des intérêts stratégiques du Gabon.
Monsieur le Président de la République, l’espoir du Gabon repose sur vous. L’histoire vous offre aujourd’hui l’occasion de poser les fondations réelles de notre souveraineté industrielle et de notre indépendance économique. Les travailleurs, le peuple gabonais et les générations futures attendent de vous des actes forts, courageux et irréversibles, à la hauteur de cette ambition nationale.

