Tribune Libre : Construire pour durer, pas pour réparer

Le Gabon est en pleine mutation. De nombreux projets d’infrastructures se développent à travers le pays : routes, ponts, écoles, hôpitaux et centres urbains. Cette dynamique traduit une ambition légitime de modernisation. Elle est même nécessaire. Mais une question fondamentale s’impose : construisons-nous pour durer ou pour recommencer après quelques saisons de pluie ou quelques années d’usage ?

L’expérience récente nous enseigne une vérité simple : les infrastructures ne se limitent pas à leur aspect visible. Elles sont le résultat d’une planification rigoureuse, d’études techniques approfondies, d’analyses géotechniques sérieuses et de systèmes durables de gestion et d’entretien. Sans cela, chaque intempérie ou surcharge devient un test, et trop souvent, un révélateur de fragilités structurelles.

J’alerte le Gouvernement sur la nécessité d’une approche scientifique et préventive des infrastructures de l’Etat. Ce plaidoyer repose sur des principes clairs :
Des études géotechniques systématiques avant tout lancement de chantier ;
1/ Une cartographie précise des zones à risques d’inondation et d’érosion ;
2/ Un dimensionnement adapté des systèmes de drainage, de ponts et de caniveaux ;
3/L’intégration des projets dans un plan directeur national cohérent d’aménagement du territoire ;
4/Un contrôle technique indépendant et permanent des travaux publics dans toutes les provinces ;
5/La prise en compte des matériaux locaux adaptés et durables, capables de résister au climat tropical et à la pression démographique.

Ces propositions ne relèvent ni de la polémique ni de l’opposition systématique. Elles relèvent du bon sens technique et de la responsabilité publique.
Construire sans anticiper les réalités environnementales et démographiques du pays, c’est exposer les finances publiques à des réhabilitations prématurées et à un gaspillage de ressources. Chaque infrastructure mal conçue représente un coût supplémentaire pour l’État et pour les citoyens. La modernisation ne doit pas être un cycle perpétuel de construction et de reconstruction, mais un investissement durable au service des générations futures.

Aujourd’hui, journalistes, analystes politiques et membres de la société civile appellent à une meilleure valorisation de l’expertise nationale. Associer des ingénieurs compétents aux réflexions stratégiques sur toutes les infrastructures du pays serait un acte de maturité institutionnelle. La compétence locale n’est pas un luxe : elle est un levier de souveraineté.

Le Gabon mérite mieux que des infrastructures éphémères. Il mérite des routes, ponts, écoles, hôpitaux et bâtiments publics solides, pensés avec rigueur, construits avec compétence et contrôlés avec transparence. Gouverner, ce n’est pas seulement inaugurer ; c’est anticiper, protéger et bâtir pour l’avenir. L’heure n’est plus à l’improvisation, mais à l’excellence.

Jovanny Moubanga, juriste-publiciste-chercheur, acteur politique

Laisser un commentaire