La Ve République au Gabon : Un échec d’autorité et de légitimité

Après deux ans de Transition et l’instauration de la Ve République, lassitude et méfiance sont les deux mots qui expriment le plus l’état d’esprit des Gabonais.

Aujourd’hui, le système ne tient plus que par le simple jeu des mécanismes institutionnels, car l’adhésion fondamentale, le sentiment de faire nation autour de chefs légitimes sont brisés. Le contrat tacite qui lie chaque citoyen à un système dont il reconnaît la légitimité à le diriger et parfois à le contraindre est rompu. Principal enseignement, le climat reste plombé par la défiance.

Engendrant inéluctablement échecs, impuissance, désillusions, la Ve République se révèle décevante surtout par son impossibilité à réduire l’écart entre l’idéal et le réel alors même qu’elle ne peut faire l’économie d’une anticipation de ce qui n’est pas encore sous la forme d’un projet.

Cette déception est l’inévitable manifestation de la distorsion entre l’attente enthousiaste d’un changement et la sanction d’un résultat toujours en deçà de ce qui a été espéré. Chacun d’entre nous peut imputer la responsabilité de l’échec à ceux qui ont le pouvoir, qui prennent les décisions, qui sont en responsabilité ou encore les élites coupées du peuple. D’où le sentiment de trahison qui conduit à l’abstention, à la colère, à la résignation… Ils n’ont pas tenu toutes leurs promesses et, pire encore, peut-être qu’ils ne peuvent pas les tenir.

Alors bien sûr on pourra d’abord imputer ces désillusions aux renoncements cyniques, au manque de courage politique pour affronter les murs de l’argent une fois parvenu au pouvoir. On oublie vite les promesses de campagne pour rassurer les marchés financiers. La mission du Président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema repose exclusivement sur la confiance du peuple, et la Constitution de 2024 confie des prérogatives importantes au Chef de l’État. Mais, selon un principe, qui est le socle de toute démocratie, ce pouvoir a une contrepartie: la responsabilité permanente devant le peuple.

Depuis l’avènement de la Ve République, l’État échoue face aux grands problèmes de fond des Gabonais : dette publique, déficits, violence et insécurité, chômage de masse, pauvreté, déclin de l’Éducation nationale. Pour couvrir les échecs, le chef de l’État s’expose dans une surcommunication. La médiatisation à outrance sert à masquer ou à faire oublier la défaite du politique sur le terrain de la réalité.

Le Président Oligui Nguema se pose involontairement en bouc émissaire naturel de la Nation, incarnation de ses maux et de ses angoisses. Par le plus tragique des paradoxes, le chef de l’État, censé incarner le prestige national, finit par incarner de facto la déchirure, les souffrances et les angoisses de la Nation.

Oui, le Gabon est gouvernable, oui il est réformable, mais sous réserve de la confiance du peuple en ses dirigeants. Le principe de l’autorité verticale, du haut vers le bas, l’autocratie, est absurde et illusoire aujourd’hui. Il est inutile d’édicter des normes si la confiance n’est pas au rendez-vous, à tous les niveaux pour relayer les choix de société et les faire vivre.

Un Président de la République sans la confiance populaire, est condamné à l’isolement et à l’impuissance. La confiance du peuple permet seule de légitimer l’action publique et de surmonter les intérêts particuliers et les obstacles intermédiaires. Il n’existe pas d’autorité, en démocratie, ni de réforme possible, en dehors de la confiance populaire. 

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