Depuis des années que le Bureau Gabonais du Droit d’Auteurs et des droits voisins (BUGADA) existe, on ne voit même pas les avancées. Rien ne bouge. Sans entrer dans la polémique ni dans l’attaque personnelle, plusieurs points de fond méritent d’être examinés avec rigueur et sang-froid.
Premièrement, la question du respect des textes régissant le BUGADA est centrale. Si les statuts ou règlements intérieurs prévoient effectivement la tenue de deux sessions ordinaires du Conseil d’administration par an, toute dérogation répétée à cette exigence devrait être formellement justifiée. Dans un établissement public à caractère administratif, le respect des procédures n’est pas une formalité accessoire : il conditionne la légitimité des décisions et la confiance des membres.
Deuxièmement, le retard allégué dans la production et l’officialisation du procès-verbal de la session des 22 et 23 décembre 2025 soulève un enjeu de transparence administrative. Le procès-verbal constitue l’acte authentifiant les délibérations. En l’absence de ce document, l’exécution des décisions peut effectivement se trouver retardée, notamment lorsqu’il s’agit d’opérations sensibles comme le paiement des droits d’auteur. Toutefois, avant de conclure à une manœuvre dilatoire, il conviendrait d’obtenir des explications précises sur les causes de ce retard : contraintes administratives, validations hiérarchiques, procédures de contrôle, ou autres facteurs techniques.
Troisièmement, la responsabilité des membres du Conseil d’administration mérite d’être abordée avec discernement. Le Conseil n’est pas un organe passif ; il dispose, en principe, de prérogatives de contrôle et d’orientation stratégique. Si des délibérations n’ont pas été exécutées, il appartient également aux administrateurs d’exercer pleinement leurs missions, y compris par des mécanismes internes prévus par les textes (convocation d’une session extraordinaire, demande d’audit, saisine des autorités de tutelle, etc.). La gouvernance d’un organisme de gestion collective repose sur un équilibre entre direction exécutive et organes délibérants.
Enfin, au-delà des tensions conjoncturelles, la problématique essentielle demeure celle de la crédibilité institutionnelle. Dans un contexte marqué par la numérisation accélérée des œuvres et la mutation des modèles économiques culturels, un organisme comme le BUGADA joue un rôle stratégique : collecte, répartition équitable, défense des droits patrimoniaux et moraux. Toute perception d’opacité fragilise non seulement la confiance des artistes, mais aussi l’autorité de l’institution face aux exploitants et partenaires.
Il serait sans doute plus fécond que les préoccupations exprimées trouvent un cadre formel de clarification, où la direction puisse exposer les raisons des retards constatés, où le Conseil d’administration exerce pleinement ses prérogatives, et où les artistes, par l’intermédiaire de leurs représentants, obtiennent des réponses précises et datées, de manière à restaurer un climat de confiance indispensable au bon fonctionnement de l’institution.
L’enjeu dépasse une querelle de gouvernance : il touche à la dignité économique des créateurs et à la solidité d’un outil que des générations d’artistes ont appelé de leurs vœux. C’est à cette hauteur que le débat gagnerait à être porté.
Gaudry Shymurh

