S’interroger aujourd’hui sur la légalité de SOS Éducation, sans interroger avec la même rigueur la légalité des politiques publiques qui ont plongé l’éducation nationale gabonaise dans la précarité chronique, revient à poser le débat à l’envers.
La véritable question n’est pas de savoir si un mouvement de détresse sociale respecte formellement l’ordre juridique existant, mais de savoir si cet ordre juridique lui-même respecte les principes de justice, d’égalité et de dignité humaine que l’État prétend incarner. Car enfin, sur quel fondement juridique repose :
✓l’existence durable d’enseignants dits bénévoles dans un service public régalien ?
✓la généralisation des présalaires sans délai légal clairement encadré ?
✓la prolongation abusive des stages après intégration, privant des agents publics de leurs droits pleins ?
✓la coexistence, au sein d’un même corps professionnel, de statuts inégalitaires pour un travail identique ?
Ces situations ne sont ni marginales ni accidentelles. Elles constituent une inégalité instituée en légalité, produite par l’État lui-même. Dès lors, déplacer le combat vers SOS Éducation, c’est attaquer la conséquence tout en protégeant la cause.
L’histoire des luttes sociales est claire : lorsque l’État faillit à sa mission de justice, les peuples inventent des formes de résistance. SOS Éducation n’est pas une menace contre la République ; elle est le miroir de l’échec de la République à protéger ses serviteurs.
Il faut donc choisir son camp:
Entre combattre l’oppresseur en soutenant l’opprimé qui cherche à se libérer,
et combattre l’opprimé en aidant l’oppresseur à maintenir un ordre injuste,
où se situe la véritable justice ?
La légalité ne vaut que lorsqu’elle est au service de la justice. En dehors de cela, elle n’est qu’un instrument de domination.
Le précarisé gabonais

