Au Gabon, le débat sur l’immigration n’est plus un sujet secondaire ni un thème réservé aux experts ou aux cercles politiques. Il est devenu une préoccupation majeure du quotidien, touchant directement l’emploi, l’économie, la santé publique, l’environnement, la sécurité et la dignité du peuple gabonais. Continuer à éviter ce débat revient aujourd’hui à nier une réalité visible, vécue et ressentie par une large partie de la population.
Le Gabon est historiquement une terre d’accueil, et cette tradition honore notre histoire. Mais l’hospitalité ne peut pas se transformer en abandon de souveraineté. Aucun pays ne peut accepter que, sur son propre territoire, des personnes — quelles que soient leurs origines — fassent tout ce qu’elles veulent sans règles, sans contrôles et sans être inquiétées. Or, c’est précisément ce que beaucoup de Gabonais observent aujourd’hui.
Dans plusieurs secteurs, des étrangers arrivent au Gabon et exercent des activités en toute impunité, souvent hors de tout cadre légal. Dans l’agriculture, l’usage incontrôlé de pesticides et de produits chimiques met directement en danger la santé des populations gabonaises, pollue les sols, contamine l’eau et compromet l’avenir alimentaire du pays. Ces pratiques, pourtant connues, sont rarement sanctionnées, faute de contrôles sérieux ou par complaisance administrative. Dans le domaine minier, notamment l’exploitation de l’or, des activités illégales ou semi-légales prolifèrent, détruisant l’environnement, empoisonnant les rivières, appauvrissant les communautés locales et privant l’État de ressources considérables. Le braconnage, quant à lui, continue de décimer la faune gabonaise, patrimoine naturel mondial, avec la participation de réseaux organisés qui opèrent souvent avec une étonnante tranquillité. Ces activités ne pourraient prospérer sans la complicité active ou passive de certains responsables politiques, administratifs ou hommes d’affaires, gabonais comme étrangers.
Mais au-delà de ces dérives visibles, un malaise plus profond s’installe : celui d’un pays qui manque cruellement d’imagination politique et économique, incapable d’insérer ses propres enfants dans son circuit de production et de création de richesse. Chaque jour, le Gabon voit des étrangers affluer, se relayer les uns après les autres, occuper des espaces économiques, verrouiller des secteurs entiers, pendant que de nombreux Gabonais, pourtant braves, courageux et entreprenants, sont découragés, empêchés, bloqués ou marginalisés lorsqu’ils tentent de s’y engager. Cette dynamique crée une angoisse légitime : celle de voir un peuple progressivement exclu de son propre espace vital. Face à ce phénomène, l’inquiétude sur notre survie collective n’est pas exagérée, elle est rationnelle. Car un pays qui ne protège pas l’insertion économique de ses enfants prépare lui-même son effacement.Il faut avoir le courage de le dire : le problème n’est pas l’étranger en tant que tel, mais le laxisme de l’État et la trahison interne. Des agents gabonais véreux, présents dans de nombreux ministères, administrations et collectivités locales, préfèrent favoriser des intérêts étrangers plutôt que de protéger leurs propres concitoyens. Par corruption, par intérêts personnels ou par indifférence, ils délivrent des autorisations illégales, ferment les yeux sur des pratiques dangereuses et excluent les Gabonais de leur propre économie.
Les conséquences sont lourdes. Des secteurs entiers échappent au contrôle réel de l’État. De la richesse est créée sur le sol gabonais, mais elle profite peu aux Gabonais. Les capitaux sont accumulés puis transférés ailleurs, sans réinvestissement durable, sans création massive d’emplois nationaux, sans bénéfice réel pour le développement. Le Gabonais devient progressivement étranger dans son propre pays, spectateur d’une économie qui se construit sans lui.
À cette injustice économique s’ajoute un danger encore plus grave : celui qui pèse sur la santé et la vie des citoyens. Lorsque des produits toxiques sont utilisés dans les cultures, lorsque des aliments impropres circulent sur les marchés, lorsque des normes sanitaires sont bafouées sans sanction, c’est la vie du Gabonais qui est mise en jeu. La protection de la santé publique devrait être une mission régalienne intangible. Elle ne peut pas être sacrifiée sur l’autel de la corruption et du profit.
Pris dans leur ensemble, ces phénomènes traduisent un processus lent mais profondément destructeur : une extinction silencieuse du peuple gabonais, non pas biologique, mais sociale, économique, environnementale, culturelle et politique. Un peuple qui ne contrôle plus ses terres, ses ressources, son économie et sa santé finit par s’effacer sur sa propre terre.Mais cette situation ne peut être imputée uniquement aux dirigeants et aux agents corrompus. Le peuple gabonais porte aussi une part de responsabilité. Le silence, la résignation, la peur et l’acceptation de l’injustice permettent à ce système de perdurer. Aucun peuple ne peut être protégé contre lui-même s’il refuse de voir, de dénoncer et d’exiger.
Nous devons donc tout revoir de fond en comble. Sortir de cet étau qui cherche à s’accaparer notre pays. Repenser notre modèle économique, notre politique migratoire, notre gouvernance, notre administration, notre rapport à la corruption et à la responsabilité collective. Il ne s’agit plus de simples réformes techniques, mais d’un sursaut national.
Réguler l’immigration ne signifie ni rejeter l’autre ni renier nos valeurs humaines. Cela signifie protéger le Gabon, ses citoyens, ses ressources, sa santé et son avenir. Le Gabon appartient aux Gabonais. Cette affirmation n’est ni haineuse ni excessive : elle est le fondement même de toute souveraineté nationale. Défendre son pays n’est pas un crime, c’est un devoir.
Si rien n’est fait, si l’État continue d’abdiquer et si le peuple continue de se taire, le risque est clair : voir le Gabon devenir un espace exploité, pillé et dégradé, où les Gabonais ne seraient plus que des figurants. Mettre ce débat sur la table n’est pas un acte de division, mais un acte de lucidité et de responsabilité collective. L’histoire l’a montré partout : un peuple qui ne défend pas sa terre, sa santé, ses enfants et ses intérêts finit toujours par disparaître.
Le Gabon que je veux se veut responsable et souverain. Il érigera un État fort, non pas autoritaire, mais protecteur, un État qui ne fera plus du Gabon un pays poreux où tout le monde entre librement pour y faire ce qu’il veut, au mépris des lois, de la santé publique, de l’environnement et de la dignité nationale. Ce sera un pays qui commencera par guérir de l’intérieur, en soignant ses tares les plus profondes : la corruption, le laxisme, l’irresponsabilité administrative et le renoncement à l’intérêt général.
Ce Gabon-là engagera une refondation profonde de son système éducatif et de formation, afin que nos écoles, nos lycées et nos universités cessent d’être des lieux de reproduction de la précarité et deviennent de véritables incubateurs de compétences. Elles devront mettre sur le marché une main-d’œuvre gabonaise qualifiée, compétente, disciplinée et capable de répondre aux défis économiques, technologiques, industriels et environnementaux qui sont les nôtres. Un pays qui n’investit pas sérieusement dans ses enfants prépare sa propre disparition.
Il n’y aura de Gabon ouvert aux étrangers que lorsque tous les Gabonais auront trouvé leur place dans le circuit économique national. Cette affirmation n’est ni extrême ni discriminatoire : elle est une règle élémentaire de justice et de souveraineté. Le Gabon ne peut plus accepter que ses fils et ses filles soient au chômage pendant que d’autres prospèrent dans le désordre et l’illégalité, avec la bénédiction de responsables défaillants.
Dans ce Gabon que nous voulons bâtir, le désordre ne prospérera plus. L’illégalité sera systématiquement traquée, sanctionnée et éradiquée. Les frontières nationales seront surveillées 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, à l’aide de technologies de pointe, de dispositifs modernes de contrôle et d’une administration enfin responsable et intègre. La souveraineté territoriale ne sera plus un slogan, mais une réalité opérationnelle.
L’immigration dont le Gabon aura besoin sera une immigration choisie, encadrée, utile, conforme aux intérêts stratégiques du pays et respectueuse des lois. Elle ne sera plus subie, anarchique ou instrumentalisée. Elle viendra en complément, et jamais en substitution, du travail gabonais.
C’est ce Gabon-là que nous allons édifier : un Gabon qui se respecte, un Gabon qui protège les siens, un Gabon qui assume ses choix, un Gabon pour les Gabonais d’abord, ouvert au monde ensuite, mais jamais contre lui-même.

