La crise que traverse la CEMAC n’est pas une simple zone de turbulences conjoncturelles ; elle est le symptôme d’une pathologie structurelle profonde. L’organisation actuelle semble avoir atteint son plafond de verre, se cristallisant autour de trois piliers défaillants que l’on peut qualifier de « plaies de l’intégration »
I. L’Atrophie du Commerce Intra-communautaire :
Le paradoxe de David Ricardo sur les avantages comparatifs est mis à mal dans notre sous-région. On ne produit pas pour échanger entre voisins, mais pour exporter vers le grand large.
– Le Choc des Chiffres : Avec moins de 5 % d’échanges internes (contre 15 % pour la CEDEAO et plus de 60 % pour l’Union Européenne ), la CEMAC est une coquille vide de flux commerciaux.
– L’Enclavement Physique : Le déficit criant d’infrastructures ferroviaires et routières transforme chaque État en une » île économique » isolée.
– Le Poids de l’Informel et de la Corruption : Les barrières administratives et les contrôles policiers intempestifs agissent comme des taxes occultes, étouffant les PME et faisant fuir les investisseurs directs étrangers (IDE).
II. La Faillite Institutionnelle et Éthique :
La CEMAC souffre d’un mal insidieux : ses institutions communautaires reproduisent, souvent en pire, les défauts de gestion des États membres.
– Crise de Crédibilité : Le scandale du concours de l’IEF-Pôle Régional en 2023 a mis en lumière une gestion privilégiant le népotisme au détriment du mérite.
– Opacité et Impunité : Les détournements de deniers publics communautaires vident l’organisation de sa substance et de sa capacité d’action.
– Érosion du Sentiment d’Appartenance : L’injustice sociale dans l’accès aux fonctions communautaires brise le contrat de confiance. Le citoyen ne se sent plus » communautaire « , il se replie sur son identité nationale.
III. Le Franc CFA et la Soveraineté : Le Mal Politique
Le Franc CFA est passé du statut d’outil de stabilité à celui de symbole de contention politique.
– L’Inertie de l’Afrique Centrale : Alors que l’UEMOA a impulsé une transition vers l’ECO, la CEMAC stagne dans un statu quo qui alimente les tensions sociales et le sentiment anti-système.
– Le Frein de la Parité Fixe : Si elle garantit une inflation basse, l’indexation stricte sur l’Euro pénalise la compétitivité-prix de nos rares exportations manufacturées.
IV/ Vers une Rupture Salvatrice : L’Éveil de l’Intégrité
L’actualité récente montre une divergence de trajectoires éthiques au sein de la zone. D’un côté, la persistance de pratiques prédatrices, illustrées par les condamnations en août 2025 de Ruslan Obiang Nsue et de Baltasar Ebang Engonga, fils de l’actuel Président de la commission de la CEMAC en Guinée Équatoriale pour détournements massifs. De l’autre, des initiatives de restauration de la dignité , à l’instar de l’Opération » Mains Propres » au Gabon, qui a vu la condamnation de la » Young Team » et de ses mentors à des peines exemplaires et des amendes records (42 000 milliards de FCFA).
Il existe aujourd’hui une volonté réelle de certains États de rompre avec les » vieilles pratiques » . Cette asymétrie de moralité publique rend l’aventure commune sous le label CEMAC moralement et techniquement intenable .
Conclusion : L’Alternative USEAC
L’échec de la CEMAC est total : il est politique , économique et institutionnel . Pour restaurer la dignité des peuples et l’efficacité économique, il est impératif de sortir de ce carcan obsolète pour bâtir l’USEAC (Union Stratégique des Échanges d’Afrique Centrale).
Cette nouvelle entité ne doit plus être une simple zone de libre-échange théorique, mais un pacte de co-développement fondé sur :
1- Le mérite institutionnel.
2- La souveraineté monétaire concertée.
3- L’intégrité absolue des dirigeants.
Ghislain MAPANGOU MAPANGOU, Économiste Statisticien, Président Fondateur du Comité Pour la Restauration des Mentalités et Acteur Politique.

