Ce simple fait résume à lui seul l’ampleur du déclassement d’un pays qui disposait pourtant de tous les atouts pour être une puissance énergétique et économique régionale.
Le problème du Gabon n’a jamais été l’absence de richesses. Il est ailleurs : dans un leadership dépensier, sans vision, prisonnier de l’argent facile et de pratiques archaïques. Avec de tels dirigeants, il est difficile — voire impossible — d’entrevoir un avenir meilleur.
Intrinsèquement, la Guinée Equatoriale n’a rien de plus que le Gabon . Il y a deux décennies, être Équato-guinéen était perçu comme une insulte dans l’imaginaire régional. Aujourd’hui, ironie cruelle de l’histoire, c’est être Gabonais qui suscite parfois moquerie ou condescendance.
Alors, qu’est-ce qui a réellement changé entre ces deux pays pourtant voisins et comparables en ressources naturelles ?
La réponse est simple et dérangeante : le choix des hommes et la nature du leadership.
Lorsque la Guinée équatoriale a découvert le pétrole, ses dirigeants ont compris une chose essentielle : une ressource n’a de valeur que si elle est structurée, transformée et projetée dans une vision nationale. Le pays a investi dans son image, dans ses infrastructures, dans l’énergie, dans l’urbanisation, et a progressivement modifié la perception qu’on avait de lui dans la conscience collective. Aujourd’hui, la Guinée Equatoriale est devenue une destination qui impressionne — parfois même qui fait rêver — parce qu’elle donne l’image d’un État organisé, autoritaire certes, mais stratège.
Pendant ce temps, le Gabon, jadis premier de la classe en Afrique centrale, n’a fait que dégringoler. Le pays a dilapidé ses rentes, sacrifié l’investissement productif au profit de la jouissance immédiate, et laissé prospérer une élite dont la seule richesse réelle réside dans la nomination administrative. Une richesse éphémère, qui disparaît aussitôt le poste perdu, laissant derrière elle pauvreté, frustration et ressentiment.
Et pourtant, le potentiel énergétique du Gabon est immense : hydroélectricité, gaz, pétrole, solaire, biomasse… Le pays aurait pu être :
* le hub énergétique de l’Afrique centrale,
* un exportateur majeur d’électricité,
* un moteur d’industrialisation régionale,
* un pays sans délestages, avec une énergie abondante et bon marché pour ses citoyens et ses entreprises.
Par la mal-gouvernance, ce potentiel est devenu un paradoxe cruel. Le Gabon, qui aurait dû vendre de l’énergie à toute la sous-région, est aujourd’hui contraint d’acheter à ses voisins , symbole ultime d’un échec stratégique.
Mais il serait trop facile de tout imputer aux seuls dirigeants. La population porte aussi une part de responsabilité.
Un peuple qui tolère l’incompétence, cautionne les abus, applaudit la médiocrité et confond survie individuelle et projet collectif, finit toujours par en payer le prix. En acceptant l’inacceptable, en normalisant l’échec, en se satisfaisant de miettes, le peuple devient malgré lui complice de son propre déclassement.
Le résultat est là, brutal et quotidien :
délestages permanents, coupures régulières, ralentissement économique, perte de compétitivité, humiliation nationale.
Ce sont les citoyens ordinaires — ménages, étudiants, commerçants, entrepreneurs — qui paient le prix fort d’un leadership pauvre et d’une résignation collective.
Le Gabon n’est pas devenu pauvre par manque de moyens.
Il est devenu pauvre par manque de vision, de rigueur, de courage politique et de conscience citoyenne.
Et tant que ces deux dimensions — leadership responsable et peuple exigeant — ne se rencontreront pas, le pays continuera d’acheter ce qu’il aurait dû vendre, et de subir ce qu’il aurait dû maîtriser.
Chaque Gabonais, au lieu de se contenter de crier son mécontentement face à la gêne quotidienne causée par le manque d’énergie, doit apprendre à exiger , au plus haut sommet de l’État, des hommes et des femmes visionnaires , profondément attachés à l’intérêt national et capables de changer durablement la donne.
Le Gabon que je veux — et que j’appelle de tous mes vœux — sera indépendant économiquement, culturellement autant qu’énergétiquement. Un pays qui maîtrise ses ressources, affirme son identité, et refuse toute forme de dépendance humiliante. Cette indépendance n’est pas un luxe idéologique : elle est une condition de dignité, de développement et de souveraineté.
Il est grand temps de mettre fin, à la tête de l’État, à la domination d’hommes sans vision de développement, dont l’action se limite à la ruse, aux compromissions et parfois à la collaboration avec des intérêts contraires à ceux de la nation — pour notre honte collective. Un pays ne se construit pas avec des calculs à court terme ni avec des loyautés étrangères déguisées en pragmatisme.
Le Gabon n’a jamais été le pays qu’il aurait dû être, non pas par fatalité, mais par renoncement. Il nous appartient, à nous Gabonais, d’en faire enfin ce qu’il doit devenir. Cela exige un changement profond de mentalité, une exigence citoyenne constante et une vision claire de qui nous sommes et de ce que nous voulons transmettre aux générations futures.
Changer le Gabon commence par changer notre regard sur nous-mêmes, notre tolérance à la médiocrité et notre rapport au pouvoir. Sans cela, aucune réforme, aucune ressource, aucune richesse naturelle ne suffira.

